Maxwell (1904-1925)

Maxwell 1905 Model L Runabout

 

Publié par Philippe Baron le 10 septembre 2012.

 

En 1909, il existait plus d’une centaine de constructeurs automobiles aux Etats-Unis. La marque Maxwell s’était hissée rapidement dans le podium de tête derrière Ford et Buick. Mais à vouloir grandir trop vite, on peut se brûler les ailes. L’homme de la situation sera un certain Walter Percy Chrysler. Ce gestionnaire hors-norme était réputé pour ses missions de sauvetage d’entreprises. Cette étape fatale marquera la fin de Maxwell et le début de Chrysler.

Elwood Haynes dans sa première automobile en 1894 Elwood Haynes dans sa première automobile en 1894

Né en 1864, Jonathan Dixon Maxwell est l’un des pionniers de l’automobile aux Etats-Unis. Très jeune, cet autodidacte s’intéresse à la mécanique et devient réparateur de cycles dans la ville de Kokomo dans l’Indiana. Avec ses voisins, les frères Elmer, Edgar Apperson et Elwood Haynes, il va participer au développement de celle qui se verra attribuer le titre de première voiture américaine propulsée à l’essence produite aux Etats-Unis.


Ce titre prétentieux sera âprement combattu par Charles Durya et son frère Frank, auteurs de la Durya, un monocylindre de 1302 cm3, dont les essais routiers avaient été effectués en septembre 1893 mais ils n’auront jamais gain de cause. Tout comme John William Lambert qui avait réalisé un prototype en 1891 mais qui fut détruit dans un incendie la même année. Elwood Haynes réussit à le convaincre de ne pas contester sa revendication d’avoir été le premier créateur de la première voiture américaine.


De nos jours, la voiture est exposée à la Smithsonian Institute à Washington. Présentée le 4 juillet 1894, elle est diffusée par Haynes-Apperson Company mais l’entente n’étant pas parfaite entre les associés, Jonathan Maxwell  préfère rejoindre Ransom Eli Olds qui s’attaque à la conception de la Oldsmobile Curved Dash, qui en 1901, sera la première voiture vendue en masse dans l’histoire de l’automobile aux USA. Maxwell travaille ensuite avec Charles Brady King avec lequel il conçoit la Silent Northern en 1902. Cette voiture originale, dotée d’une transmission accolée à la mécanique, préfigure la première Maxwell.

Maxwell 1905
Jonathan Maxwell (1864-1928)

Pour la réalisation du radiateur fonctionnant par thermosiphon qui nécessitait la création de tubes étirés, Jonathan Maxwell se rapproche de Frank Briscoe, propriétaire de la Briscoe Manufacturing Company, spécialisée dans l’emboutissage industriel et produisant des systèmes de refroidissement. Lorsque Maxwell présente son projet à Briscoe, il décrit la voiture qu’il aimerait concevoir en grand nombre dans le but de démocratiser l’automobile. Ses dessins représentent une voiture simple mais élégante, fiable mais surtout robuste pour être facilement conduite sur les routes boueuses que connaissaient les américains du début du siècle dernier.

1914 Maxwell Model 25
Benjamin Briscoe (1869-1945)

Benjamin Briscoe, qui avait déjà en 1901 financé les premiers pas d’un certain David Buick, est très vite convaincu du potentiel de l’invention de Jonathan Maxwell. Il réussit à décrocher 250 000 dollars, principalement de la banque JP Morgan, pour le processus d’industrialisation. En juin 1904, la toute première Maxwell sort de la toute nouvelle usine de la Maxwell-Briscoe Company, implantée à Tarrytown dans l’Etat de New York. Cette Maxwell est la Type L (light pour légère). Il s’agit d’un runabout deux-places à moteur deux cylindres à plat opposés développant 8 HP avec un châssis en bois armé et transmission à trains épicycloïdaux. Elle affiche des performances remarquables pour son époque avec des moyennes supérieures à 30 km/h et une vitesse de pointe de 45 km/h. Avec un châssis complètement en tôle d’acier l’année suivante, elle va se faire une réputation remarquable en compétition en remportant de nombreuses victoires.

1914 Maxwell Model 25
1917 Maxwell Model 25 Tourer

La Type L est très vite épaulée par la Type H Touring de 15 HP, puis un Type N de 20 HP et un roadster de 10 HP. Maxwell devient rapidement un des acteurs majeurs du nouveau monde de l’industrie automobile. En 1905, la marque était 8ème au niveau national sur une centaine de constructeurs avec 823 véhicules produits. En 1907, Maxwell-Briscoe  passe à la 4ème place avec 3 785 unités produites et en 1909, il monte sur le podium derrière Ford et Buick avec 9 460 voitures produites. Et pourtant, ‘la panique des banquiers’ risque de compromettre sérieusement l’avenir de la jeune firme.

La Type L est très vite épaulée par la Type H Touring de 15 HP, puis un Type N de 20 HP et un roadster de 10 HP. Maxwell devient rapidement un des acteurs majeurs du nouveau monde de l’industrie autom 1914 Maxwell Model 35
1922 Maxwell Model 25 Touring

En effet, l’année 1907 est marquée par une longue période de récession qui affecte les banques de détail et les fonds de garantie de dépôts. Les banques JP Morgan et Richard Irving & Co, les principaux actionnaires de Maxwell-Briscoe, se dégagent de l’entreprise au moment où elle a besoin de capitaux pour la nouvelle usine de Newcastle, indispensable pour la montée en puissance du constructeur. Un Benjamin Briscoe désemparé se voit dans l’obligation de créer une holding pour pouvoir continuer. La United States Motor Company est constituée de Maxwell-Briscoe, Briscoe Manufacturing Company, Columbia Motor Car Company, Gray Motor Company, Grabowsky Motor Vehicule Company et Alden Sampson Manufacturing Company. L’idée de Benjamin Briscoe sera reprise par William C.Durant, qui incorpore dans le groupe General Motors qu’il vient de créer, Buick, Cadillac et Oldsmobile. En 1910, la récession continue de frapper le pays et cette année-là, 18 constructeurs feront faillite. 

En 1913, la Maxwell Motor Corporation s'installe à Detroit, Michigan
1923 Maxwell Touring Car

Au lieu d’attendre patiemment la reprise en se reposant sur ses acquis, Benjamin Briscoe continue d’acheter des concurrents en grande difficulté, de lancer des études couteuses pour des nouveaux modèles et d’investir dans des équipements ultramodernes pour s’aligner sur la même qualité et la même rapidité de fabrication que Ford. En 1912, au moment où les résultats financiers sont catastrophiques, Jonathan Maxwell préfère se retirer de l’entreprise qu’il a crée et par obligation, Benjamin Briscoe lui emboite le pas. Il se réfugiera en France pour créer à Boulogne la voiture Ajax qui sera finalement produite aux Etats-Unis à Jackson dans le Michigan.

 

Les actionnaires font appel et confiance à Walter Emmett Flanders, un gestionnaire qualifié pour redresser les entreprises en difficulté. Effectivement en quelques mois, Walter Flanders réorganise les usines et met en place une politique d’uniformisation des tâches et des pièces. Il diversifie les gammes et les orientent vers des véhicules bon marché qui bien que moins prestigieux  se révèlent plus lucratifs. La production repart en 1911 de 16 000 exemplaires pour passer à 44 000 en 1915 puis 50 000 en 1919. Cette nouvelle politique fait recette et permet le rachat de Chalmers Motor Car Company à Detroit dont le site situé sur Jefferson Avenue sera utilisé par Maxwell Automobile Company.

Cependant, une nouvelle récession se profile à l’horizon avec une inflation galopante et des prix de matières premières variant sans cesse rendant les approvisionnements difficiles. A nouveau, des faillites en cascade et les actionnaires de Maxwell, qui en 1924, signait sa plus grosse année de production avec 74 000 véhicules sortis des chaînes, lancent un appel au secours cette fois-ci auprès de Walter Percy Chrysler. Une nouvelle page d’histoire s’ouvre avec la fin de Maxwell et une fondation nommée Chrysler qui voit le jour le 6 juin 1925. 

 

Pour en savoir plus sur la naissance de Chrysler, lire ici

 

1923 Maxwell Touring 4 Cyl - Photo : Branson Auctions