Peugeot 203 (1948-1960)

Crédit Photo : LFimage.blogspot.com

 

Publié par Philippe Baron le 20 janvier 2014.

 

Au sortir de la seconde guerre mondiale, les installations industrielles de Sochaux sont pratiquement toutes en ruine après les intenses bombardements. Peugeot tente de récupérer ses outils de production pillés par trains entiers et éparpillés en Allemagne et dans d’autres pays de l’Europe. La reconstruction est rendue d’autant plus difficile qu’elle est affectée par des difficultés d’approvisionnement en matières premières dont l’acier. Mais Peugeot n’a pas le temps de baisser les bras et retrousse ses manches comme les autres constructeurs. La 203 sera l’unique modèle commercialisé par la marque jusqu’en 1954. Elle symbolisera la renaissance du Lion et son succès sera retentissant.

 

Photo : Paul Allais

 

Dans le plus grand secret, Jean-Pierre Peugeot, assisté de Maurice Jordan et d'Ernest Mattern, directeur des études, avaient imaginé les automobiles du lendemain pendant que seules les 202 reprenaient les chaines de production pour pérenniser l’entreprise et son personnel. Au sommet de la gamme, il était prévu une large et luxueuse berline baptisée 802, propulsée par un V8,  puis, une plus modeste 10 CV quatre cylindres, et une 6 CV à vocation économique pour remplacer la 202. Mais sur le marché d’après-guerre, l’Etat va imposer des restrictions à chaque constructeur et l’ambitieux programme sera corrigé par le réalisme de la situation pour laisser place à une 7 CV moderne. Peugeot va alors relever le défi en proposant un nouveau moteur d’un niveau de performances égal à celui d’une 12/13 CV d’avant-guerre.

 

1959 Peugeot 203 - Photo : Wouter Bregman

 

En mai 1947, les premières Peugeot 203 de présérie sont présentées à la presse et aux concessionnaires mais la présentation officielle est tenue au Salon de Paris d'octobre 1948 où d’emblée la 203 reçoit un immense succès. Son design bicorps est en totale rupture avec les fuseaux Sochaux précédents.  Les stylistes Bonal et Mathon et leur responsable Henri Thomas ont cédé à la dernière mode américaine, mais en proportions réduites, avec un capot « alligator » à ouverture frontale, une calandre à grosses barres horizontales, des ailes rebondies et une petite lunette arrière.

 

 

Sur le plan mécanique, la Peugeot 203 est de conception moderne avec une carrosserie autoportante, des roues avant indépendantes et des ressorts hélicoïdaux à l’arrière et une direction à crémaillère. Elle dispose d’un quatre cylindres en ligne de 1 290 cm3 développant 42 ch, accouplé à une boîte de vitesses dotée d’une quatrième économique. Dans l’habitacle, la commande se fait avec le levier de vitesses sur le volant à la mode américaine. Mis au point par l’ingénieur Chamuzeau, ce moteur à culasse hémisphérique en Alpax, avec une distribution par soupapes en tête placées sur deux lignes, se montre novateur et sera repris notamment par Citroën au moment de la conception de la DS. Le circuit de graissage inclut un large filtre extérieur fixé à gauche du bloc moteur, une position qui lui permet de jouer également le rôle de radiateur.

 

 

Dès ses débuts, la 203 se démarque par sa robustesse et sa fiabilité. Son moteur increvable ne chauffe pas en montagne, et la conduite se montre remarquablement polyvalente aussi bien pour la ville que pour la longue route. L’entretien est facile avec une bonne accessibilité aux organes mécaniques ; une mécanique qui restera sans grand changement jusqu’à la fin de la production en 1960. Toutefois, en 1953, le taux de compression sera monté de 7 à 1, pour une puissance qui passera à 45 ch permettant une vitesse maxi de 120 km/h au lieu de 115 km/h. En 1955, la 203 sera dotée d’une nouvelle boîte de vitesse à quatre rapports toutes synchrones.

 

Peugeot 203 - l'Equipe lors du Tour de France 1958 avec Charly Gaul

Fidèle à sa tradition de modèle unique à multiples déclinaisons, après la berline et la  découvrable, les Familiale et Commerciale apparaissent en 1949, puis le cabriolet en 1951 suivi par le coupé en 1952 pour une brève carrière de 18 mois. De 1949 à 1954, une série limitée de 203 Darl’Mat seront produites, 250 unités environs. Emile Darl’Mat s’était illustré avant-guerre en proposant une petite série de voitures de sport aérodynamiques établies sur un châssis de Peugeot 302 modifié. Livrées en noir et gris métallisé, rouge métallisé ou bordeaux, surbaissées d’une dizaine de centimètres, ces 203 Darl’Mat recevaient des transformations mécaniques importantes avec rabotage de la culasse portant le rapport volumétrique de 6.8 à 7.5, tubulure admission-échappement redessinée et alimentation double carburateur. La cylindrée passait alors à 1 425 cm3, la puissance grimpait à 70 ch. Ainsi survitaminées, les 203 Darl’Mat dépassaient les 150 km/h. 

 

 

En 1951, la 203 a fait une démonstration de sa robustesse lors du raid Paris-Le Cap- Alger- Paris, en terminant sans problème technique particulier, malgré l’état des pistes sur lesquelles le trajet a été effectué. Une bonne publicité pour la 203 qui comptabilisera au total, plus de 685 000 exemplaires toutes versions confondues lors de son arrêt de production.


Crédit Photo : Sébastien Morlière
Crédit Photo : Sébastien Morlière
Crédit Photo : Sébastien Morlière
1950 Peugeot 203 Découvrable - Photos : Artcurial
Photos : Philippe Baron
Photo : RooPics
Photo : Maurits Van Den Toorn
1957 Peugeot 203 - Photo : Boris6513
Photo : B-Z-Hasch
1957 Peugeot 203 - Photo : Jacques Mounnezergues
Atelier de ferrage des Peugeot 203 en 1948
1952 Peugeot 203 Coupé - Photos : Artcurial
Photo : Richard van Yperen