NSU Prinz (1957-1973)

 

Publié par Philippe Baron le 4 novembre 2013.

 

Leader mondial de la construction de motos dans les années cinquante, NSU constate que le marché des deux roues s’essouffle alors que les débuts de la motorisation de masse porte l’industrie automobile vers des lendemains plus radieux. Après l’avoir abandonnée à la fin des années trente, la marque de Neckarsulm revient à l’automobile en 1957.

 

NSU Prinz I

Dévoilée au Salon de Francfort, la Prinz, la première NSU de l’après-guerre apparaît très représentative d’une époque, celle des petites voitures à moteur en porte-à-faux arrière. Dès 1947, Renault avait, avec sa 4CV, ouvert la voie en France du marché des petites voitures populaires, dans le sillage de la Coccinelle conçue avant la guerre. Alors que l’’Italie propose sa Fiat 600 et l'Angleterre, l'Hillman Imp, de l’autre côté du rideau de fer, la Tchécoslovaquie propose sa Skoda 1000 MB et l'Union Soviétique sa Zaporojet. 

Petite berline quatre places, la Prinz bénéficie d’une mécanique sophistiquée inspirée de la technique moto. Il s’agit d’un bicylindre vertical de 600 cm3 à arbre à cames en tête refroidi par air. Avec 20 ch à 4800 tr/mn, il offre à cette voiture petite et légère (510 kilos) des performances flatteuses compte tenu de sa cylindrée (plus de 100 km/h). La boîte de vitesses possède quatre rapports (non synchronisés). Dotée d’une carrosserie agréable et bien finie, la Prinz est l’un des modèles les moins chers du marché allemand. Son prix est inférieur à celui de la BMW 600 et de la Coccinelle 1200 de base, dont la vitesse ne dépasse pas les 110 km/h malgré sa cylindrée deux fois plus importante. Bien accueillie, la Prinz connaît des chiffres de vente supérieurs à ceux enregistrés par NSU-Fiat avec la Jagst, équivalent allemand de la Fiat 600. 

 

NSU Prinz III Coupé 1960 NSU Prinz III Coupé 1960

 

La voiture va rapidement bénéficier de nombreuses améliorations. Devenue Prinz II en 1959, elle reçoit une boîte de vitesses synchronisée, tandis qu’une variante plus musclée, la Prinz 30, voit sa puissance passer à 30 ch, ce qui lui vaut d’excellentes performances (près de 120 km/h). Outre les modèles de série, NSU proposa, toujours à partir de 1959, la Prinz Sport, d'une puissance de 30 ch, capable d'atteindre 130 km/h. Son élégante carrosserie avait été dessinée par Bertone. En 1960, la Prinz III devient le modèle de base avec 23 ch. Diffusée à près de 95 000 exemplaires jusqu’en 1962, la première génération Prinz constitue un vrai succès. Qualité de conception et de fabrication, fiabilité, brio (dans la version de 30 ch) et tarif très compétitif expliquent cette réussite. Pour un prix à peine supérieur à celui d’un microcar, le client s’offre une vraie voiture populaire. 

 


Photo : György Rétvári

 

Dérivé de la Prinz 4, le petit coupé sportif signé Scaglione pour Bertone s'avère une des plus jolies lignes de la fin des années 50. A l'origine, elle reçoit le petit bicylindre à plat vertical de 580 cm3 de la Prinz 30, refroidi par air forcé. Ce moteur de 30 chevaux issu tout droit du monde de la moto procure à la voiture une vitesse de pointe d'environ 120 km/h, vitesse somme toute honorable pour la faiblesse de la puissance et sans doute permise grâce à une boite à quatre rapports et une aérodynamique efficace.

 

NSU Sport Prinz Coupe 1958-1967 Photos : Martin van Duijn

 

Dans un premier temps, les voitures sont fabriquées chez Bertone. Mais une fois les 250 premiers exemplaires écoulés, le carrossier italien se contentera de fabriquer les caisses, l'assemblage de la mécanique ayant lieu à Neckarsulm. Puis fin 1960, la production finale est confiée au carrossier allemand Drauz qui la conservera jusqu'à l'arrêt de la production. En 1961, la Sport Prinz reçoit enfin la mécanique de la Prinz 4 avec toutefois un nouveau carburateur. D'une puissance de 36 chevaux à 5 800 tr/min pour 598 cm3, il permet au coupé d'atteindre la vitesse de 136 km/h (avec vent favorable). Une barre stabilisatrice est installée à l'avant en même temps.

 

 

Les qualités de la voiture, son esthétique réussie, son prix abordable, ses performances honorables, assureront un succès à la NSU Sport Prinz avec 20 831 voitures produites entre 1959 et 1967.Les chiffres ne permettent pas de parler de grand succès populaire mais à l’époque la Sport Prinz était souvent achetée en second véhicule pour des épouses ou des jeunes par des familles capables d'en posséder deux, soit autant dire un marché étroit à la fin des années 50.  

1963 NSU Sport Prinz - Photo : Marc Vorgers

 

Avec le succès, la marque lance un modèle plus ambitieux, la Prinz 4. Révélée au salon de Francfort de 1961, cette dernière hérite d’une mécanique étroitement dérivée de la Prinz 30. Malgré ses 600 cm3, elle affiche des performances égales à celles de la Coccinelle 1200. Inspirée par la Chevrolet Corvair, sa ligne en fait une voiture séduisante. Elle est l’œuvre du styliste maison, Claus Luthe. Elle s’installera en bonne place sur le marché des 4CV/5CV, avec 625 171 exemplaires produits jusqu’au terme de sa carrière en 1973.


 

A partir de ce succès, NSU va déployer tout une gamme sur un créneau des plus porteurs. Plus grande et plus spacieuse, la 1000 s’offre un quatre cylindres en ligne en alliage de 996 cm3. Plus puissante (43 ch), elle est toujours dotée d’un arbre à cames en tête et d’un refroidissement par air. Lancée en 1963, elle conserve la même esthétique.   

 

 

En 1964, le Spider NSU est dérivé du coupé Sport Prinz lui-même dérivé de la Prinz 4. Mais cette fois, NSU choisit la technologie pour offrir à ce léger spider (700kg) de jolies performances. Il utilise une technologie qui a été très peu utilisée et mise en action, le moteur Wankel rotatif. Un rotor de 500 cm3 est installé en porte à faux arrière. En dépit de sa faible cylindrée, il délivre tout de même 50 chevaux. Le régime moteur est assez élevé, la zone rouge du compte-tour commençant à 6800 tr/mn. Grâce à ce moteur étonnant, l'accélération de la voiture est telle qu'elle permet de franchir le 0 à 100 km/h en 15,7 secondes. Ce spider a été produit à 2 375 exemplaires de 1964 à 1967.   

 

Nsu Spider 1964-1967 NSU Prinz Spider 1964-1967 - Photo : Crédit photo : Autodéclics/VG
1967 NSU Spider. Photo : David LaChance.

 

En 1965, la Typ 110, plus spacieuse et à l'empattement plus long, est dotée d'un moteur de 1,1 L développant une puissance de 53 cv. Le nom du modèle Typ 110 s’écrit sans ‘e’ à la fin, parce qu’il s’agit d’une dénomination commerciale et non du type de véhicule. En 1967, la 110 sera remplacée par la 1200, dont le moteur à quatre cylindres de 1,2 L développait une puissance de 55 ch.

 

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NSU Prinz 1200

 

En 1965, NSU propose aussi une variante sportive, la 1000 TT — pour Tourist Trophy, épreuve britannique longtemps chasse gardée des motos de Neckarsulm. La cylindrée monte à 1085 cm3 et la puissance à 55 ch (150 km/h). Fiable, légère, maniable et bénéficiant d’un excellent comportement routier, elle fera une belle carrière en rallyes. Homologuée en Groupe 1, elle se heurtera toutefois aux 1300 cm3 des Mini Cooper S et R8. La TT passera à 1200 cm3 et 65 ch en 1967.

 


 

L’apogée de la saga des Prinz sera en 1967 avec la TTS, une voiture spécifiquement dédiée à un usage sportif. Sa mécanique pointue de 996 cm3 est empruntée à la 1000, non à la TT, pour pouvoir courir en classe 1000 cm3. Un arbre à cames (en tête) spécial, une compression augmentée, deux carburateurs Solex double corps et un radiateur d’huile permettent à la puissance de passer à 70 ch (160 km/h).

 

Photo : Thomas Bercy

 

Par rapport à la Prinz 4, la 1200 TT se distingue par sa calandre à 4 phares et ses six feux tétons à l'arrière. NSU sera rachetée par le groupe Volkswagen en 1973. La marque NSU sera intégrée à Auto-Union qui produira des voitures ensuite sous la marque Audi. Mais la Prinz 4, risquant de trop faire d'ombre à la Coccinelle, fut abandonnée dès 1973. En 1975, celle qui devait lui succéder sera produite sous le nom Audi 50 avant de devenir la Volkswagen Polo.




NSU 1200 TT NSU 1200 TT

 

Si NSU a produit autour de 500 000 exemplaires de la Prinz en Europe, on ne sait combien exactement ont été importés en France. Quant à la 1200 TT, 52 000 unités ont été produites, et elle fait aujourd'hui encore le bonheur des amateurs de rallyes historiques. Du fait de sa rareté, sa côte à l'occasion est assez élevée, et la plupart des modèles survivants sont choyés.