Simca-Chrysler 1307 / 1308 / 1309 / Talbot 1510 (1975-1982)

 

Publié par stubs-auto le 29 août 2012.

 

Encensées par la presse, récompensées par des distinctions honorables, se positionnant en tête des ventes des berlines en France,  les Simca Chrysler 1307/1308 ont réussi un parcours intéressant et gratifiant d’autant plus remarquable qu’il s’effectuait dans un profond malaise d’identité d’appartenance, de restructurations à répétition impliquant des plaies sociales et commerciales débouchant sur un avenir sombre qui verra le nom de la marque Simca s’éteindre à tout jamais.



 

En juillet 1970, la marque Simca est renommée Chrysler France suite au rachat total du solde de ses actions encore détenues par Fiat par le groupe américain. A cette époque, le renouvellement de la gamme est essentiel pour maintenir le groupe dont les Simca 1301/1501 présentées en 1963 au Salon de Genève accusent leur âge face à la concurrence.  L’étude d’un nouveau modèle est rapidement lancé. Il devra être équipé de nouveaux moteurs à arbres à cames en tête, disposés transversalement avec une nouvelle boîte de vitesse apte à transmettre le couple important de ces moteurs. Son positionnement doit le placer dans le segment très convoité en Europe des berlines de classe moyenne dont la puissance fiscale est comprise de 7 à 9 CV.

 

Depuis la grande réorganisation de 1970, le département du style de Carrières-sous-Poissy a cessé d’exister. Chrysler Europe ne comprend plus qu’un seul centre de style pour l’ensemble de ses filiales,  implanté en Angleterre à Whitley chez Chrysler UK (ex-Rootes). L’étude stylistique du nouveau modèle est conduite sous la direction de Roy Axe suivant le cahier des charges qui stipulait un véhicule de dimensions raisonnables (longueur : 4.25 m – Largeur : 1.66 m, hauteur : 1.32 m et un empattement de 2.62 m) avec les avantages de la traction avant pour un plancher plat et une cinquième porte. Au début de l’année 1973, un comité de sélection retient quatre modèles pour être conçus en ‘clay model’ aux dimensions réelles. Le choix sera fixé en mai et se reportera sur le projet proposé par Keith Cockell.

Présentation au Salon de Paris 1975

De l’autre côté de la Manche, à Poissy, les ingénieurs français se penchent sur les motorisations. Pour les modèles 7CV, (1307 – pour 7 CV), l’utilisation de moteurs dérivés du moteur de la Simca 1100 est retenue. Le schéma traction avant et moteur transversal avait été développé avec succès par Poissy sur les Simca 1100 S et TI. Ce moteur de 1 294 cm3 développant 68 ch donne une vitesse maximale de 150 km/h. Pour la 1308 (8CV), le moteur de 1 442 cm3, lui-même dérivé du 1 294 cm3, a été développé pour privilégier un couple élevé à bas régime avec l’augmentation de la course et le rehaussement du bloc-moteur. Il développe ainsi 85 ch à 5 600 tr/min pour une vitesse de pointe de 165 km/h.

 

De juin 1974 à février 1975, treize prototypes sont fabriqués par le centre technique de Carrières-sous-Poissy pour tester le refroidissement du moteur, l’étanchéité à la poussière, le chauffage de l’habitacle, les départs à froid … Au total 550 000 km d’endurance seront réalisés. Le ‘grand froid’ sera testé en Laponie à - 40° et la forte chaleur à + 40° au sud de l’Espagne et au Maroc. 

 

Pour la première fois, l’usine de Poissy peut utiliser un tout nouvel atelier de préproduction construit à l’initiative de Jean Peronnin, directeur des opérations industrielles Chrysler France. Cet atelier permet de dépister et de corriger sur des voitures de préproduction des défauts qui n’ont pu être révélés sur les véhicules prototypes avant le démarrage en série. Constitué comme une petite usine miniature, l’atelier permet en outre de former le personnel au nouveau produit en démarrant la fabrication à cadence réduite.

 

Les 500 concessionnaires français du réseau Chrysler sont les premiers à découvrir la nouvelle gamme 1307/1507 le 5 septembre 1975 au centre d’essais de Mortefontaine. Les cinq versions sont présentées : la 1307 GLS, la 1307 S, la 1508 GLS, la 1508 S et la 1508 GT. Elles seront commercialisées sous la marque Chrysler Simca. La direction du marketing ne manque pas de faire part des atouts de la nouvelle voiture vis-à-vis de la concurrence et chacun des participants repart en fin de journée au volant de sa voiture de démonstration recouverte sur ses flancs d’un adhésif sur lequel est inscrit : Simca 1307/1308, à vous de juger’.

 

Pendant tout le mois de septembre, la presse spécialisée, française puis internationale, est conviée à faire l’essai de la nouvelle voiture entre Carrières-sous-Poissy et Deauville (et retour), ce qui permet d’emprunter l’autoroute, des routes nationales et départementales, sur un parcours de 400 km. Les retours d'impréssions des journalistes seront unanimement élogieux saluant le confort, l’habitabilité, la tenue de route et l’équipement général de la nouvelle de Poissy.

 

 

Déjà tenu en haleine par la presse, le public découvre pour la première fois la 1307  à vocation familiale sur le petit écran au journal de 20 h de la première chaîne. Deux minutes trente lui seront consacrées. Tous ces effets médiatiques entraîneront une foule nombreuse dans les magasins d’exposition de Simca-Chrysler. Les commandes coulent à flot et malgré la cadence rapide et bien préparée de l’usine de Poissy, des délais de livraison ne tardent pas à se manifester redoutablement. 

 

En marge du lancement des 1307-1308, un tirage au sort a permis à quinze membres du personnel de Poissy et des usines décentralisées de gagner une 1308 GT. La nouvelle Simca se singularise avec son système d’allumage transistorisé sans contact. Depuis 1973 chez Chrysler USA, ce système n’équipait pas les modèles de grande diffusion en France. Cette innovation résout les problèmes de démarrage par temps humide, ne nécessite aucun entretien, réduit l’usure des bougies et épargne la batterie et l’alternateur. La combustion des gaz est ainsi améliorée, contribuant à réduire la consommation.

Une pluie de récompenses attend la nouvelle Simca, dite ‘la voiture d’Ali Baba’ comme le dit cette publicité indiquant que des trésors de confort et d’équipement habitent le véhicule. L’association française de la presse automobile lui attribut pour 1975 le prix de la sécurité et en 1976, la très haute distinction de voiture de l’année, un prix décerné par un jury de 49 journalistes européens de la presse spécialisée de quinze pays. Elle s’impose devant les BMW 316/330 et la Renault 30 TS. Elle succède à la Citroën CX, lauréate du trophée 1975. En 1977, elle est la berline 7/8CV la plus vendue en France avec près de 190 000 immatriculations. Son succès dépasse les frontières de l’hexagone avec 54 000 exemplaires vendus en Allemagne, 44 000 en Grande-Bretagne, 24 000 en Italie, 23 000 aux Pays-Bas,  19 200 en Belgique, 9 300 en Suisse, 8 300 en Autriche, 7 800 au Danemark et 4 400 en Norvège. La production quotidienne est de 1 215 voitures dont une partie provient des usines de Ryton en Grande-Bretagne et de Casablanca au Maroc. En juillet 1977, la production débute en Espagne à l’usine de Villaverde près de Madrid avec 152 véhicules par jour. En novembre 1977, la 500 000ème voiture fabriquée prendra la direction de l’Allemagne. Un record jamais atteint pour Chrysler France.

 

Coup de théâtre le 10 août 1978.  En pleine période de vacances, le groupe PSA Peugeot-Citroën annonce qu’à l’issu d’un accord bilatéral avec Chrysler Europe, il reprend l’ensemble des filiales européennes : Chrysler France (ex-Simca), Chrysler United Kingdom (ex-Rootes) et Chrysler España (ex-Barreiros). Ironie du sort, pour la première fois de son histoire, Simca devient enfin 100 % française. En contrepartie, Chrysler reçoit 230 millions de dollars et détient 15.5 % du nouveau capital de PSA. Cet apport financier pour le constructeur américain lui permettra de se concentrer sur son marché intérieur où depuis la crise il joue sa survie.

Simca 1308 S

C’est pendant cet été 1978, qu’est introduite la 1309 SX qui comme le nom l’indique est une 9CV fiscale. Elle est motorisée par un 1592 cm3 développant 88 ch à 5 400 tr/min. Ce modèle haut de gamme est équipé de la direction assistée mais aussi d’un programmateur de vitesse. Cet équipement, présent depuis de nombreuses années sur la plupart des modèles américains et certains modèles luxueux européens comme Mercedes, apparaît pour la première fois sur un modèle de grande série.

 

Le 10 juillet 1979, le nom de Simca disparaît à tout jamais du paysage automobile. PSA veut imposer une nouvelle identité à la marque et Chrysler Simca devient Talbot dans toute l’Europe. Le nom de Talbot a été choisi parce qu’il appartenait au patrimoine de Simca qui avait racheté cette marque prestigieuse des années 40 en 1958. François Perrin-Pelletier, président de Talbot, explique ce choix car il fallait un nom fédérateur et Talbot faisait également partie du patrimoine du groupe Rootes, devenu Chrysler UK. Un nouveau logo est apposé sur les véhicules et dans la publicité, le prestige légendaire de la marque Talbot est repris dans le slogan : l’esprit automobile.

 

Au mois d’août 1980, Talbot annonce le léger restylage de la gamme 1307/1308/1309 qui prend le nom commun de Talbot 1510 pour tous les modèles. La partie avant est redessinée et la calandre et les phares sont légèrement inclinés pour s’aligner sur ceux des Talbot Horizon. 

Talbot 1510
Dodge Alpine, environ 20 000 voitures produites en Colombie

Nouveau coup de théâtre en octobre 1980. PSA informe Talbot de la décision de fusionner les réseaux de vente Peugeot et Talbot. Il est vrai que la clientèle avait mal compris les changements successifs de la marque et déserté les points de vente. Cela fera la bonne affaire de Ford et Volkswagen notamment qui en profiteront pour élargir leur représentation sur le territoire français.

Pour relancer des ventes en chute libre, une série spéciale 1510 Executive fait son apparition mais le long conflit social et les mouvements de grève de Poissy ont détérioré l’image de marque de Talbot. La production de la 1510 s’arrête en 1983 mais continue toujours en Espagne sous le nom de 150 jusqu’en 1984 et en Angleterre sous le nom d’Alpine (en souvenir de la Sunbeam Alpine) jusqu’en 1985.

Ouvrage complet sur la gamme 1307/1308 sur lequel cet article est en grande majorité construit.

Le forum original consacré aux 1307/8/9 , 1510 et Solara