Facel Vega - Série FV (1955-1958)

Les Facel Vega FV sont les dernières représentantes de l’automobile d’exception à la française. Jean Daninos voulait que sa marque prenne le relais des plus grands noms d’avant guerre, qui, incapables 1955 Facel-Vega FV-1 vendue aux enchères à Scottsdale pour 137,500 dollars en 2010.

 

Publié par Philippe Baron le 31 août 2012.

 

Les Facel Vega FV sont les dernières représentantes de l’automobile d’exception à la française. Jean Daninos voulait que sa marque prenne le relais des plus grands noms d’avant guerre, qui, incapables de remonter la pente financièrement, disparaissaient les uns après les autres. Facel Vega était prêt à perpétuer cette tradition grâce à des voitures originales, élégantes, élitistes, performantes et remarquablement bien construites.



Facel Vega FV2B 1957
Jean Daninos

Jean Daninos, le fondateur de Facel Vega, a fait ses débuts dans l'automobile en 1928 en entrant à 22 ans aux usines Citroën. Il collabore au développement des carrosseries « tout acier » et participe au développement des modèles coupés et cabriolets de la Traction Avant lancée en 1934 dont le célèbre cabriolet 11 B. En 1935, il rejoint le constructeur d'avions Morane-Saulnier où il travaille sur les ailes de l'avion de chasse MS 405, dont la caractéristique principale est de posséder des nervures en acier inoxydable (acier importé par la société Métallon) soudées électriquement par points.En 1937, il s'établit à son compte en tant qu'ingénieur conseil. Il collabore avec différentes sociétés aéronautiques comme Farman, Fairey et Bronzavia. Chargé de réorganiser le département de chaudronnerie aéronautique de cette société, il en devient alors l'un des directeurs techniques.

 

Le 20 décembre 1939, Bronzavia crée une petite filiale, la société des "Forges et Ateliers de Constructions d'Eure-et-Loir", donnant l'acronyme commercial Facel. Installée à Dreux (Eure-et-Loir), d'où son nom, elle sera dirigée par Marcel Koëhler jusqu'en 1945 (connu par sa marque de motocyclettes Koehler Escoffier). En juin 1940, l'usine de Dreux est occupée et les activités sont transférées dans une usine de la région parisienne, à Colombes. Durant l'Occupation, la production de Facel, en plus de la sous-traitance aéronautique pour l'usine mère Bronzavia, fabrique des gazogènes pour les automobiles. En 1941, Jean Daninos, toujours directeur technique chez Bronzavia, part aux États-Unis où il poursuit l'effort de guerre auprès des Alliés en dirigeant une nouvelle usine de sous-traitance pour l'aviation militaire exploitant les brevets Bronzavia, la "General Aircraft Equipment Inc."Après la fin des hostilités, Facel est détachée de Bronzavia et devient une société indépendante. Jean Daninos revient alors en France pour en prendre la direction. Il en est nommé PDG en août 1945 et fusionne Facel avec la société commerciale Métallon (importation d'acier suédois) pour former la Compagnie Facel-Métallon. Dès lors, il oriente la société vers l'automobile et la sous-traitance de carrosseries de série ou spéciales pour le compte de grandes marques comme Simca, Ford, Panhard puis Delahaye.

Pininfarina Bentley Mk VI 'Cresta' 1948 by Facel-Métallon

 

On doit également à l’entreprise la réalisation des dix-sept Bentley Cresta en collaboration avec Pininfarina qui préfigurent le modèle Continental. En 1950, Facel devient un fournisseur de Vespa en réalisant les pièces de 220 000 coques du célèbre scooter sous licence Piaggio, puis les pièces embouties et soudées de la petite voiture Vespa 400. À partir de 1951, Facel réalise également la fabrication de 9 630 carrosseries de Delahaye VLR, la voiture qui a vainement tenté de remplacer la Jeep dans l'armée française, ainsi que de 18 738 camionnettes et cabines de camions Simca, Delahaye et Somua.Le département Aviation de Facel construit de son côté les chambres de combustion pour les moteurs à réaction Rolls Royce produits sous licence par Hispano-Suiza.Le développement de ces activités amène Jean Daninos à intégrer une troisième usine à Amboise (ex-usine Bronzavia). Facel dispose ainsi de trois branches parfaitement distinctes : construction automobile, à Colombes et à Dreux, aviation et équipement en acier inoxydable, à Amboise et emboutissage et tôlerie, à Amboise.En 1951 également, Jean Daninos construisit un unique coupé 2/3 places tant pour son usage personnel que pour montrer le savoir-faire de Facel-Métallon. Cette Bentley Cresta II influencera le dessin du coupé Facel-Véga FVS. En janvier 1953, la compagnie Facel-Métallon est restructurée en deux sociétés distinctes : Facel S.A. (société industrielle) et Métallon S.A. (société commerciale).

Bentley Cresta II qui préfigure les Facel Vega à venir

 

En 1954, convaincu de l'existence d'une clientèle potentielle internationale et enthousiasmé par les perspectives de l'économie globale, Jean Daninos crée la marque Véga dans l'intention de succéder aux prestigieux constructeurs automobiles français de l'avant-guerre qu'étaient Bugatti, Delage, Delahaye, Hotchkiss et Talbot. La première Véga est présentée à la presse le 29 juillet 1954 puis au public au Salon de l'Auto de Paris d'octobre 1954. Dés l'année suivante, le nom de la société Facel est accolée à celui de Véga et la marque devient officiellement Facel Véga. Le nom de Vega vient d’une proposition de l'écrivain Pierre Daninos, frère du constructeur, "Véga", l’une des plus brillantes étoiles de la constellation de la Lyre. 

Facel Vega FV3

 

Au moins trois prototypes ont précédés la Véga de série. Faute de pouvoir disposer d’un moteur français à la hauteur, Jean Daninos s’est tourné vers les Etats-Unis, et un puissant V8 hémisphérique DeSoto Firedom S-19. Développant 180 ch à 4 400 tr/min pour une cylindrée de 4 528 cm3 (276 ci), il est associé à une boîte mécanique Pont-à-Mousson à quatre rapports synchronisés déjà monté sur les Ford Comète Monte-Carlo, la transmission automatique Chrysler Torqueflite sera également disponible en option.

 

Dévoilée à la presse le 29 juillet 1954 dans l'usine de Colombes, la Véga est présentée au public lors du salon de Paris au mois d’octobre. Dessinée par Jean Daninos, elle présente une ligne surbaissée dotée d’un élégant pavillon, tandis que la face avant très abrupte s’orne d’une calandre encadrée de deux prises d’air. Construite en une toute petite série, la première Véga (type FV) est aisément reconnaissable à son pavillon court, d’où un habitacle réduit à l’arrière. Elle est proposée au prix de 2 873 000 francs,  une 4CV Renault valait 458 000 francs. 12 exemplaires seront construits en 1965. Parmi les premiers clients, notons, Ava Gardner, Francis Lopez, Romain Gary et l’éditeur Michel Gallimard. La cote actuelle de la voiture se situe aux alentours de 130 000 €.

 

La Véga connaît sa première évolution en 1955 avec le type FV 1. Pour accroître l’espace dévolu aux passagers arrière et faire de la voiture une vraie quatre places, l’empattement a été allongé de douze centimètres (2,63 mètres). Les proportions du pavillon en sont transformées et les vitres arrière considérablement agrandies. La FV 1 bénéficie par ailleurs d’un nouveau V8 Chrysler de 4770 cm3 développant 203 ch (carburateur quadruple corps). La vitesse atteint maintenant 170 km/h ou 190 km/h selon le rapport de pont (couple de 3,31 ou 2,93). On estime leur nombre à 32 exemplaires.

 

La filiation entre toutes les Facel Vega est très marquée. Chaque nouveau modèle est l’évolution du précédent, marquant un pas en avant dans l’élégance et l’amélioration des performances comme du comportement routier.

 

C’est avec la FV 2 présentée au salon de 1955 que la marque de Jean Daninos devient officiellement Facel Véga. La FV 2 offre deux nouveautés esthétiques majeures dans l’histoire de la firme. Première voiture française de série à être dotée d’un pare-brise panoramique, elle est également la première Facel ornée du célèbre tableau de bord en métal peint imitant à la perfection la ronce de noyer. Cette pièce magnifique est réalisée à la main par Marcel Bigot, le chef peintre de l’usine de Dreux. Baptisé désormais Typhoon, le V8 Chrysler de 4,8 litres est porté à 230 ch. En mars 1956, il est remplacé par un nouveau bloc Chrysler de 5,4 litres développant 250 ch (type FV 2B). Quelques cabriolets FV 1 et FV 2 sont construits malgré les réticences de Jean Daninos à l’égard de ce type de carrosserie. 

 

Facel Vega FV3 B

 

Avec la FV 3, qui apparaît en octobre 1956, le coupé Facel Véga reçoit la dernière évolution de sa proue : la calandre est élargie, les moustaches doublées et les ornements inox des phares cèdent la place à deux phares superposés. Parallèlement, est monté un V8 Chrysler de 4940 cm3 développant 253 ch à 4600 tr/mn. Pour l’année 1956, le chiffre de production est estimé à 107 véhicules.

 

Facel Vega FV 2B

 

Présentée pendant l’été 1957, la FV 3B reçoit le V8 Chrysler de cinq litres porté à 260 ch. La vitesse de pointe est alors de 190 km/h (ou 210 km/h avec le pont long). L’empattement gagne encore trois centimètres, tandis que la carrosserie est légèrement allongée et élargie. C’est dans la FV 3B de Michel Gallimard, le neveu de l’éditeur Gaston Gallimard, que, le 4 janvier 1960, Albert Camus et le propriétaire du véhicule trouveront la mort sur la N6 entre Sens et Paris. Pour l’année 1957, le chiffre de production est estimé à 118 véhicules.

 

1957 Facel Vega FV4 Coupé - Photos : Bonhams

 

Construite conjointement à la FV 3B, la FV 4 est en principe réservée à l'exportation. Son V8 de 5798 cm3 s’avère nettement plus puissant et, avec 294 ch, il permet à la voiture de franchir le cap des 200 km/h (225 km/h avec le rapport long). Le chiffre de production estimé pour 1958 est de 156 véhicules. La prochaine étape de cette évolution sera la HK 500, présentée au Salon de Paris d’octobre 1958.

 

1956 Facel Vega FV2B Coupe - Photo : Gooding & Company
1957 Facel-Vega FV2B Convertible - Photo : Gooding & Company
1957 Facel Vega FV3 Coupé - Photo : Bonhams