Mercedes-Benz 450 SEL 6.9 (1975 - 1980)

 

Publié par Philippe Baron le 24 juillet 2014.

 

En 1975, Mercedes ose faire un véritable pied de nez à la crise pétrolière et au prix exorbitant du carburant, sachant sans aucun doute qu’il restera toujours une clientèle qui ne regardera pas à la dépense pour rouler dans une voiture dont les performances et le niveau de confort la rendent tout simplement exceptionnelle. Considérée comme la berline la plus puissante de la planète, la « sechs neun » avance des chiffres délirants pour l’époque : 285 ch DIN, 56 mkg DIN de couple, un 0 à 100 km/h en à peine plus de 8 secondes, 225 km/h de vitesse de pointe...

 

 

Lorsque la gamme W108/109 s’éclipse en 1971 pour laisser la place à la W116, première à bénéficier du terme générique de “classe S”, il faut attendre 1975 pour voir débarquer la remplaçante de la 300 SEL 6.3 lancée en juillet 1967, assemblée à la main et uniquement sur commande, et qui ne fut produite, vu son prix astronomique, qu’à 526 exemplaires. Pour développer le moteur de la W 116 E69 (c’est son nom de code), les ingénieurs ont repensé le moteur de l’ancienne 6.3 et augmenter sa cylindrée en portant l’alésage du bloc V8 M100 à 107 mm (au lieu de 103) pour offrir 6.834 cm3 et 285 ch DIN, tout en travaillant le couple qui grimpe à un phénoménal 56 mkg à 3.000 tr/mn.

 

 

La dénomination de cette voiture en 450 SEL 6.9 peut apporter un brin de confusion à ceux qui identifient généralement une Mercedes grâce à ses trois chiffres indiquant la cylindrée du moteur en centilitres (450 pour 4 500 cm3 ou 4.5 l). Or, cette voiture de 6.9 l, plus exactement de 6 834 cm3, ne porte pas le chiffre 690 mais 450 qui n'est finalement pas la cylindrée mais juste le type dans la série W116 du constructeur. Le S de SEL correspond à la classe S, le E pour Einspritzung soit injection et L pour Limousine ou plus exactement berline au châssis rallongé (« Lang »). Question de prestige oblige, Mercedes ne pouvait pas proposer une Classe S arborant une désignation chiffrée plus élevée que la suprême Mercedes 600.

 

 

Esthétiquement, la « 6,9 » ne se distingue quasiment pas des autres 450, hormis pour les lave-phares, le double pot d’échappement, les pneumatiques surdimensionnés et le monogramme. Notons, que l’option "261", cochée sur la plupart des bons de commande, donnait droit à l’omission gratuite du badge "6.9" sur le couvercle de malle. Histoire de ne pas trop attirer l’attention. Fin 1978, Mercedes proposa en option l’ABS. La « sechs neun » eut le privilège d'être la première voiture au monde à pouvoir être équipée du fameux système de freinage antiblocage développé conjointement par Daimler Benz et Bosch.

 

 

En consommant dans ces temps difficiles près de 20 litres/100 km contrairement à la valeur de consommation moyenne avancée par Mercedes de 15,5 litres, la 9.3 n’a pourtant pas rebuté pour autant 7 380 clients issus principalement du monde des affaires, du spectacle ou des services d’Etat. Sa carrière a perduré jusqu’en 1980 avec une grande majorité de véhicules livrés aux Etats-Unis, là où plus qu’ailleurs, les frayeurs du premier choc pétrolier se s'étaient rapidement estompées.

 



En 1976, le cinéaste Claude Lelouch se lance un défi pas banal : réaliser un court-métrage d’une séquence, sans montage : une traversée de Paris au volant d’un bolide, le tout sans jamais s’arrêter ! Provocant immédiatement la polémique, "C’était un rendez-vous" est bien plus qu’un film, c’est toute une époque. Si toute la bande sonore a été enregistrée à bord d'une Ferrari 275 GTB, les images du film, elles, ont été tournées à bord de la... Mercedes 450 SEL 6.9 de Claude Lelouch ! Tous les détails du tournage seront révélés lors d'une interview du réalisateur en 2006. On y apprend que la suspension de la Mercedes permettait d'avoir une image qui ne tremble pas trop, ce qui aurait été inexploitable à bord d'une voiture de sport comme une Ferrari de l'époque. La caméra accrochée sur le pare-chocs de la voiture, pour des vues au ras du sol, trois personnes à bord, Lelouch au volant, son chef machino, et son chef opérateur pour éventuellement changer le diaphragme, c'est au final 8 minutes 39 secondes époustouflantes de cinéma et d'automobile !. La montée de l'avenue Foch, entre 150 et 180 km/h, les Champs-Élysées à 160 km/h au niveau de Franklin Roosevelt, puis jusqu'à la Concorde, une pointe 200 km/h ! Sur les quais, Lelouch avoue même avoir franchi les 200 km/h... Convoqué chez le préfet de police, Lelouch se voit accusé de la liste interminable des infractions commises pendant les quelques minutes du tournage. Sur ce, le préfet lui demande de lui remettre son permis, le contemple rêveusement pendant quelques secondes, puis... le rend à Lelouch avec un large sourire. "Je m'étais engagé à vous le retirer", dit-il. "Mais je n'ai pas précisé pour combien de temps", avant d'ajouter "Mes enfants adorent votre petit film !" 

 

 

 

Prix (1975) : 180.000 FF
Puissance Fiscale : 39 CV
Moteur :
Type: 8 cylindres en V à 90°, 16 soupapes
Alimentation: Injection mécanique K-Jetronic
Cylindrée en cm3: 6 834
Alésage x course (en mm) : 107 x 95
Puissance ch DIN à tr/mn: 286 à 4 250
Puissance au litre en ch DIN : 41,85
Couple maxi en mkg à tr/mn: 56 à 3 000
Couple au litre en mkg : 8,19
Transmission arrière
Boîte de vitesses (rapports): automatique Mercedes (3)
Poids : Données constructeur en kg: 1 935
Rapport poids/puissance en kg/ch DIN : 6,76.
Dimensions : Long. x larg. x haut. x emp. en m : 5,06 x 1,41 x 1,41 x 2,96
modèles USA: long. : 5,33 m
Freins : 2 disques ventilés AV (Ø 278 mm) et 2 disques AR (Ø 279 mm) + ABS en option (à partir de décembre 1978).
Pneus : Michelin 215/70 VR14 AV/AR
Vitesse maxi en km/h: 225
0 à 100 km/h : 7"4

Consommation Moyenne : 16 L/100 Km