Lincoln Continental Mark II à V (1956-1960)

1956 Continental Mark II - Photos : RM Auctions

 

Publié par Philippe Baron le 29 juin 2015.

 

En 1956, avec sa division ‘Continental’ nouvellement créée, Ford entre en compétition avec Cadillac et l’Imperial de Chrysler sur le marché supérieur des voitures de luxe en produisant la Continental Mark II. La Continental ne doit pas être la plus grande et la plus puissante mais la plus luxueuse et élégante voiture américaine offerte à un prix démesuré à une clientèle élitiste qui n’est pas particulièrement motivée par ses éventuelles qualités mais pour ce qu’elle représente socialement. 

 

 

La Continental Division se devait de reprendre le concept de la voiture de luxe instauré par Edsel Ford, fils d’Henry Ford, pour sa marque Lincoln et dont les fières représentantes étaient les Continental produites entre 1940 et 1948. Edsel Ford, qui occupait le poste de président de Lincoln, la protégeait, la défendait et la dynamisait. Après sa mort en 1943, la marque continua d’exister toujours en construisant de très bonnes voitures, performantes et bonnes routières, mais son aura avait disparu et sa position sur le marché automobile n’était plus véritablement déterminée. Cela se traduisait dans les chiffres avec une augmentation des ventes du leader de la catégorie Cadillac de 250 % contre 42 % pour Lincoln.

 

1956 Continental Mark II

 

Bien que portant le nom de ‘Continental’, la nouvelle division, avec à sa tête Bill Ford, petit-fils d’Henry Ford et fils d’Edsel, laisse le soin à Lincoln de présenter la Continental Mark II dans ses salons, d’en assurer la vente, le service après-vente et l’entretien. La Mark II (la Mark I étant considérée celle des années 1940) est réalisée par une équipe constituée de John Reinhart au style, de Gordon Buehrig, ingénieur en chef carrosserie et d’Harley Copp, ingénieur en chef mécanique.

 

1956 Continental Mark II - Photos : RM Auctions

 

La Continental Mark II obtient le prix de l’Industrial Design Institute pour l’excellence de son dessin. Cette longue voiture de 5,54 m, au V8 6 031 cm3 de 285 ch,  est vendue pour le prix d’une Rolls-Royce ou de deux Cadillac. Après son apparition au Salon de Paris 1955, les commandes d’une certaine élite affluent. Pendant ses deux premières années de production, la Continental Mark II née pour les stars est produite à 3 444 unités. Elvis Presley, le président Dwight Eisenhower, le Shah d’Iran en feront l’acquisition ainsi que Frank Sinatra.

 

1956 Continental Mark II - Photos : Darin Schnabel, RM Auctions

 

Une Continental Mark II invendue servit de base au show-car Lincoln Futura, lequel inspirera quelques années plus tard le customiser George Barris pour la première Batmobile de la série TV.

 

1956 Continental Mark II - Photos : Auctions America
1956 Continental Mark II - Photos : Darin Schnabel, RM Auctions

 

Voiture rapide avec ses 177 km/h en vitesse maximale, la Continental est dotée d’une direction assistée à recirculation de billes. Dix-neuf teintes de carrosserie et quarante-trois possibilités de sellerie sont proposées au choix. L’équipement est évidemment très riche avec pneus à flanc blanc, sièges électriques, vitres électriques et en option l’air conditionné.

 

1957 Continental Mark II - Photos : Auctions America

 

Le succès de la Continental Mark II incite Ford à renouveler le modèle pour 1958. Pour éviter toutes confusions, Lincoln absorbe Continental Division mais le nom de la gamme Continental sera conservé jusqu’en 1959. La nouvelle Continental Mark III bénéficie des éléments mécaniques et de la technologie de Lincoln. Le prix se trouve de ce fait réduit de 6 000 dollars. Les Mark III sont les premières à être assemblées dans l’usine de Wixom dans le Michigan aux côtés des Ford Thunderbird. 

 

1958 Continental Mark III Convertible - Photos : Darin Schnabel, RM Auctions
Modèles 1958
Earle MacPherson

Ford et son ingénieur en chef, Earle MacPherson, inventeur de la suspension avant portant son nom, tenaient absolument à une carrosserie monocoque malgré les réticences d’Harley Copp. Les dimensions si généreuses de ces voitures (5.81 m de long et 2.00 m de largeur pour la Mark III) représentaient un véritable défi pour ces ingénieurs. La Mark III de 1958, dessinée par John Najjar, ne se distingue des Lincoln Capri et Premiere, que par une grille de calandre et des feux arrière différents, en plus des intérieurs beaucoup plus luxueux et sur la berline, un toit dont la lunette arrière (la ‘Breezeway window’) a une pente inversée. La gamme est déclinée en six versions, hardtop 2 portes, cabriolet 2 portes, sedan 4 portes, hardtop 4 portes, sedan Town Car 4 portes et Limousine 4 portes. Pour déplacer ses 2 300 kg à 2 600 kg selon la version choisie, la Mark III est mue par un V8 de 430 cubic inch (7 litres) développant 375 ch.

 

1958 Continental Mark III Convertible - Photos : Teddy Pieper
1959 Continental Mark IV appartenant à Christopher & Joyce Otis

 

Inopportunément, une crise économique, aussi inattendue que sévère, frappe l’Amérique du Nord en 1958 et touche en premier les modèles de luxe. Les ventes ne seront donc pas à la hauteur des espérances avec 29 684 unités de Lincoln produites, 6 859 Capri, 19 275 Premiere et seulement 12 550 Continental. Pour l’année 1959, avec la Mark IV, quelques changements mineurs sont apportés, aux feux arrière et à la calandre.  Malgré une économie qui reprenait vigueur, les ventes continuèrent de péricliter en 1959, pour se chiffrer à seulement 26 906, dont seulement 11 125 Continental Mark IV. La Continental Mark V, dernière de cette lignée, fera encore moins en 1960 avec 11 086 unités produites et les ventes globales des Lincoln tombèrent de 8% par rapport à 1959 avec 24 820 exemplaires vendus.

 

Lincoln Continental Mark II  à V (1956-1960) 1959 Lincoln Continental Mark IV
1960 Continental Mark V Limousine (34 exemplaires produits)