NSU Ro80 (1967-1977)

Photo : Vintagemotoring.de

 

Publié par Philippe Baron le 16 août 2015.

 

En septembre 1967, au Salon de Francfort, NSU dévoile une berline révolutionnaire. Dotée d’une ligne aérodynamique innovante, d’un double moteur Wankel à piston rotatif, d’une boîte de vitesses semi-automatique à vide, d’une transmission avant et de suspensions indépendantes sophistiquées, la Ro80 est l’une des rares voitures à avoir réellement des décennies d’avance sur les autres. Ro pour rotatif et 80 pour symboliser la voiture des années 80. 

Photos : Ultanoc
Felix Wankel - En raison de sa forte myopie, Felix Wankel n'a jamais possédé de permis de conduire.

 

 

Depuis de longues années, l''ingénieur allemand Felix Wankel se consacrait à rendre opérationnel le moteur rotatif. En quelques mots, le moteur rotatif se compose d'un piston effectuant par rotation le cycle d'un moteur quatre temps au sein d'une chambre de combustion. Sur le papier, le rotatif ne présente que des avantages : disparition des vibrations, atténuation de l'inertie et du bruit liés à l'usage d'un moteur classique tout en offrant une grande résistance aux hauts régimes et une puissance élevée. De plus, il est peu encombrant, léger et économique à fabriquer en raison du nombre réduit de ses composants. Avec deux chambres d'un volume de 497,5 cm3, le moteur affiche une puissance de 115 ch à 5 500 t/mn et une vitesse maxi de 180 km/h.

 

 

NSU voulait un écrin parfait pour mettre en valeur son moteur rotatif et choisit les solutions techniques parmi les plus sophistiquées de l'époque : traction avant, suspension à quatre roues indépendantes, quatre freins à disque, direction assistée... Elle est moderne dans le moindre détail et en avance sur son temps avec des équipements encore peu habituels comme une lunette dégivrante, des feux de recul ou encore un siège conducteur réglable en hauteur. Et puis, la Ro80 est belle. Aussi longue, mais plus racée qu'une BMW ou une Mercedes, ses rivales de l'époque, elle innove avec sa silhouette en coin. Son designer, Claus Luthe, est ensuite parti chez BMW.

 

Bien accueillie par la presse (elle sera couronnée voiture de l'année 1967), la Ro80 doit maintenant convaincre le public. En dépit d'un tarif élevé, elle remporte d'abord un vif succès. Son caractère innovant, son excellent comportement routier, son confort et son silence d'utilisation font l'unanimité. Toutes ces qualités n'arrivent cependant à masquer sa faiblesse majeure liée paradoxalement à sa célébrité : son moteur rotatif. Dénaturé par une boîte semi-automatique, il affiche bien une grande souplesse, mais manque de vigueur et affiche un féroce appétit en carburant (15 l/100). Plus grave, les problèmes d'entretien se multiplient (remplacement fréquent des bougies, consommation d'huile extravagante) et on ne tarde à parler d'une fiabilité aléatoire. L'espérance de vie du double rotor ne dépasse pas, en effet, les 60 000 km ! 

 

Photo : Cool Rides Online
Photo : Vintagemotoring.de

 

Cette mauvaise réputation conjuguée à une image devenue floue après la fusion de NSU avec Audi d'abord, puis une intégration totale au sein du groupe Volkswagen finira par décourager les amateurs. La flambée des prix de l'essence après les chocs pétroliers effarouchera les derniers irréductibles. L'ultime survivante de la marque NSU s'éteindra en 1977 dans l'indifférence générale, entraînant avec elle le moteur rotatif, qui ne se remettra jamais, du moins en Europe, de ce cuisant échec. Au total, 37 402 exemplaires ont été produits dont 1413 immatriculées en France de 1968 à 1977.

 

1972 NSU Ro80 - Photos : Philmanns

 

Mazda acheta en 1961 l'une des premières licences de fabrication d'un moteur rotatif. Deux ans plus tard, le premier moteur japonais tournait au banc et apparaissait sur un coupé Cosmo en 1967. A force d'entêtement et d'expérimentation, Mazda a réussi à donner au rotatif un degré de fiabilité inimaginable dans les années 70. Depuis 1967, le label "Rotary Engine" figure régulièrement au catalogue Mazda. Mazda a gagné les 24 Heures du Mans 1991 avec son prototype 787B utilisant la technologie Wankel. C'est la seule victoire à ce jour dans une course de haut niveau pour ce type de moteur, ceux-ci ayant été interdits l'année suivante après un calcul de rendement par rapport aux moteur à pistons classique revu. (En effet, un moteur Wankel dispose d'un rapport puissance/cylindrée beaucoup plus élevée qu'un moteur classique).

 

Photos : Gordon Forbes
Photos : Csikós Zsolt / Totalcar