Maserati Birdcage Tipo 60/61 (1959-1961)

1959 Maserati Tipo 61 Birdcage (vendue aux enchères à 3 800 000 dollars) - Photos : Gooding & Company

 

Publié par Philippe Baron le 3 juin 2013.

 

Le châssis en treillis tubulaire, d’une incroyable finesse, donnait l’impression d’un assemblage fragile pouvant faire penser à une toile d’araignée, autre surnom proposé pour la Birdcage. Or, si le châssis de la Tipo 60/61 était le plus léger que Maserati n’eût jamais fabriqué, il se révéla le plus robuste et le plus rigide. 

 

 

Guido Alfieri aurait volontiers opté pour un châssis monocoque, dont l’usage commençait à se répandre, s’il n’avait pas été confronté à deux problèmes. Maserati ne possédait ni l’outillage pour construire un tel ensemble ni les moyens de payer un sous-traitant. De plus, l’automobile devait revenir le moins cher possible, car la situation financière de la marque était précaire.

 

 

L’écurie de Formule 1 avait certes remporté le titre mondial en 1957, grâce à Fangio, mais elle était très coûteuse, d’autant que Maserati courait également en sport. En outre, une importante commande de machines-outils fabriquées par Maserati avait été livrée, mais jamais payée…Bref, fin 1958, Maserati était au bord de la faillite. On décida d’arrêter tous les programmes officiels et de proposer un engin que pourraient acquérir les écuries ou les pilotes privés. La firme, ayant commercialisé nombre de voitures de course – de la 4 CLT à la série des 200/300S en passant par la 250F de Formule 1 – possédait une certaine expérience dans ce domaine. La nouvelle voiture serait une Sport à châssis tubulaire et, toujours pour des raisons d’économie, serait dotée du quatre-cylindres des 200S.

 

 

Guido Alfieri chercha dans le stock de pièces disponibles en vue de combiner ingénieusement quelques ingrédients. La 200SI fournit le quatre-cylindres 2 litres à double arbre à cames en tête. En le modernisant, on en obtint 200 ch. Pour le châssis, Alfieri adopta la solution tubulaire, poussant la logique à l’extrême. Il reçut un ensemble comprenant une multitude de tubes de petite section constituant une structure légère et très rigide – dont la complexité était un cauchemar pour les mécaniciens ! – et non une petite quantité de gros tubes.

 

 

Poursuivant son jeu de Meccano, Alfieri greffa sur ce châssis d’à peine 35kg les suspensions issues de la 250F. Pour obtenir une bonne répartition des masses, la boîte de vitesses, solidaire du pont, fut montée à l’arrière. Le moteur, installé à l’avant et incliné à 45°, offrait une surface frontale réduite et un centre de gravité abaissé. Enfin, on opta pour des freins à disque, plus efficaces et moins lourds. Le tout fut habillé d’une carrosserie épousant au plus près les contours du châssis, la voiture complète ne pesant que 600 kg. La recette était bonne, comme le révéla la victoire obtenue en juillet 1959 à Rouen. Il est vrai que la Maserati était, ce jour-là, pilotée par Stirling Moss. 

 

Maserati Tipo 61 at Le Mans 1960 Maserati Tipo 61 at Le Mans 1960

 

Au total, 21 Birdcage furent assemblées, pour la plupart vendues aux Etats-Unis. Comme le 2-litres n’intéressait guère les américains, seuls les 6 premiers modèles reçurent le « petit » quatre-cylindres (Tipo 60), et 15 exemplaires à moteur 2.9 litres de 250 ch les remplacèrent (Tipo 61). Les 2-litres s’illustrèrent dans le Championnat d’Europe de la Montagne, tandis que les 2.9-litres disputèrent le Championnat du monde des Voitures de sport (3 litres).

 

 

Lloyd « Lucky » Casner acheta 4 exemplaires de la Tipo 61 qui portèrent les couleurs de l’équipe Maserati officieuse, l’écurie Camoradi. Ils étaient destinés à courir des deux côtés de l’Atlantique, pilotés par Moss, Gurney et Gregory. Les Tipo 61 de Casner furent les plus assidues aux avant-postes des épreuves mondiales. Elles menèrent la course en 1960 dans la Targa Florio et aux 24 Heures du Mans. Mais les Birdcage, fragiles, abandonnaient très souvent. La voiture connut son jour de gloire lorsque Moss et Gurney remportèrent les 1 000 kilomètres du Nürburgring en 1960, exploit que Casner et Gregory rééditèrent en 1961. Deux hauts faits isolés, perpétrés sur des tracés les plus exigeants du monde.

 

 

Aux Etats-Unis, les Maserati, conduites notamment par Carroll Shelby, Jim Hall, Roger Penske et Briggs Cunningham, glanèrent nombre de succès avant de subir la loi des Ferrari, Cooper et Lotus à moteur central. Cela incita Maserati à sortir la Tipo 63, toujours dotée d’un châssis «  cage à oiseau » mais à la mécanique placée en position centrale arrière. De graves problèmes de tenue de route affectèrent le modèle, et l’on se tourna alors vers une ambitieuse 5-litres, d’abord traditionnelle puis à moteur central, qui sonna le glas des espoirs de la marque de s’illustrer en compétition avec ses propres créations.