Renault Floride – Caravelle (1959-1968)

 

Publié par Philippe Baron le 24 juillet 2016.

 

Lancée en mai 1959, la Floride marque le retour de l’automobile plaisir chez Renault, cantonné depuis 1945 dans une logique de production massive. Elégante et raffinée, la jolie décapotable séduit d’emblée lors de sa présentation au Salon de l’Automobile de Paris en automne 1958. Sa production débute en juin 1959 et les premières livraisons interviennent pendant l’été.

 

Brigitte Bardot, la marraine de la Floride

 

Au printemps 1957, Pierre Dreyfus, le patron de la Régie, et Fernand Picard, Directeur des études, se rendent aux Etats-Unis pour une convention en Floride peu de temps après le lancement de la Dauphine dont les ventes stagnent sur le plus grand marché mondial de l’automobile, faute d’une politique commerciale dynamique. Lors de ce voyage, les deux français rencontrent notamment les présidents de General Motors, Ford et Chrysler. Ils sont reçus par Leroy Collins, le gouverneur de l’Etat de Floride et rencontrent  Wendell Jarrard, le principal distributeur Renault de l’Etat Soleil, qui insiste auprès de Pierre Dreyfus sur l’importance des voitures à carrosserie ouverte sur son marché. L’idée d’une Dauphine cabriolet commence alors à germer dans la tête du plus haut chef de l’entreprise.

 

 

Le bureau d’Etudes Renault contacte Luigi Segre, le patron de la Carrosserie Ghia, responsable des dernières retouches sur la Dauphine. Mais cette fois-ci, les pleins pouvoirs lui sont accordés pour dessiner les lignes du cabriolet. Cependant Ghia décide de confier cette mission au styliste suisse Pietro Frua suite à une clause d’exclusivité qui liait Ghia à Volkswagen pour le coupé Karmann Ghia. Les seules contraintes, qui sont imposées au dessinateur, concernent l’utilisation du soubassement de la Dauphine, ainsi que ses éléments mécaniques et ses trains roulants. Aux premières vues des esquisses, la voiture séduit par ses lignes effilées, équilibrée, moderne et chic. Pierre Dreyfus décide lui-même de baptiser ce projet : Floride. 

 

 

Les choses se compliquent pour celle que l’on appelle encore la Dauphine GT lorsque Pietro Frua ne perçoit pas de Ghia les subsides financiers dans les termes convenus. Il décide de mettre le feu aux poudres en présentant le prototype sur le stand Ghia-Aigle (concurrent de Ghia) au Salon de Genève en mars 1958. Renault, qui ne voulait présenter son nouveau modèle qu'au salon de Paris, à l'automne suivant, n'apprécie guère ce règlement de compte. La Régie reprendra les choses en main et le projet sera finalisé par les designers maison.

 

Cadeau de la Régie pour Brigitte Bardot, cette Floride « blanc Kilimandjaro » lui fut livrée à Nice lors du tournage de « Voulez-vous danser avec moi » en août 1959. BB n’était pas la seule à être gâtée par Renault. Grace de Monaco reçut une Floride coupé « vert Bornéo ».

Pour Renault, la Floride est destinée à incarner ‘la voiture jeune de tous les âges’ pour séduire les couples avec de jeunes enfants et plus encore les femmes, dans l’optique de l’émergence du marché de la seconde voiture.  Avec ses couleurs chatoyantes, ses intérieurs assortis, ses pneus à flancs blancs, et son autoradio en option, la Floride est commercialisée à la fois en coupé, cabriolet et convertible (capote et hard-top amovibles). Grâce aux éléments mécaniques et au moteur ‘Ventoux’ empruntés à la Dauphine, le coût de revient de la Floride est très serré et permet un prix de vente d’environ 50 à 60 % moins cher que la concurrence. L’engouement immédiat de la clientèle pose alors problème à Renault pour sa production. L’usine de Flins, submergée par le succès de la Dauphine, ne peut l’accueillir. Sa fabrication se voit confier entre les Etablissements Chausson et les Etablissements Brissonneau & Lotz. La cadence de 50 à 75 unités par jour ne peut répondre à la demande et pour atteindre les  200 à 250 voitures par jour, un investissement supplémentaire de 700 millions de francs d’outillage sera nécessaire.


 

La Floride est présentée aux Etats-Unis en janvier 1959 lors de la foire de New York. Pour des raisons de marketing, la Floride change son nom pour celui du biréacteur qui évoque le savoir-faire français : Caravelle. La Floride de 1959 est équipée du moteur 4-cylindres en ligne dérivé du moteur Ventoux de la Dauphine. Sa puissance de 845 cm3 de 40 chevaux à 5 200 tr/mn lui permet d’atteindre les 125 km/h. La boite de vitesse est à trois rapports dont deux synchronisés mais une boite quatre rapports dont deux synchronisés est disponible en option. Les quatre freins sont hydrauliques à larges tambours.

 

 

Les couleurs de la carrosserie évoquent l’été et la joie de vivre avec six teintes disponibles : blanc Kilimandjaro, bleu Narvik, bleu Hoggar, jaune Bahamas, vert Bornéo, rouge Trinidad puis deux nouvelles teintes supplémentaires en 1960, gris Harvard et noir 5ème avenue. Pour chacune de ces teintes, une garniture intérieure est assortie en drap et en simili. Le coffre large et profond de la Floride permet de ranger plusieurs bagages et la roue de secours est dissimulée subtilement dans un emplacement spécifique situé sous le coffre et derrière la plaque numérologique comme sur la Dauphine. Les premières Floride se reconnaissent esthétiquement par leurs prises d’air juste devant les roues arrière.

 

En Mars 1962, au Salon de Genève sont présentés deux nouveaux modèles le Cabriolet S et le coupé Caravelle (type R1131) qui conservent la ligne initiale avec quelques subtiles retouches pour ne pas déséquilibrer la carrosserie. La Floride S est la ‘Décapotable Grand Sport, Grand Air’ avec un toit amovible pour l’hiver. La Caravelle est un coupé quatre places ‘Grand Tourisme, Grand Luxe’ avec son toit allongé et sa lunette arrière redressée. Les deux nouvelles versions ont un nouveau moteur identique, un Sierra 5 paliers de 956 cm3 qui développe 51 ch à 5 500 tr/mn, permettant une vitesse de pointe de 135 km/h. Les 4 freins à tambours sont remplacés par 4 freins à disques, l'équipement électrique passe en 12 volts. Les prises d'air sur les flancs sont supprimées, et le capot moteur percé d'ouïes de ventilation. Apparition de la boîte 4 vitesses avec première non synchro (choix possible entre la boîte 3 ou 4). 


Caravelle 1964

 

En septembre 1963, le patronyme Floride disparaît du catalogue en faveur du nom unique Caravelle. La Floride S et la Caravelle « coupé » (type R1131 à moteur 956 cm3) sont remplacées par la Caravelle 1100 (type R1133), équipée dorénavant du moteur de la R8 major (1108 cm3, 55 ch SAE, 140 km/h). La boîte est entièrement synchro. Le monogramme «CARAVELLE » (lettres séparées) prend place sur la jupe avant. Seule l’aile avant gauche porte encore le nom de Renault. Sur le capot arrière, monogramme « 1100 ». Sur l'aile avant droite, inscription « Caravelle ». La lunette arrière de la capote est agrandie.

 

 

En septembre 1965, la Caravelle 1100 S est dévoilée avec une augmentation de puissance à 57,5 ch SAE et l’adoption d'un carburateur double corps. La vitesse maxi passe maintenant à 145 km/h. Les feux de position avant sont rectangulaires et non plus ronds, un losange « Renault » vient s'installer sur la partie supérieure de la proue, le monogramme Renault, sur l'aile avant gauche, est supprimé. A l'arrière, le monogramme « 1100 » est remplacé par un monogramme « Renault ». La Floride obtint un succès commercial remarquable. La voiture ‘plaisir’ de la Régie sera produite jusqu’en juillet 1968, atteignant les 117 113 unités.

 

1967 Renault Caravelle 1100 S à Ostende au nord de la Belgique - Photos : Philippe Docquier
Rassemblement au Mont St Michel

Liens Utiles

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On peut y faire certaines rencontres...
Floride Coupé de 1961
1967 Renault Caravelle 1100 S – Photos : Philippe Docquier
A Sainte Marguerite sur mer, sur la côte d'Albâtre en Haute-Normandie
Une Caravelle de 1965 et une de 1968 devant l' église de Fontenay-Torcy en Picardie
Devant la Mare de Loueuse en Picardie.