Renault Fuego (1980-1985)

 

Publié par Philippe Baron le 14 février 2015.

 

En mars 1980 au Salon de Genève, Renault lance la Fuego, le feu en espagnol, un coupé semi-sportif au confort de berline, qui vient remplacer les coupés Renault 15 et Renault 17. Son nom marque une rupture avec la désignation chiffrée adoptée par le Losange depuis 1961. En 1983, la Fuego est la première voiture au monde à être équipée de l'ouverture centralisée à télécommande infrarouge (télécommande PLIP).

 

 

L’étude de la Fuego débute dès 1976 au centre Style de Renault dirigé par Robert Opron (auteur des Citroën SM et CX) sur la base des dessins de Michel Jardin. Elle utilise la plate-forme et de nombreuses pièces mécaniques de la Renault 18 étudiée et produite à la même époque, pour une économie de coût de production. Ce coupé introduit des lignes originales, arrondies et aérodynamiques (Cx de 0,34), avec en particulier un hayon bulle entièrement vitré et une bande noire latérale à cannelures, qui affine et dynamise la ligne.

 

Longue de 4,36 m et large de 1,70 m, la Fuego est signée par Robert Opron

 

De série, y compris sur le modèle de base 1400, la Fuego dispose de lève-vitres électriques, de feux arrière de brouillard, de projecteurs à iode. A l’intérieur, la colonne de direction est réglable en hauteur, ce qui constitue une première chez le constructeur, tout comme la jauge à huile qui figure dans l’un des petits cadrans ronds d’un tableau de bord très complet.

 

 

La Fuego reprend les solutions techniques de la Renault 18 (traction, moteur longitudinal, essieu arrière rigide) mais le train avant à déport négatif provient de la Renault 20 diesel. Par contre, la Fuego ne propose pas certaines avancées de sa devancière la 17 TS (qui était le haut de gamme de ce modèle), comme l'injection électronique ou les quatre freins à disque, ce qui lui vaudra quelques critiques lors de la présentation des premières versions TL/GTL. La Fuego est équipée de disques à l’avant et de tambours à l’arrière.

 

Renault Fuego Turbo D (1982)

 

Au lancement, l’offre motorisation démarre avec un 1 397 cm3 pour les TL et GTL de 64 ch à 5 500 tr/mn, boîte 4 rapports et une vitesse maximale de 158 km/h.  Vient ensuite la version GTS et son moteur 1 647 cm³ de 96 ch. Puis l’automne 1980, voit l'apparition des TX et GTX 1 995 cm³ de 110 ch et 190 km/h. La version turbo diesel 2 068 cm³ de 88 ch à 4 250 tr/mn arrive au millésime 1983. Elle permet à Renault de démontrer que l’alliance d’un diesel et d’un turbo peut donner des résultats intéressants en matière de performances. La Fuego Turbo D est alors le diesel le plus rapide du monde en octobre 1982 avec 175 km/h. Son 4-cylindres, alimenté par une injection Bosch et suralimenté par un turbocompresseur, se montre également très sobre avec 5.80 litres de moyenne à 100 km/h et 7.40 à 120 km/h.

 

 

Parmi les équipements notables, la Fuego a été la première voiture au monde à recevoir un système de télécommande sans clé avec centralisation, disponible depuis l’année-modèle 1983 (octobre 1982). Ce système a été inventé par le français Paul Lipschutz (d'où le nom de la télécommande PLIP utilisé en Europe) et fut plus tard répandu sur les autres modèles Renault.

 

 

Pour le millésime 1984, la Fuego est restylée au niveau de la calandre, des pare-chocs, et du tableau de bord qui prend le style « visière ». La Fuego GTL reçoit le moteur d'1,6 litre de la GTS dégonflé à 73 ch. Mais la véritable nouveauté est la version turbo essence qui reçoit un 1 565 cm³ de 132 ch. La Fuego peut enfin afficher une réelle sportivité avec ses 200 km/h en vitesse de pointe, ses jantes aluminium BBS « nid d'abeille », ses quatre freins à disque, son intérieur tout velours, son ordinateur de bord à huit fonctions, ses rétroviseurs électriques, son ouverture centralisée à télécommande infrarouge. Cette version est décorée de gros autocollants « TURBO » au bas des flancs et d'une vitrophanie (autocollant collé à l'intérieur) du même motif à la base de la bulle arrière. 

 

 

Disposant à l'origine de motorisations peu sportives pour un coupé, la Fuego ne bénéficia pas d'un grand prestige et les ventes, parties très fort avec plus de 50 000 unités pour ses trois premiers trimestres de commercialisation, déclinèrent rapidement notamment du fait des tarifs jugés assez élevés. La Renault Fuego a été produite à l’usine MCA à Maubeuge (Nord) en France du mois d’octobre 1979 à juin 1985 et à l’usine de Santa Isabel (Argentine) de mars 1982 à 1992. Les stocks ont été écoulés en Europe jusqu'en 1987. La production totale de Renault Fuego est de 265 367 exemplaires.

 

 

Renault Argentina SA débuta la production de la Renault Fuego GTX en mars 1982, uniquement à l’usine Renault de Córdoba (Santa Isabel). La Fuego était considérée comme un modèle de « standing » en Argentine grâce à son équipement et aux courses de TC2000 dont elle fut victorieuse huit années consécutives de 1986 à 1993, pilotée par Juan Maria Traverso. À l’arrêt de la fabrication, en 1992, 19 352 Fuego ont été produites à l’usine de Santa Isabel.

 

 

Aux Etats-Unis, les premières Fuego arrivèrent au printemps 1982. À cette époque, grâce à la nouvelle alliance avec le constructeur American Motors Corporation (AMC), les ventes des Renault étaient en progrès constant en utilisant le réseau de distribution d'AMC. Cette augmentation des ventes était surtout due à la Renault 5 appelée Le Car. Renault fabriqua à Kenosha (Wisconsin) des Renault 9 appelée Alliance, des Renault 11 appelée Encore, et exporta aussi des Renault 21 appelée Medallion ainsi que des Renault 25 tricorps appelée Premier. Cette dernière fut vendue sous la marque Eagle lors de la revente d’AMC en 1987. Renault eu un succès d’estime plus précisément au Québec, mais le climat local était très dur pour tous ces modèles, cédant rapidement à la corrosion due au salage des routes. L'exportation de la Fuego s'arrêta à la fin du millésime 1985.

 

 

La Fuego américaine se reconnait grâce aux pare-chocs plus imposants avec amortisseurs intégrés absorbant un choc de moins de 8 km/h, des phares et des clignotants avant spécifiques ainsi qu'aux feux de position latéraux, selon les normes américaines. Toutes les versions sont catalysées d'où une puissance plus faible que les modèles européens.

 

1982 Renault Fuego Cabriolet Heuliez - Photos : Artcurial

 

Heuliez créa un prototype de Fuego Cabriolet sur la base de la version Turbo pour le marché américain. La voiture fut transformée à Cerizay sur la base d'un coupé 1982. La voiture non terminée fut expédiée au printemps à l'usine AMC de Jacksonville aux USA pour être configurée aux normes américaines. De retour de sa balade américaine, le cabriolet Fuego USA fut exposé au Salon de l'Automobile de Paris d'octobre 1982, remportant tous les suffrages par son élégance. Mais les difficultés d'AMC incitèrent Renault à ne pas prendre de risques exagérés avec sa filiale américaine, et le cabriolet Fuego ne fut pas commercialisé. Le prototype a été vendu pour la somme de 10 722 € le 07 juillet 2012 lors du Mans Classic, au circuit du Mans, par la société de vente aux enchères Artcurial.