Jaguar C & D-Type (1951-1957)

1951 Jaguar C-Type

 

Publié par Philippe Baron le 3 décembre 2017

 

Les résultats flatteurs des XK120 engagées aux 24 Heures du Mans de 1950 incitent Jaguar à créer une version compétition. Contrairement à ce que son appellation laisse suggérer, cette XK120-C ou Type C n’a presque plus aucun rapport avec celle qui lui a donné naissance. La C-Type devient la reine des épreuves remportant les 24 Heures du Mans en 1951 et 1953.

 

 

Revue et corrigée pour la compétition, la Jaguar Type-C reçoit un châssis désormais composé d’un assemblage de tubes légers et robustes destiné à accueillir l’ensemble moteur, boîte et pont. Ce pont est relié à des bras solidaires de barres de torsion placées transversalement. Les mouvements de ces barres sont amortis par de classiques amortisseurs Newton, télescopiques et non à bras de levier comme sur la XK120. A l’avant, on retrouve le dispositif de la XK120, roues indépendantes à barres de torsion et à barres antiroulis. La direction délaisse le boîtier Burman pour hériter d’une crémaillère précise, légère et directe. Le freinage à tambours est amélioré.

 

 

La carrosserie est l’œuvre de l’aérodynamicien Malcolm Sayer auteur des futures Jaguar Type D et Type E. Conçue en aluminium, la carrosserie fit l’objet d’une étude aérodynamique poussée. La ligne est basse, fluide et sobre dans le plus pur style des barquettes des années 1950. Le moteur est le célèbre bloc XK 3,4 l déjà monté dans la XK120. Il bénéficie d’une préparation consistant en l’augmentation du diamètre des soupapes d’échappement, modification des ressorts de soupapes, utilisation d’un arbre à cames high lift et adjonction de deux carburateurs SU H8. La puissance passe ainsi de 160 ch sur le bloc de série à 205 ch pour la version compétition. La transmission dispose d’un volant moteur allégé, d’un embrayage Borg & Beck renforcé, d’une boîte de vitesses Moss ‘close ratio’ et d’un pont arrière Salisbury. La voiture est équipée de roue fils de 16 pouces avec des jantes en alliage léger.

 

 

L’évolution majeure de la Jaguar Type-C intervient en 1953 en vue des 24 Heures du Mans de cette même année. Pour réduire le poids superflu, les modèles ‘usine’ engagés pour l’épreuve disposent d’un châssis, dont la section des tubes a été diminuée, d’une carrosserie en aluminium encore plus fine, d’un appareillage électrique plus léger et d’un réservoir souple type aviation. Côté mécanique, l’alimentation reçoit trois carburateurs Weber 40 DCOE, un nouvel embrayage à trois disques et enfin, le fameux système de freinage à disques que Jaguar a contribué à développer conjointement avec Dunlop et Girling. La voiture gagne ainsi plus de 15 chevaux.

 

 

La Jaguar Type-C est l’une des références en compétition automobile durant la première partie des années 1950. Outre les victoires au Mans en 1951 et 1953, elle remporte entre autres en 1951 le Tourist Trophy, les 12 Heures de Reims et de Hyères en 1953, ainsi qu’au Mont Washington en 1953 et 1954 mais se révèle malchanceuse dans les épreuves italiennes comme les Mille Miglia ou la Targa Florio.

 

 

Construite entre juin 1951 et août 1953 à Coventry à 53 exemplaires, la Type C est devenue un classique du marché de collection. Les exemplaires survivants sont parfaitement connus et documentés. En août 2015, un authentique exemplaire se négociait 13,2 millions de dollars lors d’une vente aux enchères américaine.

 

1955 Jaguar D-Type "Short Nose"

 

La Jaguar Type-D, produite dès le printemps 1954, remplace la Type-C. Sa mission est de remporter la plus grande course d’endurance du monde : les 24 heures du Mans. Son mandat sera bien acquitté avec trois victoires consécutives, acquises de 1955 à 1957.

 

 

La Jaguar Type-D ou XKD, appellation officielle, a donc été fabriquée aussi pour la grande classique mancelle. Son étude aérodynamique a été confiée à un transfuge de l’industrie aéronautique, Malcolm Sayer, engagé chez Jaguar au début des années 1950. Il en assure la conception et le design avec William Lyons, créateur et patron de Jaguar, et Bill Heynes. Le châssis monocoque complété par une structure tubulaire avant est inédit ainsi que la carrosserie très enveloppante avec le capot incluant les ailes qui offre un coefficient aérodynamique d’une rare efficacité pour l’époque. Elle est déclinée en deux versions : Short Nose ou Long Nose, museau court ou museau long. Au centre de ce museau, l’orifice central et ovale permet d'alimenter en air le moteur. Elle est la seule à l’époque à opter pour une dérive originale placée derrière l’appui-tête pour augmenter la stabilité à haute vitesse. Quatre évolutions de carrosserie se succèdent : museau court et pare brise monoplace, dérive fine rivetée, pare brise biplace, museau long et dérive intégrée courte, puis dérive longue. Les dernières caisses sont utilisées pour fabriquer la XKSS, version de route avec capote et porte bagages.



 

En revanche, la partie mécanique, du moteur 6-cylindres double arbre aux suspensions en passant par les freins à disque, est directement héritée de la Type C. Mais grâce à un aérodynamisme poussé et à la puissance du moteur XK retravaillé, la vitesse de pointe frôle les 290 km/h et le 0 à 100 km/h en 4.7s. La puissance disponible du 3.4 litres est de 250 ch, tout au plus 270 ch sur les versions les plus abouties.

 

 

La Jaguar Type –D signe sa première victoire aux 24 heures du Mans en 1955, parcourant 4 135 km à une moyenne de 172 km/h, un record à l’époque. Portant le numéro 6, elle est pilotée par Mike Hawthorn et Ivor Bueb. Elle gagne à nouveau en 1956 avec Ron Flockhart et Ninian Sanderson et en 1957 avec à nouveau Ron Flockhart et Ivor Bueb. Cependant, une modification du règlement régissant les compétitions automobiles, limite en 1958 la cylindrée des motorisations à 3 litres et la Jaguar D-Type se retrouve de facto exclue pour être remplacée par la Type E.