Reliant, la saga des voitures 3 roues (1952-2001)

Publié le 29 septembre 2012.

 

En 1952, TL Williams, fondateur de la firme Reliant, a l’originalité de décliner son petit van utilitaire à trois roues en version « tourisme ». Ce curieux spécimen à la fiscalité allégée, que l’on peut conduire sans permis voiture, prend le nom de Regal. Il va s’installer rapidement dans le décor britannique pour en devenir une figure emblématique indissociable des trente glorieuses du royaume d’Albion jusqu’à l’orée du 21ème siècle.

Après avoir travaillé chez Triumph et chez Dunelt, Tom Lawrence Williams, 39 ans, est recruté par Raleigh où il se voit confié l’étude d’un utilitaire à trois roues, le " Safety Seven " qui sera présenté en 1933. Mais après environ 1000 exemplaires fabriqués, Raleigh décide de se consacrer uniquement à la bicyclette et l’avenir lui donnera raison avec le succès qu’il va rencontrer. Cependant, TL Williams ne peut encaisser le coup. Tous ses efforts consentis à développer ce véhicule ne peuvent être réduits à néant. Il quitte Raleigh et part en quête de capitaux pour fonder sa propre entreprise avec le projet  de concevoir un autre utilitaire à trois roues mais cette fois-ci fermé pour que le conducteur soit à l’abri des intempéries.

Reliant Van
ES Thompson, lui aussi ancien de chez Raleigh, vient épauler TL William dans ces travaux. Disposant de très peu de matériel, les deux hommes mettent au point un premier prototype dans une partie d’ate Tom Williams

ES Thompson, lui aussi ancien de chez Raleigh, vient épauler TL William dans ces travaux. Disposant de très peu de matériel, les deux hommes mettent au point un premier prototype dans une partie d’atelier appartenant à un ami garagiste. Le premier essai roulant a lieu le 1er janvier 1935. A cette époque, les véhicules trois roues étaient des sportives comme la Morgan, mais l’unique roue arrière n’était pas adaptée pour supporter des charges lourdes. La petite camionnette à trois roues se présente avec un avant de motocyclette et se pilote grâce à un simple guidon. Pour la produire, l’équipe s’installe dans un ancien dépôt de bus de Tamworth qui restera le lieu de production de la firme nouvellement nommée Reliant Engineering Company, avec des agrandissements successifs aux cours des années, jusqu’en 1999

Avec un seul cylindre, l’usage de la Reliant Van est très limité. Aussi dès mars 1956, elle s’équipe d’un nouveau moteur JAP un peu plus puissant, puis en 1937, après un accord avec Austin, de son 4 cylindres de 747 cm3. Toutefois, cet accord notifiait l’usage de ce moteur que pour une durée d’un an seulement, Austin arrêtant la production de ce type pour ses propres Austin Seven à la fin de cette période. Qu’à cela ne tienne, TL Williams décide alors de manufacturer son propre moteur, qui sera une copie de la mécanique d’Austin et qui sortira des ateliers de Tamworth une semaine après la déclaration de guerre en septembre 1939. Le conflit mettra en suspens l’activité de Reliant pour se consacrer à l’effort de guerre en produisant des composants pour l'industrie de l'armement.


Reliant Regent Van

En 1946, la production redémarre et le premier Van d'après guerre est livré le 13 mars de cette même année. Avec les 1 000 exemplaires fabriqués avant le conflit mondial, Reliant s’était forgé une clientèle satisfaite de la faible consommation du van ainsi que de sa maniabilité, sans parler de son avantage fiscal, bénéficiant de taxes allégées par rapport aux automobiles classiques. Il s’avérait le véhicule idéal suivant aménagements pour le marchand de lait ou l’épicier, tout comme l’artisan pour transporter du matériel léger.

En 1950, la Reliant Van devient Reliant Regent Van avec quelques modifications esthétiques. Ses roues en métal sont moins coûteuses à produire que les roues à rayons, et plus solides. La carrosserie, maintenant en aluminium, est plus pratique à travailler que l'acier, et surtout plus léger. Juste après la guerre, l’approvisionnement en aluminium était également rendu plus facile car n’étant pas strictement contingenté comme l’acier en fonction des volumes de production exportés. Un souci qui ne concernait pas encore Reliant. Le Van Reliant sera produit jusqu’en 1956 avec une production totale de 5 834 petits utilitaires.

En 1952, TL Williams a l’originalité de décliner son van utilitaire en version « tourisme » et présente la Regal, sa première voiture de tourisme à trois roues, qui va rapidement prendre le leadership Reliant Regal Mk1 au Salon du cycle et de l'auto à Wasrl’s Court à Londres le 14 Novembre 1952

En 1952, TL Williams a l’originalité de décliner son van utilitaire en version « tourisme » et présente la Regal, sa première voiture de tourisme à trois roues, qui va rapidement prendre le leadership de cette catégorie de véhicule sur le sol britannique. Son succès est du à une fiscalité moindre et le permis moto suffit pour la conduire. Capable de transporter quatre personnes, elle va évoluer jusqu'en 1963 au travers de six générations.

Reliant Regal Mk1

La Reliant Regal MK I est présentée pour la première fois à Earls Court en novembre 1952, mais sa commercialisation ne débute qu'en 1953. Elle est dotée d’une capote équipée de fenêtres plastifiées pour protéger les occupants des intempéries. Environ 1000 exemplaires de cette première version sortirent d'usine. En 1954,  la Mk2 avec une nouvelle calandre suit avec trois versions proposées : un cabriolet avec capote souple comme sur la précédente, une version deux portes dotée d'un hard-top en fibre de verre et un break tôlé qui remplace le Regent Van. A noter qu’un dispositif de flèches de direction montées sur les ailes avant évite enfin au conducteur de signaler manuellement ses changements de direction. Un peu plus de 2 000 Mk II furent fabriquées.

Reliant Regal Mk II 1954
Reliant Mk2

La Reliant Regal Mk III fait son apparition en 1956 avec toujours ses trois déclinaisons et une toute nouvelle carrosserie en fibre de verre, une première pour la firme de Tamworth. Elle gagne en longueur et en largeur mais aussi en confort avec des vitres coulissantes, et nos fameuses flèches de direction sont désormais remplacées par de véritables clignotants arrière. La Mk3 sera vendue environ à 5 000 exemplaires toutes versions confondues. Pour la Mk4 de 1958, Reliant inaugure avec une version supplémentaire, pick-up. Cette quatrième génération considérée comme un modèle de transition se distingue essentiellement par des vitres latérales qui descendent au lieu de coulisser. Produite pendant un an, 1900 unités tous types confondus quitteront l’usine de  Tamworth. 

Reliant Regal Mk5

La Mk5 de 1959 se distingue par sa carrosserie plus fine mais surtout par l’adoption d’un véritable coffre à l’arrière. Curieusement, les vitres descendantes du millésime précédent cèdent leur place à des vitres coulissantes. La Regal Mk5 sera produite à un peu moins de 4 800 exemplaires en version Saloon, et environ 1 100 en version utilitaire. L’année 1959 pour Reliant est marqué par l’arrivée de Ray Wiggin à la tête de la direction aux côtés de Tom Williams. Sous son impulsion, Reliant va connaître tout au long des années 60 une croissance significative avec des procédés de fabrication sans cesse améliorés et en développant sa gamme. La Mk6 de 1961 marque la fin de la première série Regal qui utilisait toujours la motorisation de 1939. Environ 8 500 voitures de type Mk VI Saloon quittèrent les ateliers de Tamworth, auxquelles il convient d'ajouter 3 750 en version Van.

Reliant MkV Van
En 1962, la Regal 3/25 succède à la Regal VI. Elle aurait très bien pu prendre le nom de Mk7 pour continuer la série mais ce changement de nom signifiait la venue d’un nouveau moteur. Le 3 de la 3/25 Ray Wiggin

En 1962, la Regal 3/25 succède à la Regal VI. Elle aurait très bien pu prendre le nom de Mk7 pour continuer la série mais ce changement de nom signifiait la venue d’un nouveau moteur. Le 3 de la 3/25 fait référence à son nombre de roues et 25 correspond au nombre de chevaux dont dispose maintenant la Regal. Ce nouveau moteur est un 4-cylindres de 598 cm3, en alliage de type OHV (Over Head Valve engine ou moteur à soupapes en tête) conçu sous la  responsabilité de Ron Heathcote, chez Reliant depuis 1949. Avec cette mécanique, la 3/25 de 364 kg peut se permettre d’emprunter les motorways et filer à une vitesse de pointe de 120 km/h. La nouvelle Reliant est disponible en deux versions de carrosserie : la Saloon et le Van. Elle bénéficie toujours des mêmes avantages, garantissant son succès auprès des motards plus à l’aise pour transporter leur famille sans changer de permis et surtout auprès d’une clientèle senior. C’est malheureusement pendant cette période de développement que décédera le fondateur de Reliant, Tom Lawrence Williams, en 1964. Ray Wiggin reste alors seul aux commandes de l'entreprise.

La 3/25 devient Regal 3/25 Super en 1965 et en 1969, à nouveau changement de nom : 3./30 pour 31 ch développé par le nouveau 700 cm3. En 1973, la Reliant Regal termine sa carrière pour être remplacée par la Reliant Robin. En tout, 105 824 Regal 3/25-3/30 ont été produites entre 1962 et 1973, soit trois fois plus que les Regent et Regal Mk en deux fois moins de temps qui avaient été fabriquées à 33 027 exemplaires entre 1935 et 1962.

Le design de la Reliant Robin de 1973 a été confié au studio Ogle de Tom Karen, auteur du succès des Reliant Scimitar GT et GTE. Elle est motorisée par un quatre cylindres de 748 cm3 développant 32 ch SAE. Une fois de plus, le succès est au rendez vous avec plus de 10 000 Robin vendues en 1974, et pas moins de 15 000 en 1975. La Robin n’est pas gourmande en carburant, son coût d’entretien est faible et elle possède un rayon de braquage très court, idéal pour se garer en ville. Cependant au milieu des années 70, l’image de la Robin commence à se dégrader. Son prix est jugé excessif et son look dépassé est sujet à de nombreuses blagues à l’humour douteux et à l’encontre de ses possesseurs considérés comme des  ‘has been’ c'est-à-dire ‘ringards’. Après le départ de Ray Wiggin en 1977, Ritchie Spencer, nouveau directeur, réduit le nombre de salarié de 2 100 à 1 200. En effet, pour 1978, environ 7 000 voitures ont trouvé acquéreurs contre plus du double trois ans plus tôt. La production de la Robin ne dépasse pas 2800 exemplaires en 1981. Mais Reliant ne sombre pas dans la déprime et repense la voiture à trois roues pour les années 80. La Rialto est lancée pour succéder à la Robin en 1981.

 

La Reliant Rialto est l’ultime représentante de la catégorie des voitures à trois roues. Elle est présentée en octobre 1981 avec les mêmes bases mécaniques mais esthétiquement ses lignes sont plus tendues et anguleuses avec les feux rectangulaires de l’Austin Metro. Sa première évolution est en mars 1983 avec un moteur de type HT-E qui développe plus de couple mais avec une puissance réduite, passant de 40 à 37.5 ch Din. Pour sauvegarder ses emplois en diversifiant ses activités, Reliant assemble dès 1982 la Ford Escort RS 200 et conclut un accord avec la firme Cammell Weymann pour le moulage des carrosseries des taxis Metrocab. En  1985, une version spéciale " Jubilé " est proposée pour célébrer les 50 ans de Reliant. Le moteur de 40 ch Din fait son retour en septembre 1986, sur la nouvelle Rialto SE.

 

En 1989, Reliant tente de faire renaître la légende avec le comeback de la Robin. En fait, elle désigne les versions LX et SLX de la Rialto avec pour la différencier l’adoption des phares de la Ford Fiesta. Malgré ces tentatives, les ventes continuent de baisser avec 750 voitures en 1994, soit vingt fois moins qu’en 1975. Reliant fait alors valser les repreneurs. Après l’équipementier Beans en 1991, le groupe Avonex prend la relève en 1995 pour déposer le bilan en fin d’année. Puis en 1996, Jonathan Heynes tente à son tour de sauver l’entreprise, puis Kevin Leech en 1998. Difficile d’amortir des coûts fixes sur des petits volumes de production, ainsi en 1999, une Rialto ou une Robin coûte 10 % plus chère qu’une Peugeot 106 ou qu’une Ford Ka pourtant de conception plus moderne. La clientèle se résume maintenant aux  rares inconditionnels de la marque, permettant une production d’à peine trente voitures par semaine.

Phares de Ford Fiesta

En octobre 2000, l’arrêt définitif des véhicules 3 roues est prononcé pour la fin de l’année. En hommage aux 65 années de production de Reliant de 1935 à 2000, une édition spéciale de 65 voitures généreusement équipées est lancée. La dernière de ces Robin 65 sera livrée le 14 février 2001 au gagnant d'un concours organisé par le journal " The Sun ". Alors que l’histoire semblait irrévocablement terminée, en avril 2001, la société B&N Plastics annonce, qu’après accord avec Reliant, elle poursuit la construction de la Robin sous licence. Cette production sera très éphémère et s’arrêtera définitivement en octobre 2002.

Phares d'Opel Corsa