Honda Civic (1ère Génération : 1972-1979)

1975 Honda Civic CVCC - Photo : Motortrend

 

Publié par Philippe Baron le 25 septembre 2013.

 

Au début des années 1970, Honda détenait la première place des constructeurs de motos avec quasiment 60 % de la production mondiale. La marque japonaise produisait depuis 1962 des petites autos sportives qui ne manquaient pas de tempérament mais dont les ventes restaient trop marginales. L’ambitieux nippon ne pouvait en rester là et se décida à relancer l’attaque avec cette fois une nouvelle arme, une citadine propre avant l’heure du nom de Civic.

 

 

Fabricant de motos puis de voitures au milieu des années soixante, le constructeur nippon Honda a percé en Amérique grâce à la Civic, petite berline économe en carburant, lancée juste avant le premier choc pétrolier de 1973.

 

Scans : Douglas Millar

Honda, c’est à l’origine un homme né en 1906 : Soichiro Honda. Petit paysan japonais fasciné par la mécanique, aussi remuant qu’indiscipliné (il ira jusqu’à «emprunter» un avion pour faire son baptême de l’air !), il eut l’idée au sortir de la guerre de fabriquer des motos. Il devint vite leader du marché nippon des deux-roues. Mais il n’avait pas l’intention d’en rester là. Ce self-made-man génial a inventé à la fois la moto moderne et un nouveau modèle social. Ses apprentis et ses managers (lui y compris) portaient tous chemise blanche et casquette rouge, et travaillaient en équipe sans jamais compter leurs heures. Son entreprise fut une des premières de l’Archipel à se développer à l’étranger. Pour se faire connaître hors des frontières, Honda s’était fixé comme objectif de remporter le championnat du monde moto. Pari tenu dès 1961.

 

Scans : Douglas Millar

 

Deux ans plus tard, l’industriel passait à l’étape suivante avec sa première voiture. Il défiait ainsi le puissant ministère nippon de l’Industrie, dont les plans prévoyaient que Honda devait s’en tenir aux deux-roues. Cela n’empêcha pas le minuscule coupé S 800 et la «subcompacte» N 360, à moteur de moto, de sortir des usines : deux lancements financés par les profits des autres branches du groupe (motos, moteurs de bateaux et tondeuses).

 

Soichiro Honda était alors prêt pour son troisième pari : conquérir les citadins américains avec une petite voiture comme Volkswagen avec sa Coccinelle. Pour en tirer le prix vers le bas, il voulait l’équiper d’un moteur classique refroidi par air. Mais ses ingénieurs n’étaient pas d’accord. Ils estimaient plus judicieux de réduire au maximum sa consommation et sa pollution, deux arguments de vente inédits à l’époque. Surprise : le conseil d’administration de Honda leur donna raison, provoquant la démission du fondateur.


La Civic Estate

 

Ramassée, compacte, la Civic fait partie de la nouvelle vague définie par la recherche d’un volume habitable maximum pour un encombrement général minimum. La carrosserie (3.54 m soit 5 cm de mois que la Renault 5), simple à réaliser, témoigne d’un certain souci esthétique : la simplicité n’exclut pas automatiquement l’originalité et le bon goût. La praticité est également présente avec un hayon arrière relevable équipé d’une grande lunette, auquel s’ajoute la possibilité de faire basculer la banquette pour offrir une surface utile appréciable pour le fret.

 

La Civic Country

 

Sous le capot, le moteur, de fort belle allure grâce à l’utilisation de l’alliage léger, a une puissance déclarée de 60 ch SAE pour 1 169 cm3. Placé transversalement à l’avant, ce moteur est un 4-cylindres en ligne équipé d’un arbre à cames en tête entraîné par une courroie crantée et alimenté par un carburateur inversé double corps, le deuxième papillon s’ouvrant sous l’effet de la dépression. L’alimentation reçoit de plus un dispositif de récupération des gaz d’essence (respect des normes USA). Ce moteur de type CVCC à fort taux de compression ne brûle que 6 litres aux 100 et peut se passer de pot catalytique et d’essence sans plomb. La Civic offre des freins à disques à l'avant, des sièges de vinyle recyclé et la radio AM. C’est une machine à rouler, fiable, économique et peu polluante. D’où son appellation, qui renvoie à l’idée de voiture citoyenne.

 

 

La Civic remporte un franc succès aux Etats-Unis. Outre la transmission automatique Hondamatic, sa réussite est largement aidée par le système CVCC introduit en 1973, en pleine crise pétrolière. Le CVCC (Compound Vortex Controlled Combustion) répond aux sévères normes américaines antipollution du Clean Air Act. Orientée sur la propreté de la combustion, cette technique permet de brûler les polluants en amont, à l’intérieur du moteur, au lieu de les envoyer dans un pot catalytique. En France, les débuts de la Civic seront plus timides. La Civic devra attendre 1977 pour sortir de l’anonymat, forte d’une belle réputation de fiabilité.

 

 

Grâce à ce modèle fétiche, Honda a quitté les rives de la marginalité pour se hisser au rang de grand constructeur. 1 186 194 exemplaires ont ainsi été produits entre 1972 et 1979 dont à peine plus de 10 000 vendus en France. Tout en se taillant une solide réputation de robustesse, la Civic, voiture propre avant l’heure, va évoluer au fil des années, diversifiant ses carrosseries et ses motorisations. Elle va gagner en habitabilité avec une version quatre portes et en cylindrée avec une variante 1500 cm3. Les autres générations de Civic n’auront en commun que le nom, mais toutes chargées d’innovations : moteur à admission variable en 1988, hybride essence-électricité et diesel silencieux en 2006...