Jaguar XJ-S (1975-1996)

 

Publié par Philippe Baron le 15 mai 2016.

 

Très différente de la mythique Type E qu’elle remplace, la Jaguar XJ-S est décriée par les puristes de la marque lors de sa sortie le 10 septembre 1975. Effectivement, cette voiture de grand tourisme abandonne la tradition en faveur d’un caractère glamour qui séduit cependant les producteurs de télévision. Peu à peu, elle sera acceptée sur les parkings des country-clubs. Aujourd’hui, elle est devenue une digne et classique représentante de son époque et très prisée par les collectionneurs.

 

 

Dès 1969, le projet codé XJ 27 est lancé pour remplacer la Jaguar Type E, l’emblème des années 1960. La plate-forme utilisée est celle de la berline XJ mais raccourcie de quelques dizaines de centimètres. Le dessin initial de la carrosserie est l'œuvre de Malcolm Sayer (également auteur des Type D et E) mais terminé par Doug Thorpe après le décès de Malcolm Sayer en 1970. Les amateurs des voitures de la firme sont consternés de l’image tapageuse de la voiture à sa sortie. Visiblement, elle n’est pas ce qu’ils attendaient. Ils déplorent le caractère exigu de son habitacle de ‘coupé 2 + 2’ à deux portes alors que son coffre et son capot sont immenses. A l'intérieur, le bois, marque de fabrique des intérieurs britanniques, a disparu au profit du plastique noir mat, alors très en vogue. Les pare-chocs à absorption d'énergie (comportant des vérins de cire) sont montés d'office. 

 

1989 Jaguar XJS V12 - Véhicule ayant appartenu à Frank Sinatra - Photos : Mecum

 

La Jaguar XJ-S apparaît en pleine crise pétrolière sur un marché automobile très peu propice aux grand-tourisme sportives. Son moteur est exclusivement un V12 de 5,3 litres de 285 ch avec une consommation moyenne qui tourne autour des 20 litres aux cent. Equipée au choix d'une transmission manuelle (à 4 rapports) ou automatique (à 3 rapports), la XJ-S offre des performances de haut niveau avec l’accélération de 0 à 60 mph (97 km/h) en 7.8 secondes et une vitesse de pointe de 229 km/h. 

 

 

Néanmoins, l’allure de la Jaguar XJ-S séduit les producteurs de télévision qui lui assurent une brillante promotion dans les séries à succès de l’époque, de Columbo, à Côte Ouest en passant par Dallas. La XJ-S est conduite par Simon Templar ((joué par Ian Ogilvy) dans ‘Le Retour du Saint’ et par Mike Gambit (Gareth Hunt) dans Chapeau melon et bottes de cuir (The New Avengers)

 

Jaguar XJ-SC

 

En 1980, le V12 reçoit une nouvelle injection électronique et développe désormais 292 ch. Puis en juillet 1981, l'optimisation du moteur est retravaillée par Michael May, un ancien ingénieur Porsche. Ses études se portent sur des chambres de combustion à haute turbulence. Ainsi avec une nouvelle culasse Fireball pour le V12 5,3 litres HE (pour High Efficiency), la puissance augmente à 295 ch, la consommation d'essence est en amélioration et les performances sont au rendez-vous avec une vitesse maximale de près de 250 km/h. La présentation de la XJ-S est aussi améliorée avec des nouvelles jantes alu 5 branches, le retour du bois à l'intérieur sur la planche de bord. Quant aux pare-chocs noirs mat, ils reçoivent sur le dessus une plaque chromée redonnant plus de prestige au coupé Jaguar XJ-S. La production va presque tripler.

 

 

En 1983, un six cylindres AJ6 à 24 soupapes est logé sous le capot du coupé XJS. Il est l'œuvre d’Harry Mundy. Avec ses 3,6 litres de cylindrée, il développe 221 ch. La même année, est présenté un cabriolet animé par ce nouveau 6-cylindres en ligne, la XJ-SC. Ce modèle possède une carrosserie du type Targa, ne comportant que deux places. La XJ-SC sera proposée avec le V12 à partir de 1985, en même temps, la carrosserie Targa est remplacée par une vraie décapotable. 

 

1988 Jaguar XJ-S Convertible 1988 Jaguar XJ-S Convertible
1989 Jaguar XJ-S V12 convertible - Photos : Marc Vorgers

 

En 1988 et 1989, une version spéciale XJR-S est produite pour célébrer la victoire de Jaguar aux 24 Heures du Mans. Vendue uniquement sur le marché européen, cette version dispose de jantes et de réglages de suspension spécifiques. Au total, 350 véhicules seront vendus. À partir de septembre 1989, est proposé un V12 porté à 6 litres et doté d'une gestion électronique Zytec, développant 314, puis 329 ch. Ce moteur diffère du 6 litres proposé sur les dernières XJ-S. 1 130 voitures équipées ainsi seront vendues. En marge de la série, la firme artisanale britannique Lynx propose des conversions en cabriolet mais également en break de chasse (Shooting Brake) vendues sous le nom d’Eventer. Cette version fut construite à 67 exemplaires.

 

1990 Jaguar XJS V12 Convertible - Photo : Bonhams

 

En 1991, la Jaguar XJ-S est profondément modifiée alors que la marque britannique est passée sous le contrôle de Ford depuis fin 1989. La XJ-S devient la XJS (sans trait d’union). La lunette arrière est agrandie. Le 6 cylindres passe à 4 litres de cylindrée (version la plus recherchée), et se décline en cabriolet à partir de 1992. Le V12 passe à 6 litres (304 ch) en mai 1993. Avec le gros V12, la transmission automatique est modernisée avec l’ajout d’un quatrième rapport surmultiplié, le 6-cylindres conservant la boite ZF4HP24E. Les pare-chocs se font plus aérodynamiques. En avril 1994, le 4 litres est amélioré. Le V12 disparait en 1995. La XJS, remplacée par la XK8, quitte définitivement les chaînes le 4 avril 1996, après 21 ans de production et 115 413 exemplaires vendus dont 35 959 cabriolets.