Dual Ghia (1957-1963)

Publié par stubs auto le 6 octobre 2012.

 

Au début des années 50, le designer américain Virgil Exner de Chrysler conçoit avec Luigi Segre de la carrosserie italienne Ghia des concepts extravagants et performants dont la Dodge Firearrow III. Elle fascine à tel point  Eugene Casaroll, un richissime industriel, qu’il décide de la produire en créant la marque Dual Ghia. Elle devient rapidement la coqueluche d’Hollywood mais cette italo-américaine pourra-t-elle survivre auprès d’une clientèle aussi versatile ?

 

Virgil Exner et Luigi Segre présentant la Chrysler K-310 (1951)

A la fin des années 40, le très créatif Virgil Exner quitte le studio Loewy pour que son talent de designer soit mieux reconnu et non plus caché derrière celui de Raymond Loewy qui avait une certaine tendance à s’approprier la paternité des œuvres réalisées dans son studio. Il est alors recruté par le directoire de Chrysler en 1949 pour redynamiser l’ensemble des modèles qui se trouvaient confrontés à un grave problème d’image de marque. Il est ainsi à 40 ans le responsable du nouveau bureau d’études avancées et compte rivaliser avec le bureau de style de la General Motors dirigé par Harley Earl pour lequel il avait travaillé au milieu des années 30.

Au début des années 50, Virgil Exner part en l’Italie pour rencontrer Luigi Segre, directeur de la carrosserie Ghia. Les deux hommes vont alors collaborer et produire ensemble une série de spectaculaires prototypes dont certains d’une bizarrerie absolue. Ces show-cars audacieux sont destinés à attirer l’attention du public sur les qualités novatrices dont ils font preuve ainsi qu’aux nouvelles technologies pouvant être employées sur des prochains modèles de série. Ils seront rapatriés aux Etats-Unis pour faire la tournée des salons et figurer dans des foires d’exposition. La malchanceuse sera la Chrysler Norseman qui, partie d’Italie, sombrera au large de l’île de Nantucket, dans les soutes du paquebot Andrea Doria, si proche de sa destination finale.

Chrysler Norseman
Dodge Firearrow III

Un de ces concept-cars les plus remarquables est la Dodge Firearrow III qui marquera l’histoire en juin 1954 en étant le premier prototype à briser un record de vitesse en s’illustrant sur l’ovale du centre d’essais de Chrysler à Chelsea dans le Michigan à 233 km/h. Derrière le volant était installée la célèbre aviatrice Betty Skelton qui n’avait pas renoncé à son élégance en pilotant en robe et talons hauts. Cet exploit très médiatisé avait fasciné un certain Eugene Casaroll qui avait été l’un des premiers à faire fortune dans le transport de voitures sur plateau par voie routière et qui était le propriétaire de Dual Motors Corporation, spécialisée dans la fourniture d’éléments mécaniques pour poids lourds. Cette voiture, il la désire à tel point qu’il en acquiert les droits d’exploitation du dessin.



Frank Sinatra est l'un des premiers à succomber à la Dual Ghia.

Dès 1955, un prototype est construit. Sous son capot, il reçoit une mécanique Chrysler avec un V8 5.2 l de 240 chevaux promettant 200 km/h.  Sa mise au point nécessite d’innombrables navettes entre Turin et Detroit et la voiture n’est présentée qu’au Salon de New York en 1957. Très élitiste, son tarif dépasse celui de la Cadillac Eldorado. Ce beau et luxueux cabriolet trouve rapidement des acquéreurs dans le show business et notamment près des italo-américains comme Frank Sinatra et Dean Martin. Ils en font admirablement sa promotion aux côtés des autres membres du Rat Pack, Sammy Davis Jr, Eddie Fisher et Peter Lawford. Elle est également la monture de futurs présidents comme Richard Nixon et Ronald Reagan, acteur à l’époque de série B, qui selon une légende, l’aurait perdu lors d’une partie de poker avec Lyndon B. Johnson, le Président des Etats-Unis alors en fonction. 

 

Eugene Casaroll réussit à produire 117 unités de ce cabriolet et propose un sublime coupé au Salon de Paris 1960.  La L6,4 est encore plus puissante avec son V8 de 6.3 l développant 335 chevaux et une vitesse de pointe de 225 km/h. Elle nécessite 1500 heures de travail à Turin et 200 heures à Detroit.  Ses coûts de fabrication sont tellement élevées que répercutés sur son prix de vente, son tarif en devient exorbitant et dépasse une certaine réalité face à des voitures d’exception aux performances plus impressionnantes comme la Ferrari Superamerica. Aussi, seuls 26 exemplaires seront produits et pour Eugene Casaroll la fin d’un rêve qui aura tout de même duré 6 années. Il est évident que ces voitures, lorsqu’elles sont présentées aux enchères, conservent un tarif exclusif situé entre 140 et 180 000 €.

 

1957 Dual-Ghia Convertible - Crédit Photos : Gooding & Company

1957 Dual -Ghia - Photo : Gooding & Company