Simca 1100 (1967-1981)

Simca 1100 TI - Photo : Robert Saabrobz

 

Publié par Philippe Baron le 10 février 2014.

 

Enorme succès commercial, la Simca 1100 est la plus importante vente de la marque avec plus de deux millions d’exemplaires produits entre 1968 et 1980. Considérée comme l’ancêtre des voitures compactes françaises actuelles, la 1100 jouissait à sa sortie de choix techniques résolument modernes. En 1972, elle sera la voiture la plus vendue en France et la berline la plus rapide des 7 CV.



Photo : Gasoline

 

Lors d’une visite à Turin en 1963, Henri-Théodore Pigozzi, fondateur emblématique de Simca, est enthousiasmé par le projet d’une petite traction avant avec hayon du nom de Primula que le constructeur Fiat s’apprête à commercialiser sous sa marque Autobianchi. Il aurait alors commandité son bureau d’études à Poissy pour réaliser une voiture similaire. Hélas, il disparaît l’année suivante. Au milieu des années soixante, Simca est sous la coupe de Chrysler, qui détient deux tiers de son capital. Le projet de la Simca 1100 est amplement soutenu et développé par Georges Héreil, à la tête de Simca depuis 1963. Le nouveau président tient absolument à imposer une conception française et avant-gardiste au nouveau modèle malgré le regard désapprouvant des dirigeants américains de Chrysler qui auraient souhaité l'étude d'un véhicule plus traditionnel. Ce zèle indépendantiste correspondait à une époque où la technologie française soutenue par le ‘Grand Charles’ s’exprimait avec fierté de l’aérotrain de Jean Bertin au paquebot France en attendant d’assister au vol du Concorde et de la mise à l’eau du sous-marin le ‘Redoutable’.


 

La Simca 1100 est dévoilée en 1967 et se positionne entre la Simca 1000 et la Simca 1300. Elle est présentée aux journalistes en septembre sous le soleil de la Sardaigne. Les invités sont conviés au luxueux complexe de vacances flambant neuf « Costa Smeralda », propriété de l’Aga Khan, regroupant de somptueuses villas, hôtels de luxe et galerie marchandes. Sur les routes sardes tortueuses et défoncées, la presse spécialisée a pu ainsi constater la bonne tenue de route de la nouvelle Simca ainsi que ses performances et ses consommations intéressantes.


 

La présentation officielle de la Simca 1100 se déroule à la Porte de Versailles le 5 octobre à l’occasion du Salon de Paris où est convié le lendemain le Général de Gaulle. Georges Héreil lui présentera le nouveau modèle en compagnie de Pierre Nadot, responsable du projet appelé 928 devenu 1100. Le même jour, 7 000 personnes sont invitées au Bourget sur un espace de 12 000 m2 pour découvrir la nouvelle concurrente de la Peugeot 204.


 

Pour la première fois de son histoire, Simca propose la traction avant, le moteur transversal et une suspension à quatre roues indépendantes par barres de torsion. La décision de la traction avant représentait pour les concessionnaires et agents de la marque une remise en question de l’argument passé qui était : « La propulsion, c’est bien mieux pour la tenue de route ». Il est d’ailleurs à noter de façon amusante que dans le premier catalogue diffusé par Simca la traction avant n’est jamais évoquée ouvertement, on parle tout juste de « roues avant motrices ».


 

Pour impressionner encore plus le public et la concurrence, la 1100 aligne d’emblée une gamme complète composée de berlines 3 ou 5 portes et un break et de trois niveaux de finition (LS, GL, GLS). De plus, cerise sur le gâteau pour les clients, les véhicules ont une garantie de deux ans. Pour son lancement, la nouvelle venue ne dispose que d'un seul moteur 6 CV de 1.118 cm3 développant 53 ch DIN pour la LS ou 56 ch DIN pour les GL et GLS pour 140 km/h. Le moteur 5 CV de 944 cm3 arrivera en septembre 1968  pour 45 ch et 135 km/h.


Scan : Michiel V

 

Il faut attendre juin 1970 et la Spécial, qui se distingue par ses petits phares longue portée insérés dans la calandre, pour l’adoption du 1.204 cm3 alimenté par deux gros carburateurs Weber double corps. Ce 4-cylindres développe 75 ch à 6 000 tr/min de quoi flirter maintenant avec les 160 km/h et le kilomètre départ  arrêté en 35 secondes. En 1971, la Simca 1100 Spécial décroche le prix de la sécurité et pour le millésime 1972, le moteur passe à 1 294 cm3 sur la version Spécial avec un seul carburateur double corps. C’est le triomphe de la 1100 qui se place première des ventes de l’hexagone alors que Chrysler France prend définitivement le contrôle de Simca, ce qui laisse une saveur particulière à ce succès quand on sait que le géant américain était réticent au projet de cette petite berline. En 1973, pour célébrer la deuxième victoire consécutive du partenaire Matra aux 24 heures du Mans, arrive la délurée 1100 TI avec sous le capot le moteur du coupé Bagheera apparue l’année précédente. Ce bloc de Rallye 2 du 1 294 cm3 porte la puissance à 82 ch DIN à 6 000 tr/min et 165 km/h qui positionne la 1100 comme une petite berline à caractère sportif.


Scan : Michiel V

 

Lorsqu’arrive le choc pétrolier de 1973 et que l’OPEP augmente de 100 % le prix du baril de pétrole, des mesures drastiques sont prises par le gouvernement pour réduire la consommation d’énergie. Au grand détriment de Georges Pompidou, Président de la République mais aussi amateur de voitures rapides, des limitations de vitesse sont imposées, le sport automobile est sur la sellette et réduction est le mot d’ordre du chauffage à l’éclairage public. La réponse de Simca sera dès 1974, les 1100 LE, GLE et ES économiques puis la 1100 LX dont le moteur à bas taux de compression permet de rouler à l’essence ordinaire. Dès 1978, la 1100 est épaulée par la nouvelle Horizon avant de se retirer discrètement en 1981 après avoir été produite à 2 139 908 exemplaires. Les utilitaires seront produits jusqu’en 1985. Bien née et dans l’air du temps, la Simca 1100 représenta le plus grand, mais aussi le dernier succès de la marque de Poissy.