Peugeot 202 – 302 – 402 (1935-1949)

Peugeot 202 - Photo : Bonhams

 

Publié par Philippe Baron le 19 juillet 2015.

 

Dix-huit mois après la redoutable Citroën Traction, Peugeot innove à son tour avec la 402. Bien que sérieusement influencée par le style aérodynamique de l’américaine Chrysler Airflow, sa ligne très vite appelée ‘fuseau’ n’a pas d’identique en Europe. Elle surprend son monde au Salon de l’Automobile 1935 avec ses phares rassemblés sous la calandre mais aussi avec ses solutions mécaniques modernes. Née dans la crise qui secoue l’industrie automobile, elle relève le défi avec brio tout en préparant le terrain pour une certaine 202, qui sera encore plus populaire.

 

1938 Peugeot 402 - Photo : Tuuur

 

Dès 1933, les études de la 402 démarrent à Sochaux et au bureau du style installé à la Garenne sous l’autorité d’Henri Thomas, avec à l’esprit la continuité du modèle unique à variantes multiples adopté par Peugeot depuis la 201. La 402 présentée au Salon de Paris le jeudi 3 octobre 1935 marque un véritable changement de style chez Peugeot. Spectaculaire, elle relègue au rang d’antiquité la pourtant récente 401 avec sa structure bois et son moteur latéral. La Peugeot 402 entre en concurrence avec la Citroën Traction et les Renault Vivaquatre et Primaquatre. La Franc-Comtoise reçoit une toute nouvelle carrosserie aérodynamique très inspirée des récentes réalisations américaines du mouvement baptisé Streamline. Cette signature chez Peugeot sera très vite désignée par le terme « fuseau Sochaux ». La 402 trouve son originalité avec ses phares avant dissimulés dans la calandre entre la grille et le radiateur. Elle est proposée en deux longueurs de châssis, allant de la familiale grand luxe à la limousine grand tourisme.

 

Peugeot 402 - Photos : Florian Gounaud

 

Lors de sa présentation, la 402 est dévoilée au public sous plusieurs carrosseries : une conduite intérieure en finition limousine Type F4 huit places par adjonction de deux strapontins situés entre les deux banquettes, une conduite intérieure Grand Luxe Type N4Y six places quatre portes, un coach Grand Luxe G4 six places deux portes, un roadster Grand Luxe Type R4 avec pare-brise rabattable deux portes trois places et deux dans le spider. Un cabriolet s’ajoute à la présentation, le Grand Luxe Type D4 six places et la ‘Transformable’ électrique, un coupé pouvant se transformer en cabriolet. La version commerciale annoncée, la Type C4, ne sera diffusée qu’à partir de janvier 1936.


1938 Peugeot 402

 

Connue sous le joli nom d’Eclipse, la ‘Transformable’ est le fruit d’une collaboration entre le designer du style fuseau Henri Thomas et Georges Paulin, l’inventeur du toit escamotable qui « s’éclipse » dans le coffre, transformant ainsi en quelques secondes un coupé en cabriolet. Dentiste, mais également technicien et designer, Georges Paulin avait déposé le brevet de son invention en 1932. Séduit par ce système inédit, le carrossier Marcel Pourtout l’avait adapté sur une Panhard en 1934. Le concessionnaire parisien Emile Darl’mat équipa également des cabriolets Peugeot 301 et 401 de ce système révolutionnaire, sans oublier la très spéciale et unique 601 de Marcel Pagnol, conduite par Fernandel dans le film le Schpountz. Finalement, Peugeot achètera le brevet Paulin et créera l’événement en mettant l’Eclipse à son catalogue, devenant ainsi le premier constructeur au monde à proposer un coupé-cabriolet en série. Sur les premières Eclipse 402, le mécanisme du toit escamotable est actionné électriquement par un système de tringlerie actionnant des ressorts, mais pour des raisons de fiabilité et de coût, et du fait que les deux batteries de 6 volts se déchargeaient à vitesse grand V,  il sera abandonné au profit d’un système manuel. A cause de son prix exorbitant, l’Eclipse 402 ne connaîtra qu’un succès limité avec environ 600 exemplaires produits entre 1935 et 1938, date à laquelle elle laisse place à de classiques cabriolets et roadsters au capotage en toile moins onéreux. 

 

Peugeot 402 Eclipse
Photos : Supercarfreak
Photo : Pere Sanchez
1938 Peugeot 402 BL Eclipse - Photo : el.guy08_11

 

Le châssis de la 402, constitué par un cadre Bloctube, est composé de longerons en doubles caissons superposés et entretoisés par des traverses tubulaires. La 402 adopte le principe des roues avant indépendantes avec son ressort à lames transversal et à l’arrière, un essieu rigide et deux longs ressorts Cantilever. La 402 dispose d’un tout nouveau moteur, un quatre-cylindres en ligne avec soupapes en tête d’une cylindrée de 1 991 cm3. Il développe une puissance de 55 ch SAE à 4 000 tr/min pour une vitesse de pointe de 120 km/h. L’embrayage est de type monodisque à sec, la boîte étant à trois vitesses. Le freinage est dévolu à quatre tambours auto-serreurs Bendix et l’équipement électrique est en 12 volts. Lors du Salon de Paris 1935, Peugeot présente une avancée technique avec deux versions de boîte automatique. La première réalisée par Gaston Fleischel ne sera pas réellement produite en série car son prix à lui seul représentait le quart du prix de la voiture. La seconde, signée Jean Cotal, propose un système électromagnétique à quatre rapports. Cette transmission représentera 10 % du volume des ventes.


Peugeot 302 - Photo : Richard van Yperen
1937 Peugeot 302 - Photos : Sébastien Morlière
Peugeot 302 - Photos : Ronald Hirlé
Peugeot 302 Berline

 

Peugeot est lui-même surpris par le succès de sa 402 dont les commandes affluent malgré les augmentations successives des prix dues à la crise qui perdure. Pour 1936, la 402 adopte des phares jaunes pour répondre à la nouvelle législation mais l’année est marquée en octobre par l’arrivée de la 302. Cette dernière n’est en fait qu’une réduction réduite de la 402 à un peu plus de 85 %. La cylindrée est réduite à 1 758 cm3 avec une puissance à la baisse de 43 ch à 4 000 tr/min. Elle n’est diffusée qu’en deux types de carrosserie, une conduite intérieure quatre portes et un cabriolet deux portes disposant d’un spider permettant d’accueillir un passager supplémentaire. 

 

1938 Peugeot 402 Légère - Photos : Ruud Onos

 

La 302, dont Peugeot espérait beaucoup, déçoit par le fait qu’elle n’est qu’une copie réduite de la 402. Alors, aux premiers signes d’essoufflement des ventes en 1937, Peugeot est obligé de revoir sa gamme et propose un modèle alternatif, la 402 L, L pour légère, qui s’appuie sur des modèles à empattement réduit , carrosserie de 302 et moteur de 402. Ainsi de septembre 1935 à juillet 1938, Peugeot a produit 42 616 exemplaires de la 402 tous types confondus contre un peu plus de 25 000 exemplaires pour la 302 et 11 721 exemplaires pour la 402 Légère. Dès l’arrivée de la nouvelle 202, les 302 et 402 L disparaissent du catalogue.

 

Contribution : Alden Jewell

 

La Peugeot 202 est présentée officiellement, après 300 000 km d'essais, le 2 mars 1938 lors d’un banquet organisé au bois de Boulogne où était conviée la presse spécialisée. Elle est annoncée « économique et celle que les français attendaient ». Peugeot fait référence à une consultation des français par voie de référendum lors du salon d’octobre 1957. Ce questionnaire laisse quelque peu perplexe puisque les travaux d’étude de la 202 avaient commencé dès 1936. Le fuseau Sochaux dessiné par Henri Thomas est à nouveau présent ainsi que les techniques conçues sur la 402. Mais la cylindrée du moteur est revue à la baisse avec un 1 133 cm3  de 30 ch à 4 000 tr/min avec une culasse non plus en fonte mais en alpax. Ce moteur lui permet tout de même de rouler à 100 km/h. Contrairement au 402 et 302, la calandre est solidaire du capot améliorant ainsi l’accessibilité mécanique ou lors du changement d’une ampoule.


Peugeot 202 - Photo : phautomobile.fr
Peugeot 202 Cabriolet
Peugeot 202 Berline

 

Dès juillet 1938, une 402 B légère fait son apparition. Cette fois-ci, la 402 reprend la carrosserie de la nouvelle 202 mais montée sur un châssis de 402 avec un nouveau moteur de 2 142 cm3. La berline bénéficie d’un toit ouvrant de série, ce qui constitue une grande première pour l’époque. Une autre 402 apparaît en octobre 1938, la 402 B qui bénéficie d’un nouveau moteur dont la cylindrée est de 2 142 cm3 et d’une puissance de 63 ch. C’est sur cette voiture que Peugeot procède aux premiers essais de son moteur diesel mais le développement de celui-ci sera interrompu par la guerre.


1939 Peugeot 402 B Limousine - Photo : Clay
Ornement du cabriolet 302 - Photo : Ronald Hirlé

 

En octobre 1938, la gamme 202 s’élargit avec une berline découvrable et un cabriolet décapotable mais pour très peu de temps. La déclaration de guerre et la mobilisation générale décrétée le 2 septembre 1939 mettent en pause l’industrie française. A la libération, la 202 reviendra mais la carrière de la 402, victime de la guerre,  sera définitivement terminée avec 75 068 exemplaires produits tous types confondus. (voir ici le récit de cette période douloureuse et dramatique)

 

1936 Peugeot 402 Andreau

 

Après cinq années de vie, la production de la 402 s'arrête en 1940 en raison de la Seconde Guerre mondiale. Pourtant, une nouvelle version de la 402 devait être mise en production en 1940. Connu sous le nom de 402 Andreau, le prototype de cette version dessinée en 1936 par l’ingénieur de Saint-Cyr, Jean Andreau, est remarquable par son Cx important pour l'époque - 0,34 contre 0,68 pour la berline - que l'on distingue esthétiquement par des flancs plus galbés, des portes sans montants et un pare-brise panoramique. Initialement prévu avec un V8 de 18 CV, le prototype réalisé est finalement équipé d'un 4-cylindres du modèle de base. Dévoilée au Salon de l’auto de Paris 1936, la Peugeot 402 Andreau est accompagnée du slogan publicitaire « la voiture de l’année 1940 ». Finalement, elle ne sera fabriquée qu’à six exemplaires pour des clients triés sur le volet.

 

 

En 1946, Peugeot, frappé durement pendant la seconde guerre mondiale, redémarre très difficilement en tentant de rebâtir sur des ruines. En attendant, l’arrivée de la 203, conçue secrètement sous l’occupation et qui sera le symbole de la renaissance pour la firme de Sochaux, Peugeot modernise la 202 pour assurer la transition. Elle est maintenant équipée de freins à commande hydraulique qui remplace l’antique système de commande mécanique par câbles. La gamme 202 est complétée par une version découvrable, un cabriolet et des versions utilitaires. L’arrêt de la production de la 202 intervient en juillet 1949 après 104 126 exemplaires produits. Elle deviendra par la suite l’un des véhicules les plus recherchés sur le marché de l’occasion pendant près de dix ans, en raison de la robustesse de sa mécanique et de sa faible consommation.

 

1948 Peugeot 202 UH - Photo : Amis du Lion
1947 Peugeot 202 Camionnette - Photo : Marc Vorgers
Photo : André Ritzinger
1937 Peugeot 402 Pourtout Cabriolet