Abarth 1500 Biposto (1952)

Franco Scaglione

Publié par stubs auto le 24 juin 2012.

 

Sur un stand du Salon de Paris en octobre 1952 est présenté un prototype aux lignes sans précédentes, l’Abarth 1500 Biposto. Son design avant-gardiste revient au dessinateur florentin, Franco Scaglione, qui signe ici l’une de ses premières créations. Le styliste est venu tardivement dans le domaine automobile. Après une formation en ingénierie aéronautique, il se porte volontaire dans le Génie au début de la seconde guerre mondiale. Envoyé sur le front libyen, il est fait prisonnier par les Anglais à El Duda, au sud de Tobrouk. Il sera interné pendant trois ans dans le camp de Yol, en Inde et ne reviendra en Italie que le 26 décembre 1946.
A son retour, il trouve du travail dans l’industrie aéronautique et fait ensuite un détour dans la mode en effectuant avec succès des dessins pour des maisons de couture. Ce n’est qu’en 1951 que ce créatif de 34 ans se fait embauché par Pinin Farina qui apprécie beaucoup les dessins qu’il lui présente. Mais aucune collaboration ne peut être établie, Pinin Farina n’autorisant pas ses modèles à porter le nom du dessinateur. Il rencontre alors Nuccio Bertone, et une association heureuse va finalement naître entre eux, portant à la création de splendides réalisations telles que les Alfa Romeo B.A.T., Giulietta Sprint, Giulietta SS et tant d’autres.

Nuccio Bertone Nuccio Bertone

Aux débuts des années cinquante, les finances de Bertone ne sont pas au mieux, au bord de la faillite. Nuccio Bertone est néanmoins présent au Salon de Turin au printemps 1952 sur le stand du concessionnaire britannique Nuffield Organization pour un coupé et un cabriolet MG TD redessinés et réalisés par Bertone et son dessinateur récemment embauché, Franco Scaglione. Les deux créations vont attirer l’œil de l’homme d’affaires américain Stanley Harold Arnolt qui, stupéfaction, veut au moins une centaine d’exemplaires de chacune des versions. La marque Arnolt sera créée pour la MG Arnolt et une quantité significative de dollars va permettre au carrossier turinois de mettre à flot son entreprise.

Carlo Abarth

En 1952, la société Abarth, d’à peine trois ans, n’avait pas encore acquis sa notoriété légendaire. Son fondateur autrichien, Karl Abarth, avait franchi la frontière après la seconde guerre mondiale pour devenir citoyen italien et par la même occasion italianise son prénom en Carlo. Passionné de sport automobile, Il est recruté par Piero Dusio pour la préparation de la Cisitalia 360 Grand Prix et devenir ensuite le directeur sportif de l’écurie Cisitalia entre 1946 et 1948. Lorsqu'en 1949, Cisitalia abandonne la compétition, Carlo Abarth s'associe avec Armando Scagliarini pour fonder la société Abarth & C dont le siège et les ateliers sont implantés dans les faubourgs de Turin 10. Sur les premiers modèles apparaît déjà le logo au scorpion, signe du zodiaque de son fondateur, qui deviendra le symbole fétiche de l’entreprise.

 

En 1952, Abarth travaillait sur la Fiat 1400, récemment introduite, pour développer son moteur. Le moteur culbuté fut poussé de 1 395 cm3 à 1 480 cm3 et avec une compression à 9 :1 la puissance de 44 ch la berline standard  passa à 75 ch à 5 700 tr/min avec une vitesse de 180 km/h revendiquée par Abarth. Le préparateur se rapprocha de Franco Scaglione, étoile montante du style automobile, pour créer des lignes novatrices avec une grande attention portée sur l’aérodynamique. La voiture sera achevée à temps pour le Salon Automobile de Paris en octobre 1952 où elle ne passera pas inaperçue avec son étrange face avant au gros phare central. 

 

Le prototype Abarth signé Bertone trouve en Packard, le constructeur américain, un acquéreur intéressé qui, à Detroit, en fait un objet d’étude sur les tendances du style européen. En juillet 1953, le nouveau président de Packard, James Nance, en fera don au journaliste Richard Austin Smith, captivé par la voiture lors de sa visite à l’usine Packard pour la préparation d’un article dans Fortune, pour 100 dollars, représentant les taxes calculées sur la valeur de la voiture figurant dans les comptes. Le journaliste ne parcourut que 32 000 km au volant de l’Abarth au cours des vingt premières années. Elle fut exposée un moment au Musée Henry Ford ainsi qu’au Salon de New York au début des années soixante lors d’une exposition consacrée au style. Lorsque Richard Austin Smith prit sa retraite dans les années 1970, la voiture resta bien au sec et complète dans le garage de sa ferme près de la côte du Connecticut.

 

Sortie de grange en 2003, la voiture est vendue lors de la vente Christie’s au Rockefeller Center pour la somme de 293 000 $, soit deux fois son estimation. Superbement restaurée par l’entreprise Antique Auto Restoration de Steven Reed à Seaside en Californie, l’Abarth est présentée par son propriétaire Chris Drake à Pebble Beach en 2009 où elle décroche le trophée Gran Turismo. Elle recevra d’autres récompenses l’année suivante à l’Amelia Island Concours d’Elégance ainsi qu’à l’exposition Cartier Style et Luxe du Goodwood Festival of Speed.