Simca 8 Sport (1950-1952)

 

Publié par Philippe Baron le 11 octobre 2014.

 

Au salon de l’Auto 1948, est présenté un cabriolet qui fait sensation. Henri Théodore Pigozzi souhaitait offrir à sa clientèle une version sportive de la Simca 8, appréciée pour ses performances, sa robustesse et son économie. Le cabriolet trouve sa genèse dans la Cisitalia 202 dessinée par Pinin Farina en 1947 puis adaptée par Giovanni Michelotti sur le châssis de la Fiat 1100 S. A Paris, elle charme le public par l’élégance de sa carrosserie.

 

 

Simca est à l’origine une filiale de Fiat créée le 2 novembre 1934 pour construire ses modèles sous licence en France dans le but de ne pas payer de taxes d’importations et de droits de douane, Simca étant basée en France. Son dirigeant, le turinois Enrico Teodoro Pigozzi, qui francisera plus tard son prénom en Henri Théodore,  en est l’initiateur. En 1926, il avait reçu pour mission d’organiser un réseau de vente pour la Safat (Société anonyme française des automobiles Fiat) qui venait de voir le jour. Le problème de cette entité était le protectionnisme qu’affichait chaque nation, provoquée par la crise économique mondiale de 1929. Ce repli sur soi entrainait des droits de douanes de plus en plus accrus qui empêchaient aux automobiles Fiat d’être concurrentielles face aux productions françaises. 

 

1949 Simca 8 Berline - Photos : Artcurial
En 1935, Simca (Société industrielle de mécanique et carrosserie automobile) s’installe après rachat dans la très moderne usine Donnet à Nanterre. Après un réaménagement par les spécialistes italiens Henri-Théodore Pigozzi

En 1935, Simca (Société industrielle de mécanique et carrosserie automobile) s’installe après rachat dans la très moderne usine Donnet à Nanterre. La production démarre le 1er juillet et les toutes premières Simca-Fiat (nom qui sera donné jusqu’en 1938) sortent de la chaîne. Très vite, Simca devient le quatrième constructeur français et les véhicules arborent un nouvel écusson orné d’une hirondelle symbolisant le slogan de la marque : un appétit d’oiseau. Cet écusson permet d’effacer la filiation de la marque à sa société mère italienne alors qu’une xénophobie prend de l’ampleur en France, notamment envers l’Italie fasciste.

 

Présentée sur le marché français en 1938, la Simca 8 est dérivée de la Fiat 1100 « 508C Nuova Balilla » fabriquée dans les usines Simca de Nanterre sous licence Fiat. Voiture de catégorie moyenne, elle concurrence les Peugeot 202 et Renault Juvaquatre. Ressemblant à la Fiat, elle dispose d'une face avant avec une calandre en forme d'œuf et des phares ronds saillants et bien en évidence. La carrosserie est nettement plus aérodynamique que l'ancienne Simca-Fiat/SAFAF 6 CV qu'elle remplace. Le moteur est un 4-cylindres de 1 089 cm3 développant 32 ch à 4 200 tr/min. La distribution, comme sur beaucoup de moteurs Fiat est avec des soupapes en tête. Les suspensions sont à roues indépendantes à l'avant et essieu rigide à l'arrière. Les freins à tambours sur les 4 roues avec circuit hydraulique. Dotée d'une boite à 4 vitesses, elle atteint 110 km/h. 

 

 

Lorsque survient la Seconde Guerre mondiale, l’activité automobile s’arrête. Enfin, pas tout à fait pour Simca. Les allemands veulent que toutes les entreprises participent à l'effort de guerre, notamment pour produire des véhicules destinés au front russe. Chaque usine se voit affecter un administrateur désigné par l'occupant. Mais Fiat, firme dont le pays, l'Italie, est allié de l'Allemagne, réussit à obtenir que l'administrateur de Simca soit l'un des directeurs de Fiat-Allemagne. De fait, l'usine de Nanterre va continuer à produire des automobiles pendant encore trois ans, contrairement aux usines Citroën, Peugeot ou Renault, contraintes à fabriquer du matériel militaire pour l'armée allemande. En 1943, les revers de l'armée allemande conduisent à la cessation du traitement de faveur dont jouissait Simca. L'usine est affectée à la maintenance des véhicules militaires et à diverses fabrications pour l'occupant, notamment des éléments mécaniques pour les motochenilles Kettenkraftrad NSU (filiale allemande de Fiat).

 

1939 Simca 8 Cabriolet - Photos : Artcurial

 

Après la Seconde Guerre mondiale, Paul-Marie Pons est nommé directeur adjoint de la Division des Industries Mécaniques et Électriques (DIME) du ministère de la Production Industrielle et lance le « Plan Pons » avec pour objectif de rationaliser la fabrication automobile. Simca est intégré à la Générale française automobile (GFA) en compagnie de Delahaye-Delage, Unic, Laffly et Bernard. Le président de la Chambre syndicale des constructeurs automobiles, Charles Petiet, remet Simca sur les rails grâce à l'appui du ministre de la Production industrielle d'alors mais, en échange suivant les directives du Plan Pons, l'entreprise s’engage à fabriquer l'AFG (Aluminium français Grégoire) mise au point par l’ingénieur Jean-Albert Grégoire, devenu directeur général technique de Simca en octobre 1944.

 

 

Le marché de l'automobile particulière est alors théoriquement scindé en trois parties principales. Citroën, avec la Traction Avant, doit occuper le haut de gamme, Renault et Peugeot le milieu, Panhard et Simca le bas de gamme, avec l'industrialisation de l'A.F.G. Un premier prototype de la Simca-Grégoire est réalisé en 1945, puis un second en 1946. Malheureusement pour Grégoire, Henri Pigozzi, qui s'était fait discret suite à ses accointances avec les occupants allemands, réussit à faire capoter ce projet et reprend la direction de l'entreprise. Simca échappe alors à la nationalisation et aux contraintes du gouvernement, laissant Panhard se débrouiller seul. De son côté, Renault impose sa 4 CV et laisse Peugeot sur le créneau moyen.

 

 

La production redémarre avec la Simca Cinq et la Simca 8. Alors qu'en Italie, Fiat avait déjà remplacé ce modèle par la Fiat 1100 B, la Simca 8 bénéficie d'un restyling qui modifie le pare-chocs avant, la calandre, le capot et la malle. Elle reçoit à cette occasion un moteur de 1 221 cm3 développant 41 ch. 

 

Cisitalia 202 1950

Au salon de l’Auto 1948, est présenté aux côtés de la berline, un cabriolet qui fait sensation. Henri Théodore Pigozzi souhaitait offrir à sa clientèle une version sportive de la Simca 8, appréciée pour ses performances, sa robustesse et son économie. Le cabriolet trouve sa genèse dans la Cisitalia 202 dessinée par Pinin Farina en 1947. Il en construisit quelques exemplaires avant de déléguer sa production à son frère ainé Giovanni, fondateur de la Stabilimenti Farina, ainsi qu’à Vignale. La Stabilimenti Farina, fondée en 1906 par Giovanni Farina à Turin, comptait moult talents dont Mario Boano, Giovanni Michelotti, et Battista " Pinin " Farina, ce dernier s'établissant à son tour en 1930. Giovanni Michelotti s’est vu confié l’adaptation des lignes de la Cisitalia aux proportions du châssis de la Fiat 1100 S. Cette voiture fut remarquée par Henri Theodore Pigozzi lors d’une visite à Turin. Il en commanda sur le champ un second exemplaire pour le faire exposer au salon de Paris où elle charma le public par l’élégance de sa carrosserie.


Simca 8 Sport dans le film ' Les Impures' de 1955

Le dessin de la Cisitalia marquera à nouveau l’histoire lorsqu’il fut repris pour la Ferrari 166,  premier cabriolet de la marque du cheval cabré, qui sera présenté au Salon de Genève 1949. L’accueil chaleureux de la Simca 8 sport incite Henri Theodore Pigozzi à lancer la fabrication de la voiture très rapidement. Cependant la quantité de production de la Stabilimenti Farina est très limitée et pour exporter le cabriolet, il faut s’affranchir de taxes élevées. Aussi Pigozzi fait appel à Jean Daninos, fondateur de Facel Métallon, avec lequel il entretient de bons rapports, qui a déjà eu l’occasion de travailler avec Pinin Farina pour un coach Bentley et qui possède des installations industrielles appropriées pour la mise en place d’une chaîne de production dédiée à la Simca 8 sport cabriolet ainsi qu’à sa version coupé à l’étude.


Le dessin de la Cisitalia marquera à nouveau l’histoire lorsqu’il fut repris pour la Ferrari 166,  premier cabriolet de la marque du cheval cabré, qui sera présenté au Salon de Genève 1949. L’accueil Simca 8 Sport dans le film 'Cet Homme est Dangereux' de 1953.

La production effective de la Simca 8 Sport débute en mars 1950, en coupé et en cabriolet. Les éléments de carrosserie sont produits à Amboise, la chaîne de montage est installée à Colombes et la finition assurée à l’usine de Dreux, justifiant ainsi le tarif élevé de la voiture soit deux fois plus que la berline. Plus puissante, avec ses 50 ch contre 40 ch pour la berline, la Simca 8 Sport s’autorise une vitesse de 135 km/h, une performance honorable pour une petite cylindrée mais relativement décevante pour une automobile à vocation sportive. Mais de toute façon, la clientèle sera plus sensible à son élégance.


1950 Simca 8 Sport - Photos : Retrolegends.nl

 

Considérée comme la plus jolie voiture française de l’époque, la Simca 8 Sport aura une carrière courte puisque sa carrosserie est modifiée en 1951 pour s’adapter à la plateforme de la toute nouvelle Aronde. Le cabriolet ne pouvant s’adapter, seul le coupé subsiste et devient Simca 9 Sport avec un pare-brise d’un seul tenant jusqu’au salon 1952 où il laisse place à une nouvelle génération dessinée intégralement chez Facel : les Week-End et Plein Ciel. Il fut produit 5 165 Simca 8 Sport, toutes versions confondues.