Ford Vedette (1948-1954)

 

Publié par Philippe Baron le 21 décembre 2014.

 

A la fin de l’été 1945, Maurice Dollfus, le directeur de Ford SAF, la filiale française de la Ford Motor Company, se rend à la maison mère à Dearborn, rencontre Henry Ford II et découvre un prototype de voiture économique élaboré pendant le conflit en prévision des jours difficiles de l’après-guerre. Cependant, avec une économie américaine en meilleure santé que prévu, le projet d’une petite Ford est rejeté et récupéré en juin 1946 pour une France très éprouvée. Nommée Vedette, la voiture est présentée en première mondiale au Salon de Paris en octobre 1948.



 

Au lendemain de la libération, Ford SAF (Société Anonyme Française), qui ne disposait que de la vieille Matford d’avant-guerre, retrouve de la nouveauté avec la Vedette, une américaine à la ligne très contemporaine et aux dimensions européennes. Cependant, la mise en production s’effectue dans le contexte difficile d’une France durement touchée par la guerre et qui, pour redémarrer, a imposé une allocation des matières premières sévèrement réglementée. Ford SAF est installée dans l’usine de Poissy dont les travaux entamés en 1939 n-ont été entièrement finalisés qu'après la guerre. Ainsi, lors du lancement de la Vedette, l’usine de Poissy, qui ne disposait pas encore de presse d’emboutissage, choisit de confier les carrosseries à la firme Chausson de Gennevilliers.

 

Photo : Padicha

Massive, mais pas dénuée de charme, la Vedette est une berline cossue de 4.50 m à la ligne fastback. Son moteur à soupapes latérales n’est pas une nouveauté, puisqu’il s’agit du V8 culbuté de la Matford. D’une cylindrée de 2 158 cm3, il développe 60 ch à 4 000 tr/mn. La Vedette est la première voiture à proposer une suspension avant à roues indépendantes avec des ressorts hélicoïdaux (ressorts en spirale) due à l'ingénieur Earle MacPherson. La berline 4 portes est suivie dès mars 1949 par le coupé 2 portes (plutôt un coach) doté de la même mécanique mais qui se distingue par son pavillon rond. La gamme est ensuite complétée par un cabriolet. Cependant, la Vedette souffre de nombreux défauts de jeunesse : freins peu efficaces, moteur qui chauffe, châssis qui manque de rigidité, consommation importante, défaut d’étanchéité, peintures et chromes de mauvaise qualité. Ces résultats affligeants vont contraindre Maurice Dollfus, 66 ans et directeur de Ford SAF depuis 1930, à quitter ses fonctions. Il est remplacé le 1 janvier 1950 par François Lehideux, ancien administrateur des usines Renault et neveu de Louis Renault par alliance, à la tête de la société. Sa mission est de redonner aux Vedette une qualité conforme à leur image.


Photo : Ludovic Lhussiez
Ford Vedette Coupé - Photo : Sven Larsson, Gazoline
Photo : Les Veuves

La Vedette est désormais au point pour 1951. Elle est maintenant dotée d'un châssis renforcé par une double traverse en X, améliorant sa tenue de route et le moteur, avec un nouveau taux de compression, développe 66 ch. Le remaniement esthétique intervient l’année suivante pour le millésime 1953. La poupe de la voiture est redessinée, abandonnant la ligne fastback pour une carrosserie à trois volumes. Le pare-brise est maintenant d’une seule pièce et la calandre est allégée, affinant la proue et rendant la voiture plus contemporaine. Les coupés et cabriolets ne sont pas reconduits sous cette nouvelle forme et à l’opposé du superbe coupé sportif Comète sorti en août 1951 se trouve une berline commerciale complétement dépouillée, rapidement nommée Abeille.


Ford Vedette Vendôme - Photo : Luc Bouvret

 

Les nouvelles Vedette bénéficient d’un embiellage renforcé, d’un nouveau dispositif de refroidissement, nommé Equiflux, limitant la consommation d’eau et d’une surface de freinage augmentée. En 1953, convaincu de la parfaite mise au point de ses véhicules, François Lehideux propose une garantie mécanique totale d’un an ou de 50 000 km, une première sur le marché français. La même année, au Salon  de Paris, est présentée une Vedette plus élitiste, la Vendôme, dont le V8 de 3.9 l, nommé Mistral, de 95 ch permet une vitesse de 145 km/h. Elle ne sera diffusée qu’à 2 500 exemplaires. En novembre, est proposée aussi une berline découvrable dont la production restera confidentielle.

 

Très rare Ford Vedette Découvrable - Photo : Ricohplio

 

Le stylisme rondouillard des Vedette lancées en 1948 accuse fortement son âge. Les lignes dessinées au cœur de la décennie précédente sont devenues rapidement obsolètes en ce début des années cinquante où l’esthétisme automobile évolue très vite. La production 1953 de 20 191 Vedette tombe l’année suivante à 12 603. François Lehideux est contraint à la démission et remplacé par Francis C. Reith, venu de Detroit pour négocier la cession de cette filiale française, peu rentable, comparée aux autres centres de production que possède Ford en Europe. Le 30 novembre 1954, la sentence tombe et Ford SAF est reprise par Simca. Les Ford Vedette cèdent la place à l’automne à une toute nouvelle génération de modèles connus sous la dénomination Simca Vedette. La production de Ford Vedette se résumera à 105 727 exemplaires.