Swallow Doretti (1954-1955)

Photos : Richard Owen

 

Publié par Philippe Baron le 25 janvier 2014.

 

L’histoire originale et insolite de la Swallow Doretti est liée à une jeune américaine entreprenante du nom de Dorothy Deen, qui réalisa, au début des années cinquante, qu’il fallait un autre roadster britannique pour combler le vide existant entre la Triumph TR2 et la Jaguar XK 120. Ainsi naissait la Doretti produite par la marque anglaise Swallow. Cependant, son succès immédiat contrariera et dérangera un certain grand constructeur, qui ne tardera pas à user de vils stratagèmes pour briser sa carrière.


Fille de l’ingénieur Arthur Andersen, Dorothy Deen incarne au début des années 50 la jeune femme émancipée qui, au volant de sa MG TD, participe dans des courses de club locales. Passionnée par les roadsters britanniques, elle réussit à convaincre son père de fonder une société produisant et diffusant une gamme d’accessoires pour voitures de Sport. Avec une note glamour, la marque prend le nom de Doretti, un acronyme à l’accent italien de Dorothy. Puis, profitant de la position de son père, directeur d’une filiale du groupe industriel  britannique Tube Investments (TI), fabricant de composants aéronautiques & automobiles, dirigée par Eric Sanders, elle persuada Sir John Black, patron de Standard Triumph, de concevoir en commun un roadster pouvant concurrencer l’Austin-Healey 100.


 

Finalement, la voiture de sport Doretti sera construite par la Swallow Coachbuilding Company qui fit partie de l'empire de William Lyons, à qui l’on doit Jaguar, et qui s'était spécialisée dans la construction de side-cars. Vendue en 1945 par Lyons à Tube Investments (TI) et confrontée à un déclin du marché des side-cars, la firme commença à fabriquer la Doretti en 1954 en utilisant le 4-cylindres en ligne de 1 991 cm3 de 90 ch et les trains de la Triumph TR2 installés dans un châssis fabriqué en tubes Reynolds 531 et habillé d'aluminium. Le design revenait à Frank Rainbow, manifestement influencé par l’Austin-Healey 100 pour la face avant et Jaguar pour la poupe. Longue de 3.96 m, la Swallow Doretti concédait une largeur d’1,55 m. Les performances étaient au rendez-vous avec une vitesse maximale de 175 km/h et un 0 à 96 km/h en 12.3 secondes.


Photo : Rob Kater

 

La Doretti rencontra un succès immédiat. William Lyons en fut un peu contrarié, craignant que l’ambitieuse Swallow fasse de l’ombre à son modèle phare. Il mit alors la pression sur TI pour qu'ils suppriment la Doretti en menaçant d'aller voir ailleurs pour certains composants qu'ils fournissaient à Jaguar. TI s'inclina et la production de la Doretti cessa en 1955 après 276 exemplaires. Dorothy Deen, qui avait pris contact avec Triumph lors de la naissance de la Doretti, continua de commercialiser la TR2 sur la Côte Ouest américaine jusqu’à la reprise en main directe du réseau par le constructeur en 1960, avant de se consacrer à son autre passion, le pilotage d’hélicoptères.

 

Photo : TZ66