Fiat 124 Sport Spider (1966-1985)

 

Publié par Philippe Baron le 25 novembre 2013.

 

Présenté au Salon de Turin 1966, en même temps que le superbe Spider Fiat à moteur Dino Ferrari, le cabriolet 124, un peu trop sage et presque timide, semble préférer se faire oublier. L’éclipse ne durera que le temps d’un salon. La sobriété de sa ligne, associée il est vrai à des tarifs attrayants, sera finalement la clef d’un succès commercial durable.


 

 

Au milieu des années soixante, l’Italie entre à son tour dans le tourbillon effréné de la croissance économique. Après avoir mis la Péninsule sur "quatre roues" en produisant des millions de voitures populaires, Fiat emboîte le mouvement et affiche de nouvelles ambitions. Si son association avec Ferrari lui offre un modèle de prestige à moteur V 6 – le Dino Spider –, il est aussi impératif et urgent de rajeunir toute la gamme. Présentée en mars 1966, la berline 124 va inaugurer cette politique, en même temps qu’un matricule 100 largement décliné par la suite (125, 126, 127, 128, 130...). Elancée et élégante, la 124 affiche aussi une certaine sophistication (quatre freins à disque et 60 ch : pas mal pour une petite 1 200, en 1966 !) et une tenue de route très sûre. A cette époque, Fiat, qui reste l’un des rares constructeurs généralistes, avec Peugeot, à produire des cabriolets et des coupés dérivés de berlines de grande diffusion, a prévu presque simultanément deux dérivés sportifs de sa familiale 124 : un spider et un coupé.


Photo : Steve Sexton

 

C'est le maître Pininfarina qui se voit chargé du dessin de la voiture. Le coup de crayon, jugé peu audacieux à l’époque, ne manque pas de panache. La ligne est classique et très pure, possède un charme intemporel. A tel point qu’elle sera produite quasiment avec la même robe, mais avec des motorisations de 1,6 à 2 litres, jusqu’en 1985.


Photos : Michael Ward

 

En dépit de toute participation active à la compétition, la tradition sportive est encore bien ancrée chez Fiat. Ainsi, la mécanique de la berline 124 a été conçue par l’ingénieur Aurelio Lampredi, qui travailla longtemps au développement des V12 Ferrari avant de rejoindre Fiat en 1955. Ce véritable sorcier de la mécanique va doter ce petit moteur de 300 cm 3 supplémentaires et d’une belle culasse "alu" à double arbre qui portent la puissance à 90 ch. Forte de cette cure de vitamines, cette propulsion rigoureuse mais amusante à conduire s’offre une vitesse de pointe de 170 km/h.


 

Plusieurs motorisations vont émailler la carrière de ce Spider à vocation longue durée. Plus ambitieux, le 1608 cm3 proposé à partir de 1970 revendique la puissance de 110 chevaux à 6400 tours/minute. Plus sages à certains égards, les moteurs équipant les seconde et troisième générations (1592, 1756 et 1995 cm3) sont issus pour leur part de la série 132 mais leur architecture conserve la distribution à double arbre à cames en tête de leurs prédécesseurs.


 

La première série, référencée sous le code VIN : ZFA124AS, est lancée au Salon de Turin 1966 et ne sera exporté aux États-Unis qu'à partir de 1968. En 1969, Fiat lance la seconde série du Spider 124, la version « BS ». Elle reçoit quelques légères retouches esthétiques et d'équipement. En 1970, la gamme s'enrichit d'une version équipée d'un nouveau moteur de 1 608 cm3, dérivé de la Fiat 125, avec une carburation Weber à deux carburateurs double corps. En août 1972, Fiat présente la troisième série de la 124 Spider avec la version « CS ». Cette série conserve la même carrosserie que la précédente mais se dote de nouvelles motorisations. L’intérieur adopte une sellerie plus luxueuse. Les nouveaux moteurs sont dérivés de ceux qui équipent la Fiat 132 : un 1 592 cm3 et un 1 756 cm3. La commercialisation s'arrête en Europe à la fin de l'année 1974. À partir du 1er janvier 1975, Fiat lance la version « CS1 » - 124 Spider America, spécialement destinée au marché Nord-Américain, avec les pare-chocs à absorption d'énergie et conformes aux normes anti-pollution en vigueur à l'époque. Sur cette même base, Fiat fera construire par Abarth, la version « CSA » 124 Abarth Rally, avec le moteur de 1 756 cm3 développant 128 ch. Environ 1000 exemplaires de cette version ont été produits.

 

Fiat 124 Abarth - Photo : Chris Gandy

 

En 1978, Fiat remplace le moteur 1 800 cm3 par un 2 litres, dérivé de celui de la Fiat 132. Sa puissance développée en Europe était de 120 ch mais, les règlementations en vigueur aux États-Unis, anti-pollution notamment, la réduisirent à seulement 87 ch. En mai 1979, Fiat lance sa série de moteurs équipés de l'injection électronique. La version 2,0 litres dispose alors d'une puissance de 102 ch, qui connaîtra un grand succès. En 1981, Fiat lance la version 124 Spider 2000 Turbo développant 122 ch. 700 exemplaires ont été produits.


 

En 1981, on assiste à un bouleversement majeur pour la 124 Spider. Tout d'abord, Fiat transfère toute la chaîne de production chez Pininfarina qui devient ainsi constructeur. Le nouveau modèle est distribué par le réseau Fiat aux États-Unis mais revient sur les marchés européens. C'est une nouvelle version « DS » qui porte le nom de Pininfarina SpiderEuropa. Le moteur est toujours le 1 995 cm3 injection électronique de la Croma qui développe 102 ch en Amérique et 105 ch en Europe. Une dernière version a été lancée en 1983, la SpiderEuropa VX qui développait 135 ch. 500 exemplaires de ce modèle ont été produits.


 

La Fiat 124 Spider n'a jamais été fabriquée ailleurs qu'en Italie, chez Fiat de 1966 à 1981, chez Pininfarina jusqu'à sa fin de production en 1985. Au total ce sont 198 120 exemplaires de ce modèle qui ont été fabriqués. 170 720 ont été vendus aux États-Unis et 27 400 en Europe.


1971 Fiat 124 Spider - Photo : Silverstone Auctions