Talbot Solara (1980-1986)

 

Publié par stubs-auto le 30 août 2012.

 

Le 10 juillet 1979, Chrysler Simca devient Talbot. Les 1307/1308 prennent le nom de Talbot 1510 et sont rejoints dès le printemps 1980 par la Solara qui est ni plus ni moins qu’une 1510 avec une malle arrière séparée. Talbot, avec ce modèle, tente de séduire une partie de la clientèle allergique au hayon et qui est restée fidèle à la berline classique ‘trois volumes’.



 

Pour présenter cette nouvelle Solara, la presse est conviée au printemps 1980 à Zurich où des sessions sont organisées pour accueillir six cents journalistes sur six semaines, à raison de trente participants par session. Le parcours organisé permet de tester le confort et les réactions de la voiture en ville, à la montagne, sur autoroutes et sur les réseaux secondaires. La première journée, les essayeurs quittent la Suisse pour se rendre en Autriche à Schattenburg. Après la pause-déjeuner, ils longent le lac de Constance pour prendre un ferry qui les amènent en Allemagne. Ils ont ensuite l’occasion d’emprunter des routes plus rapides pour arriver à leur hôtel à Hemmenhofen. Le lendemain, après avoir pris possession d’une autre version de la Solara, ils regagnent Zurich. Le succès de cette opération se retrouve dans la presse spécialisée qui ne manque pas de mentionner les qualités remarquées lors de l’essai : la Solara SX pour son équipement complet et l’agrément de sa boîte de vitesse automatique, la Solara GLS pour la sobriété dont elle fait preuve grâce à sa boite cinq rapports.

 

 

A Versailles, le 15 avril 1980, la Solara est présentée aux concessionnaires français. La gamme se compose de quatre modèles avec en entrée de gamme la LS qui dispose du moteur 1 442 cm3 de 70 ch DIN tandis que la GL reçoit le même moteur mais alimenté par un carburateur double corps développant 85 ch DIN. La version GLS profite du moteur 1 592 cm3 de 88 ch DIN avec en option la boîte de vitesse à cinq rapports qui lui permet de bénéficier de la puissance fiscale de 7 ch (elle sera en série dès 1982) alors que avec la boite quatre rapports elle se range dans la catégorie des 8 ch pour la puissance fiscale. Vient ensuite la SX avec le même moteur et le choix entre la boîte automatique et la boîte manuelle cinq rapports.

 

 

En 1982, la puissance du 1592 cm3 des GLS et  SX est portée à 90 ch DIN et les Solara LS et GL peuvent être adaptées au gaz de pétrole liquéfié (GPL), le réservoir étant placé dans le coffre. En 1983, la Solara GL reçoit le 1 592 cm3 à carburateur simple corps développant 70 ch, qui, associé à la nouvelle boîte de vitesse cinq rapports produite près de Valenciennes dans l’usine de la SMAN pour les marques du groupe PSA, permet de voir la consommation diminuée de 8.5 % sur ce modèle.



 

Pour relancer les ventes, dès octobre 1982, une série spéciale avec une peinture biton, la Solara Pullman, est lancée. Elle utilise la motorisation de la LS, le 1 442 cm3. Elle sera suivie par la Solara Executive en mars 1983, de couleur gris Futura, basée aussi sur la LS mais avec le 1 592 cm3. En 1985, la GLS disparaît du catalogue et tous les modèles de la gamme sont maintenant équipés du moteur 1 592 cm3 de 70 ch DIN ou 90 ch DIN.



La Solara Pullman
Talbot Solara Executive

 

En 1985, l’unification des  réseaux Peugeot et Talbot est achevée mais à la vue des faibles résultats de ventes de la marque au T cerclé, PSA décide d’abandonner Talbot. Au mois de mars, reste à Poissy un stock de 1600 Solara et 2400 Horizon. Une action commerciale est mise en place, constituant à proposer aux clients ayant acheté une Talbot neuve depuis plus d’un an, une remise de 8 000 francs (environ1200 €) pour l’achat d’une nouvelle Talbot. L’ensemble des véhicules sera vendu avant l’été.

 

 

Ainsi, lorsque la remplaçante de l'Horizon doit être lancée en 1985 sous le nom de Talbot Arizona, PSA va préférer finalement la commercialiser sous le nom de Peugeot 309, tant l'image de marque de Talbot est devenue mauvaise. Talbot va s'éteindre peu à peu, d'abord en France en 1986 puis en Espagne en 1987 avec l'arrêt de la Solara et de l'Horizon. En Grande-Bretagne, la marque vivra encore de façon étonnante jusqu'au milieu des années 1990, en commercialisant un unique modèle, l'Express, un utilitaire frère jumeau des Peugeot J5 et Citroën C25.



Extrait d’un essai routier de la Solara GLS par André Costa, publié dans l’Auto-Journal du 1 juin 1980.

 

La Solara GLS n’est pas la version la plus luxueuse mais elle a quand même été choisie en version 5 vitesses avec direction assistée, ce qui la met d'ailleurs au prix de la version SX. Le moteur quatre cylindres en ligne est disposé transversalement, en avant de l'essieu avant et incliné de 41° vers l'arrière. Le bloc est en fonte avec culasse en alliage léger. Contrairement à bon nombre de moteurs modernes, l'arbre à cames est disposé latéralement dans le bloc. En revanche, l'allumage est transistorisé et nous noterons au sein de l'équipement un ventilateur électrique à commande thermostatique ainsi qu'une jauge d'huile "électronique" reliée au tableau de bord. Nous avons affaire à une traction avant à quatre roues indépendantes avec barres de torsion longitudinales à l'avant, ressorts hélicoïdaux à l'arrière et deux barres antiroulis transversales en série.

 

 

La Solara GLS possède le groupe 1 592 cm3 80,6 x 78 né sur les versions automatiques de la marque. Sa puissance atteint 88 ch DIN à 5 400 t/min avec un couple maximal de 13,7 mkg à 3 000 t/min. Aussi bien en ce qui concerne la puissance que le couple, les régimes indiqués sont modérés et correspondent à une mécanique plutôt moelleuse. L'alimentation s'effectue par un carburateur Weber double corps de 36 à starter manuel. Le rapport volumétrique de 9,35 impose pratiquement le super (au lieu de l’ordinaire).

 

 

Les freins ont été modifiés par rapport au modèle précédent. Ils comportent à l'avant des disques à étrier flottant d'un diamètre de 240 mm. Comme précédemment, ce sont des tambours qu'on trouve à l'arrière. La direction de série est à crémaillère tandis que la direction assistée est proposée en option -sauf sur la SX où elle est en série- Elle est du type à vérin hydraulique incorporé dans la boîte de crémaillère, la pompe étant entraînée par courroie La direction mécanique fait 4,15 tours de volant de butée à butée tandis que la direction assistée se contente de 2,8 tours, cela avec un volant de 383 mm de diamètre.

 

 

Amenée sur l'anneau de vitesse de Montlhéry, la Solara GLS a tourné avec une personne à bord à 164,4 km/h, ce qui dépasse très largement les prétentions du constructeur. La Solara est difficile à juger rapidement en ce qui concerne ses performances. Son silence de fonctionnement -tout au moins jusqu'à 5 000 t/min- incite son pilote à sous-estimer sa vitesse et, même dans les reprises, l'enthousiasme n'est pas obligatoirement de rigueur. Il est vrai que la boîte cinq vitesses -il s'agit de la boîte Citroën de la CX- possède un échelonnement particulièrement original. Non seulement, la cinquième mais également la quatrième sont surmultipliées. Le couple disponible est cependant suffisant pour procurer à la cinquième une endurance encore acceptable. Il est pourtant préférable de demeurer longtemps en quatrième si l'on désire les reprises les plus énergiques. Il est amusant de constater à ce propos qu'il est impossible d'atteindre la zone rouge à 6 500 t/min en quatrième et que la troisième de cette voiture sans prétentions sportives monte quand même à 140 compteur !



 

Si l'on examine la courbe de consommation du 1,5 l -qui correspond en France à une puissance administrative de 7 CV avec la boîte 5 vitesses- et qu'on la compare ensuite à d'autres voitures réputées pour leur sobriété, on se rend compte que Talbot est parvenu là à un excellent résultat. C'est surtout à partir de 110 km/h que cette sobriété particulière se développe et je dois dire que j'ai été surpris par les 10,6 litres aux 100 km que j'ai consommés sur route, en demandant beaucoup à la voiture et en poussant régulièrement la quatrième jusqu'à 160 compteur. Il est certain que pour un public dont les préoccupations essentielles se tournent plus volontiers vers le volucompteur que vers le chronomètre, l'argument ne manque pas d'importance.

 

 

La 1510 était une voiture agréable et docile et la Solara n'a guère changé à ce propos. On ne peut pas dire qu'elle soit particulièrement excitante à mener à grande vitesse sur route sinueuse mais elle est pour le moins sécurisante. La direction assistée procure au conducteur une vivacité de réactions à laquelle il ne sera pas nécessairement habitué. A vitesse moyenne, en conduite de croisière si l'on préfère, le bilan est nettement positif. Le volant se manie littéralement avec deux doigts et les manœuvres urbaines s'effectuent machinalement. En revanche, la puissance de l'assistance jointe à une faible démultiplication peut amener à solliciter brusquement le train avant qui n'appréciera pas forcément le traitement auquel il se trouvera soumis. Il en résultera dans les cas extrêmes des pertes de précision dans les changements de trajectoire brusques, le phénomène conduisant -si l'on peut dire- à des trajectoires parfois erratiques. En fait, l'adoption d'un volant de plus faible diamètre durcirait un peu la direction tout en améliorant l'accessibilité... On gagnerait ainsi sur les deux tableaux mais pas sur celui de la standardisation de l'équipement, bien sûr.

 

 

La suspension est d'un moelleux assuré, la nuance n'ayant d'ailleurs aucune intention péjorative. Les réactions sont même relativement fermes dans les courts débattements, ce qui conduit quelquefois à l'entretien d'une sorte de trépidation légère dans les basses vitesses. La suspension s'assouplit à mesure qu'on prend de la vitesse mais, en dépit d'une certaine tendance du train avant à s'écraser en attaque de virage, la stabilité de plate-forme est plutôt satisfaisante.Sur route et compte tenu de la cadence de conduite adoptée, je n'ai souffert d'aucun inconvénient concernant les freins. Le moelleux ainsi que la rapidité de réactions de la pédale m'ont satisfait.

 

 

Comme on s'en doute, le profil de la voiture se trouve nettement modifié. Dans son genre, l'ensemble est assez élégant dans sa sobriété, avec un porte-à-faux arrière demeurant discret. L'habitabilité n'a pas changé et le volume utilisable de l'arrière n'a pas souffert de l'apparition du décrochement. Le style de la décoration intérieure adopté par les Talbot s'harmonise bien avec l'évolution de la carrosserie. Pas d'audace, du bon ton et de la discrétion. Ce n'est pas d'une gaieté folle, mais à tout le moins, il n'y a pas de fautes de goût, et après tout, les enfants demeurent libres de dessiner au crayon feutre sur les coussins s'ils veulent égayer la voiture de papa.Je ne suis pas de l'avis de ceux qui estiment la voiture moderne totalement banalisée. Je trouve qu'à la conduite, bon nombre de personnalités techniques originales peuvent encore être discernées. En revanche, le spectacle du tableau de bord n'est pas sans me désoler de plus en plus. Quoi qu'il y ait à dire sur le sujet, ce n'est pas tant le dessin qui me navre que son exécution. Les matériaux actuellement utilisés par la plupart des marques ont un aspect provisoire et mélancolique extrêmement décourageant. Pourtant, j'établis le plus souvent mon jugement sur des voitures en excellent état : que dire quelquefois après plusieurs années d'utilisation !

 

 

Bien des tableaux de bord actuels ont deux défauts : leur aspect de surface n'est pas satisfaisant et le confort du passager avant est totalement négligé. La Solara n'échappe pas à ces deux inconvénients alors qu'un peu d'imagination permettrait de faire dans ce domaine des progrès ne nécessitant pas le talent d'un sorcier de la mécanique. L'équipement général de la voiture est satisfaisant. On trouve en série sur la GLS un pare-brise feuilleté, une montre digitale, des lève-glaces électriques, des appuis-tête aux places avant, des phares à iode et un rétroviseur extérieur réglable de l'intérieur. En revanche, on aimerait bénéficier en série du blocage de portières centralisé. Un mot en ce qui concerne le coffre revenu à ses formes classiques : il est doté d'un éclairage intérieur mais il faut extirper une clé de la colonne de direction pour aller l'ouvrir, ce qui peut être énervant. De plus, sa hauteur disponible est à la limite de l'acceptable, quel que soit son volume brut.

 

 

La silhouette de la Solara a été créée dans un but bien précis : satisfaire une clientèle rebutée par le hayon. Cela étant, le choix du groupe 1,5 l de 88 ch et de la boîte cinq vitesses à quatrième surmultipliée (...) conduit à une voiture silencieuse, réellement économique et d'une nervosité encore acceptable, comme en témoignent les chiffres ainsi que les sensations de l'essayeur. La direction assistée l'est sans doute un peu trop mais elle ajoute indéniablement au confort en conduite de croisière. Quant à la présentation, elle est de bon aloi, et ne devrait effaroucher personne. En bref, une voiture homogène dans sa conception et sa réalisation.