Duesenberg Model D (1966)

Publié par Philippe Baron, le 9 novembre 2012.

 

En 1966, Fritz Duesenberg tente de faire revivre la marque légendaire Duesenberg, fondée par son père August et son oncle Frederick en 1917. Pendant la Belle Epoque, la firme produisait les plus prestigieuses et performantes mécaniques roulantes, mais aussi les plus chères. Hélas, elle ne se remettra jamais de la Grande Dépression et fermera ses portes en 1937. Tout l’espoir réside maintenant dans cette Duesenberg de 1966, dessinée par Virgil Exner et destinée à concurrencer directement la Rolls Royce Silver Shadow et la Mercedes 600.

 

 

L’idée d’une renaissance de la marque Duesenberg revient indirectement à Virgil Exner. Le célèbre designer des concept-cars des années 1950 venait de quitter son poste de directeur du style de Chrysler. Comme le racontera un peu plus tard son fils Virgil Exner Jr dans la revue « Special Interest Autos Magazine » : « Mon père s’occupait pendant cette ‘préretraite’ à réinterpréter des classiques pour Esquire  en imaginant leur design à notre époque actuelle (1963)’.

Des quatre ‘continuations contemporaines’ de Virgil Exner, seule le relookage de la Packard de 1934 ne verra pas le jour. La version modernisée de la Mercer de course 1911/1912 prendra forme dans le concept Mercer-Cobra de 1966 et de son idée spéculative de la Stutz, découlera le trio des modèles Stutz Blackhawk qui se vendront en quantité limitée des années 1970 jusqu’au milieu des années 1980.

 

 

C’est évidemment le concept modernisé de la Duesenberg qui intéressa fortement Fritz Duesenberg et Fred J McManis Jr, un baron de l’immobilier au Texas. Avec le rêve de récolter au moins 5 millions de dollars, Fritz Duesenberg crée en 1964 une nouvelle Duesenberg Corporation à Indianapolis, où son père et son oncle avaient construit les plus nobles et les plus puissantes machines des années 1930.

 

Virgil Exner et la Duesenberg 1966

 

La vision initiale était une berline luxueuse d’une valeur de 10 000 dollars qui devait être produite annuellement entre 200 et 1 000 unités selon les sources. Après avoir choisi l’un des quinze dessins proposés par Virgil Exner et son fils, Fritz Duesenberg donna son accord pour le prototype de celle qui prendra le nom de Duesenberg Model D. La carrosserie du modèle est confiée naturellement à l’italien Ghia, collaborateur des concept-car de Virgil Exner dans les années 1950. Pour la partie mécanique, Dale Cosper, un vétéran de l’époque Auburn-Cord-Duesenberg, travaille conjointement avec le tout jeune Paul Farago, qui venait de faire ses preuves avec le moteur de la Chrysler Dual-Ghia. Cependant, les fonds espérés pour le financement de ce projet ne parviennent pas facilement et le premier prototype ne sera présenté que la 29 mars 1966 au Sheraton Lincoln Hôtel d'Indianapolis.

 

 

L’imposante Duesenberg D au style particulièrement baroque mesure 6.22 m avec un empattement de 3.50 m. Le prix annoncé maintenant est 19 000 dollars avec une transmission automatique Chrysler Torqueflite, climatisation automatique, quatre freins à disque, barre de torsion à l’avant.  Dans l’habitacle, le passager arrière dispose, en tout seigneur et tout honneur, de sa propre radio, d’une planche d’écriture pliante, d’une télévision, d’un mini bar, dans un intérieur cuir et acajou. La Model D est motorisée par un V8 Chrysler de 7 litres, d'une puissance de 431 ch.

 

 

Malheureusement, les coûts de production sont annoncés à 2.5 millions de dollars et la firme nouvellement créée ne trouve pas les fonds nécessaires. Virgil Exner, de son côté, essaie de convaincre Chrysler pour la vendre sous le nom de ‘Série Duesenberg’  en très peu d’exemplaires dans le réseau Chrysler pour une clientèle aisée et en quête d’exclusivité. Une équipe marketing de Chrysler est alors chargée d'étudier la viabilité et l'impact commercial de cette voiture. Les résultats de cette enquête sont déconcertants : les riches ne veulent pas, malgré le nom Duesenberg, d’une voiture trop proche d'une Impérial de série et qui n’a pas le standing exclusif d’une Rolls ou d’une Bentley.

 

 

La production en petite série ne démarrera jamais. Une seule voiture sera produite. L’unique exemplaire appartient au musée A-C-D d’Auburn dans l’Indiana. L’aventure semble alors bel et bien terminée. Pourtant, quelques années plus tard, en 1976, la marque réapparaîtra de nouveau, avec un projet moins ambitieux mené par Harlan and Kenneth Duesenberg, petits neveux des fondateurs de la firme, en construisant des répliques des modèles des années 1930.