Rolls-Royce Silver Shadow (1965-1980)

Rolls-Royce Silver Shadow (1965-1980) 1970 Rolls Royce Silver Shadow - Photo : Bonhams

 

Publié par Philippe Baron le 22 mai 2013.

 

Initialement, la Rolls-Royce Silver Shadow devait s'appelait « Silver Mist », une évolution naturelle par rapport au modèle précédent « Silver Cloud ». Le nom a été changé en « Silver Shadow » après avoir réalisé que mist, signifiant brouillard en anglais, signifiait par contre en allemand fumier, ordures ou saleté.

 

1967 Rolls-Royce Silver Shadow Two-Door Sedan Coachwork by H J Mulliner, Park Ward Ltd. 1967 Rolls-Royce Silver Shadow Two-Door Sedan by H J Mulliner, Park Ward Ltd. Véhicule conduit par Steve McQueen lors du tournage de l'Affaire Thomas Crown. Photo : Bonhams.

 

La Rolls-Royce Silver Shadow est présentée en 1965 après dix années de conception et de mise au point. Sa production constitue une révolution historique pour la marque britannique. En effet, avec cette voiture, le constructeur de Crewe fait passer sa production de la « tradition conservatrice » à l'ère moderne de la « démocratisation » (relative) avec un prix pour la première fois inférieur à 100 000 francs des années 1960, soit 6 557 £ la première année de production.

 

1974 Rolls-Royce Silver Shadow - Voiture d'Andy Warhol, conservée jusqu'à sa mort en février 1987. Photo : Bonhams

 

Abandonnant le châssis séparé, la Silver Shadow se présente comme la première monocoque autoportante de la marque. Elle est la première Rolls-Royce équipée de quatre roues indépendantes. Constituée de bras longitudinaux, la nouvelle suspension arrière se voit épaulée par un correcteur d'assiette automatique et hydraulique, qui utilise le brevet Citroën sur sa suspension hydropneumatique ; d'abord monté sur les quatre roues, il sera réservé aux roues arrière à partir de 1969. Toutefois, ce qui pouvait passer pour une révolution chez Rolls-Royce n'est en fait qu'une actualisation tardive. Car toutes ces solutions techniques modernes ont depuis longtemps été utilisées par tous les constructeurs concurrents (comme la structure monocoque adoptée par Vauxhall dès 1937 et par Ford Dagenham en 1950). L'usine de Crewe apparaît à la fois archaïque et conservatrice.

 

1974 Rolls-Royce Silver Shadow. Véhicule ayant appartenu à Freddie Mercury jusqu’à sa mort le 24 novembre 1991. Voiture conduite par un chauffeur puisque la rock star légendaire ne possédait pas son permis de conduire. - Photo : Coys
1972 Rolls-Royce Silver Shadow - Photo : Left Coast Classics

 

La Silver Shadow est également la première Rolls-Royce à recevoir des freins à disques sur les quatre roues (deux étriers à l'avant). Avec un triple circuit assisté, son système de freinage s'impose d'ailleurs comme un modèle de sophistication. Le premier circuit assure l'essentiel de l'efficacité de l'ensemble en commandant un des deux étriers de chaque disque avant et ceux de l'arrière, le second agit sur le second étrier des disques avant et le troisième, non assisté, intervient sur les étriers arrière. Un limiteur de pression, évitant le blocage des roues arrière, complète le dispositif. Autre nouveauté, une direction assistée, équipée d'un amortisseur, est livrée en série.

 

1967 Rolls-Royce Silver Shadow Saloon 1967 Rolls-Royce Silver Shadow Saloon - Photo : Gooding & Company

 

Avec sa silhouette abaissée et anguleuse, la Silver Shadow est le passage de Rolls Royce à la ligne ponton, soit vingt ans après les pionniers du genre. Le design modernisé et européanisé est symbolisé par une ceinture de caisse rectiligne, qui abandonne les ailes semi-intégrées de la Silver Wraith. Cette cession à la mode ambiante et à l'abandon de son style très british sera décriée par les puristes, la Silver Shadow se révèle moins représentative d'une certaine culture. Pourtant sa forme sobre et très homogène est emprunte d'une noble élégance.

 

1972 Rolls Royce Silver Shadow Saloon 1972 Rolls Royce Silver Shadow Saloon - Photo : Bonhams

 

Son gabarit réduit fait de la Silver Shadow une « petite » Rolls-Royce avec une longueur de 5,17 mètres, soit dix centimètres de moins que sa devancière. Son empattement de 3,03 m autorise une meilleure maniabilité avec un rayon de braquage de 4,70 mètres contre 6 mètres pour la Silver Cloud. Moins spacieuse, elle prend les traits d'une simple berline à quatre places. Autre révolution, la Silver Shadow est conçue pour être conduite par son propriétaire et non par un chauffeur en général. Une version à châssis long est lancée en 1969. L'empattement gagne dix centimètres et l'habitacle est doté d'une séparation chauffeur ainsi que de deux climatisations séparées. Ce modèle représentera un exemplaire sur cinq vendus dans cette configuration.

 

1967 Rolls-Royce Silver Shadow Coupé 1967 Rolls-Royce Silver Shadow Coupé - Photos : Bonhams

 

Le passage à la carrosserie autoportante a donné le coup de grâce aux carrossiers. Park Ward et H.J. Mulliner sont rachetés par Rolls-Royce qui standardise la production. Néanmoins, ces derniers réaliseront en 1966 un très élégant coupé, en fait une berline deux portes dotée d'un léger décrochement marquant la naissance des ailes arrière. Seul James Young continue de transformer une quinzaine de berlines fournies par l'usine. Mais il est racheté par Barclay, agent Rolls-Royce en 1969.

 

 

La Silver Shadow est équipée du moteur de sa devancière, un V8 de 6,2 litres de 1965 à 1969 et d'un V8 de 6,75 litres de 1970 à 1980 à course courte et vilebrequin monté sur cinq paliers, dont le bloc et les culasses sont réalisés en aluminium. On estime sa puissance à 200 ch. Mais Rolls-Royce refuse de donner la puissance et les couples de ses moteurs. Sa consommation est de 25 litres au 100 en conduite coulée et au moins 35 litres en conduite urbaine.

 

 

Les voitures destinées au marché intérieur sont équipées de la transmission General Motors Hydramatic à quatre vitesses construites sous licence par Rolls-Royce, tandis que celles construites pour l'exportation (donc la conduite à gauche) bénéficient de la nouvelle boîte Hydramatic Turbo à trois vitesses importée des États-Unis (elle équipera tous les modèles à partir de 1968). Modifié en 1970, le moteur voit sa cylindrée passer à 6 750 cm3 après réalésage. Le vilebrequin a également été redessiné et la puissance gagne une vingtaine de chevaux au même régime de 4 500 tr/min.

 

 

La variante coupé cabriolet est commercialisée sous le nom de Rolls-Royce Corniche à partir de 1971. En mars 1977, la Silver Shadow II est présentée au Salon international de l'automobile de Genève pour faire face à la concurrence (la Silver Spirit n'apparaîtra qu'en 1980) avec de légères modifications symboliques de sa carrosserie. Elle reçoit certaines améliorations techniques dont une direction à crémaillère. La suspension avant est également perfectionnée pour assurer à la voiture une meilleure tenue en courbe tout en diminuant le roulis. Pour réduire la consommation et la pollution, la carburation se voit dotée d'un contrôle électronique de carburation et d'une double sortie d'échappement, tandis que les voitures exportées aux États-Unis et au Japon devront s'accommoder d'un taux de compression réduit à 7,3.

 

 

L'aménagement intérieur bénéficie d'un tableau de bord redessiné et d'un nouveau volant à deux branches. Le niveau d'équipement franchit un nouveau pas avec le cruise control et surtout l'automatisation complète de la climatisation et même du chauffage de la lunette arrière. Au niveau carrosserie, la Silver Shadow II s'identifie grâce à ses pare-chocs, plus épais et plus résistants pour satisfaire aux nouvelles normes de sécurité, ainsi qu'à la présence d'un bouclier, qui réduit encore la hauteur de la calandre. On peut également constater la disparition des prises d'air sous les phares, dotés dorénavant d'un dispositif de lavage, tandis qu'une double sortie d'échappement apparaît à l'arrière.

 

1975 Rolls-Royce Silver Shadow Long-Wheelbase Limousine 1975 Rolls-Royce Silver Shadow Long-Wheelbase Limousine - Photo : Bonhams

 

La Silver Shadow LWB (pour Long-wheelbase), version à empattement long de la Rolls-Royce Silver Shadow de 1ère génération, devient pour l'occasion la Silver Wraith II, lors de la sortie en 1977 de la seconde mouture de la Silver Shadow. Elle reçoit cette appellation spécifique en référence à une ancienne et illustre série commercialisée après-guerre, la Rolls-Royce Silver Wraith. La Silver Wraith II pousse le luxe jusque dans ses derniers retranchements : carrosserie rallongée de 10 cm au seul profit des passagers arrière et de leur confort, toit recouvert en Everflex , lunette arrière plus petite pour voir sans être vu ; dans l'esprit « Opera window » qui règne à l'époque chez nombre de constructeurs automobiles, peinture avec livrée deux tons (option), séparation vitrée à commande électrique avec la partie chauffeur (option), autoradio à cartouches quadriphoniques 8 pistes pour bercer les oreilles des mélomanes qui prennent place derrière la séparation centrale. Tous ces équipements ont pour seul but de conférer à la Silver Wraith II un sentiment de luxe absolu par rapport à une Silver Shadow II déjà très richement dotée. Cette variante pèse ainsi 150 kilos de plus que la Silver Shadow II. La Rolls-Royce Silver Wraith II sera produite à 2 135 exemplaires et proposée au prix astronomique de 334 000 francs français en 1977 ; à titre de comparaison, le vaisseau amiral de la gamme Mercedes de l'époque, la très exclusive Mercedes-Benz 450 SEL 6.9, était déjà vendu 228 000 francs français.

 

1973 Rolls-Royce Silver Shadow Saloon 1973 Rolls-Royce Silver Shadow Saloon - Bonhams

 

Au total, 31 175 Rolls-Royce Silver Shadow ont été produites, réparties en 16 717 Silver Shadow, 2 776 en LWB, 591 en 2-doors saloon, 15 2-doors saloon par James Young entre 1966 et 1971, un coupé Pininfarina en 1968, 505 cabriolets, 8 425 Silver Shadow II et 2 145 Silver Wraith II.

 

1978 Rolls-Royce Silver Shadow II Saloon 1978 Rolls-Royce Silver Shadow II Saloon - Photos : RM Auctions