Facel Vega Facellia, Facel III, Facel 6 (1959-1964)

1961 Facel Vega Facellia F2 - Photo : Marc Vorgers

 

Publié par Philippe Baron le 22 février 2016.

 

La Facel-Vega Facellia (type FA) de 1959 est la petite Vega, née du désir de Jean Daninos de créer un modèle de plus petite taille destiné à séduire une clientèle plus jeune que la firme ne pouvait conquérir avec ses seuls coupés à moteur V8, et pouvant s’aligner face aux Alfa Romeo, Porsche et Triumph qui étaient au début des années soixante les références sportives dans la gamme des cylindrées moyennes. 

 

 

Mise à l'étude dès 1957, la Facellia est présentée au Musée Jacquemart-André à Paris en septembre 1959. Son parrain n’est autre que le réputé pilote britannique Stirling Moss déjà client de la marque. Elle est ensuite l’une des grandes nouveautés du Salon de Paris d’octobre 1959. Homologuée en mars 1960, les premières livraisons interviennent durant l’été. La Facellia est tout d’abord déclinée en cabriolet puis coupé 4 places et coupé 2+2, se présentant comme un cabriolet au hard top soudé. La Facellia arbore tous les traits de style de ses luxueuses grandes sœurs tels que définis par Jean Daninos. Elle séduit la clientèle à laquelle elle s’adresse et plus de mille commandes sont enregistrées au début de l’année 1960.

 

1959 Facel Vega Facellia

 

Reprenant dans les grandes lignes les caractéristiques techniques des grosses Facel-Vega à moteur V8, la Facellia est équipée d’un châssis tubulaire, d’une coque soudée en acier, d’une suspension avant indépendante et d’un pont arrière rigide. Contrairement à ses sœurs à moteur V8, ses dimensions vont être ramenées à des normes plus "européennes". La direction passe par un boîtier Gemmers à vis et à galet et maintenant le montage des freins à disques Dunlop est en série. Cependant la grande nouveauté se situe sous le capot. L’usine n’obtenant pas de licence d’importation pour un moteur étranger, le constructeur décide de se tourner vers la société Pont-à-Mousson qui fournissait déjà les excellentes boîtes de vitesses des modèles V8. La société possédait déjà dans ses cartons l’étude d’un moteur 6 cylindres 2,8 litres double arbre à cames en tête réalisée par l’ingénieur italien Carlo Marchetti, qui s’était illustré auparavant chez Talbot-Lago. De ce moteur est dérivé un 4-cylindres 1,6 litre répondant parfaitement au cahier des charges initial. Ce bloc en fonte et culasse double arbre en aluminium développe 115 ch à 6 400 tr/min promettant ainsi à l’auto de brillantes performances. 

 

1961 Facel Vega Facellia F2B Coupé - Photos : auto-motor-und-sport.de

 

Cependant lors d’un essai de Jean Bernardet pour l’Equipe, la Facellia peine à dépasser les 160 km/h, alors que le constructeur annonce 180 km/h en vitesse de pointe. De plus, les premières autos livrées accusent des défauts de mise au point moteur entraînant des casses répétées. L’usine procède immédiatement à des échanges standards sous garantie. Cette opération met à mal une trésorerie déjà chancelante ainsi que la réputation de la marque. Pour pallier rapidement à ces problèmes, des améliorations sont apportées au moteur. Ainsi avec la Facellia F2, introduite dès 1961, la mécanique est entièrement revue par les principaux ingénieurs de la société ‘le Moteur Moderne’, Charles Deutsch et Jean Bertin, pour accroître sa fiabilité et son refroidissement, ainsi que le calage de la distribution. La puissance est portée maintenant à 120 chevaux. Par la même occasion, les phares doubles sont progressivement remplacés par les phares Marchal Mégalux identiques à ceux de la Facel II, et le tableau de bord gagne le revêtement en faux bois des modèles V8 au lieu du cuir. 

 

 

Au Salon de Paris 1961, l’ultime évolution apparait. La Facellia F2B subit quelques légères modifications (poignées de porte, trappe à essence entre autres), le montage des Marchal Mégalux est de série et le taux de compression du moteur est diminué, passant à 105 ch au régime de 6 000 tr/min. Malgré ces améliorations et une victoire de classe remportée au rallye de Monte-Carlo 1961, la réputation de la Facellia est faite et la F2 ne parvient pas à convaincre. En 1961, Facel Vega est mise sous tutelle par le ministère des finances et se voit imposer des nouveaux actionnaires dont la société Mobil. Jean Daninos est contraint à démissionner en août 1961 de son poste mais conserve cependant le titre de vice-président et de directeur technique.

 

 

Pour tenter de redresser la barre, Facel s’adresse finalement à Volvo pour la fourniture du quatre cylindres équipant le coupé P 1800 S. Réputé pour sa fiabilité, ce moteur de 1780 cm3 développe 108 ch à 5 800 tr/min. Il est accouplé à la boîte de vitesses du constructeur suédois, qui reçoit un overdrive en option. La vitesse de pointe se maintient aux alentours des 180 km/h chrono ce qui met la nouvelle Facel au même niveau que ses rivales, Alfa Romeo Giulia Sprint 1.6l, Porsche 356 B 1600 S ou la Triumph TR4. Présentée en avril 1963 à l’abbaye de Chaalis, la Facel III subit un léger remodelage esthétique avec une calandre modifiée et le coffre arrière arrondi. Fort bien accueillie par la presse, la Facel III reconquiert les faveurs du public. Les commandes remontent de manière encourageante. (619 exemplaires produits). 

 

1963 Facel Vega Facel III

 

Néanmoins, la situation de l’entreprise est toujours très précaire et très préoccupante. Elle est encore gérée sous administration judiciaire et les usines Facel sont placées sous l’autorité de la Sferma, une filiale de Sud-Aviation, qui leur accorde un contrat de location-gérance. Henri Berge est nommé directeur général et Jean Daninos conserve son titre de directeur technique de la marque et continue à s’investir dans de nouveaux projets. Il réussit à négocier un accord avec Leonard Lord, le patron de la BMC, pour obtenir une mécanique plus puissante et plus noble, un six cylindres, celui de l'Austin-Healey 3000 Mk 2. Ce groupe motorise la nouvelle Facel 6 présentée à la presse le 20 mai 1964. Réduit à 2 852 cm3 pour des raisons fiscales, il développe 150 ch à 5 250 tr/mn et la voiture frise les 195 km/h en vitesse de pointe. Reconnaissable à ses roues à rayons Borrani ou Dunlop, la dernière Facellia connait un succès d’estime mais arrive au plus mauvais moment. 

 

1963 Facel Vega Facel III

 

En effet, le ministère des finances refuse à la Sferma le renouvellement du contrat conclu l’an passé avec la marque. De ce fait, la Facel 6 ne sera construite que pendant quelques mois et sa production ne dépassera pas les 32 exemplaires. La firme ferme ses portes le 31 octobre 1964. René Duchêne, dernier concessionnaire de la marque, rachètera les véhicules inachevés, l’outillage et le stock de pièces pour terminer tant bien que mal une soixantaine de Facel III et quelques Facel 6 dans ses propres ateliers. Pendant plus de 20 ans il assura en premier : le suivi "garantie usine", l'entretien et les pièces détachées de tous les modèles Facel Vega. Propriétaire d'une grande partie des archives Facel-Véga, des fichiers clientèles, fournisseurs, des plans techniques de fabrication, de l'historique et le suivi des voitures, René Duchêne a cédé toute cette documentation peu avant sa mort le 18 octobre 2007 à la société ABCO-Facel à Paris dans le but de conservation du patrimoine et de pérennité de la fabrication des pièces de la marque Facel Vega. Toutes versions confondues, la production totale officielle se chiffre à 1 859 véhicules en quatre ans.

 

1964 Facel Vega Facel 6 - Photo : Marc Vorgers