DeLorean DMC-12 (1981-1983)

 

Publié par Philippe Baron le 20 septembre 2015.

 

D’allure sensationnelle avec ses portes papillon et sa carrosserie en acier inoxydable,  la DeLorean DMC-12, née des fantasmes de John Z. DeLorean, n’a pas eu le succès commercial escompté pendant sa tumultueuse production de 1981 à 1983 mais a trouvé la gloire au cinéma, immortalisée dans la trilogie Retour vers le futur, en étant convertie en machine à voyager dans le temps.

 

 

Né en 1925 à Detroit aux Etats-Unis, d’un père immigrant alsacien employé de Ford, John Z. DeLorean est à moins de 30 ans le chef de bureau de Packard. L’ingénieur se retrouve directeur général de Pontiac en 1965, puis de Chevrolet, et atteint le summum en 1972 avec le poste de vice-président de la General Motors. Mais en 1973, il quitte l’entreprise pour poursuivre son rêve et construire sa propre voiture.

 

 

DeLorean, qui s’intéresse aux nouveaux matériaux automobiles, établit une firme, la Composite Technology Corporation, pour les développer. Sous les directives de John Zachary DeLorean, le premier prototype de la DMC-12 est terminé en octobre 1976 par William T. Collins, ingénieur en chef et designer, ancien ingénieur en chef chez Pontiac. À l'origine, le moteur monté à l'arrière devait être un moteur à piston rotatif (type Wankel). Le premier prototype est équipé d'un 4-cylindres Citroën, mais la solution retenue se porte finalement sur un moteur PRV V6 2.8 litres de 130 ch, à injection, en raison de l'arrêt de la production du Wankel par Comotor. De plus le PRV est déjà certifié aux normes anti-pollution aux États-Unis.

 

 

Le concept initial s'appelle DSV, pour DeLorean Safety Vehicle, une auto dotée de tous les organes de sécurité actuels (pare-chocs et châssis à déformation, airbags, protections du passager, freinage). John DeLorean souhaite créer ainsi la voiture « éthique », axée sur la sécurité et l'environnement, dont les matériaux choisis seraient un gage de longévité. Ce dernier point est en rupture avec le principe des grands constructeurs de l'époque, dont l'objectif était de vendre un véhicule neuf tous les cinq ans.

 

1976 DSV Prototype & John DeLorean

 

William Collins et John DeLorean envisagent un châssis fondé sur une nouvelle technologie connue sous le nom d’ERM (Elastic Reservoir Moulding), qui contribuerait à réduire le poids ainsi que les coûts de fabrication. Cependant, cette technologie, dont DeLorean a acquis les droits d'utilisation, se révèle inadaptée pour une production de masse. Ces problèmes, ainsi que d'autres modifications d'envergure apportées au concept original engendrent une pression considérable sur les délais de mise au point. Le véhicule doit être presque entièrement reconçu, le travail étant confié à Colin Chapman, fondateur et dirigeant de Lotus. Chapman remplace la plupart des matériaux douteux et impose des techniques de fabrication utilisées chez Lotus : la DMC-12 se voit dotée de la suspension et du châssis utilisés sur la Lotus Esprit. Cependant, les caractéristiques essentielles voulues par DeLorean sont conservées : la ligne, signée Giorgetto Giugiaro, les portes papillon et la carrosserie en acier inoxydable.

 

 

La DMC-12 est en avance sur son temps grâce à des caractéristiques avant-gardistes : matériaux durables, pare-chocs à absorption et châssis déformable, quatre freins à disque, injection, climatisation, rétroviseurs et vitres électriques, condamnation centralisée, jantes alliage, système audio. Ces équipements font de la DMC-12 une auto parfaitement à l'aise dans le XXIe siècle, fiable et actuelle. La tenue de route, le confort et la maniabilité sont toujours appréciables.

 

 

Le premier prototype est créé en mars 1976. La DMC-12 est construite dans l'usine de Dunmurry, située en Irlande du Nord, dans la banlieue de Belfast, grâce à des fonds attribués principalement par le gouvernement britannique de Margaret Thatcher qui souhaite endiguer les conflits virulents de l'époque en y apportant 2 500 emplois. La construction de l'usine débute en octobre 1978 et la production des DMC-12, prévue en 1979, ne peut commencer que la 21 janvier 1981, après une inauguration marquée par les manifestations de l’IRA. L’usine dut être fermée à plusieurs reprises pour des raisons de sécurité.

 

 

À l'époque, le taux de chômage est extrêmement élevé dans la région et il est très facile de trouver la main d'œuvre nécessaire. L'entreprise emploie des catholiques comme des protestants, avec des salaires intéressants, et le meilleur matériel disponible. Cependant, les employés sont, pour la plupart, inexpérimentés et la qualité de fabrication laisse à désirer, à tel point que les premiers modèles expédiés aux États-Unis doivent être partiellement démontés puis réassemblés dans des quality centers ou QAC, humoristiquement appelés « Quack ». La plupart des problèmes de qualité sont résolus dès 1982, date à partir de laquelle les DMC-12 sont vendues avec une garantie de cinq ans ou 80 000 km. Au cours de sa production, plusieurs caractéristiques de la DeLorean sont modifiées, telles que le capot, les roues et l'intérieur.

 

 

Fin 1982, la DeLorean Motor Company fait faillite et cesse toute activité à la suite de l'arrestation de John DeLorean, en octobre. Convaincu de trafic de cocaïne et emprisonné à Terminal Highlands, DeLorean est ensuite inculpé pour détournement de fonds. Son procès très médiatisé se déroule en 1984. Il est blanchi de la première inculpation, les hommes du Narcortic Bureau du FBI lui ayant tendu un piège. Quelques mois plus tard, il sera également lavé des derniers soupçons.

 

Photos : http://galerie.deloreanclub.de/

 

Une centaine de DMC-12, partiellement assemblées, sont terminées par la société Consolidated International, d'où la présence de modèles neufs sur le marché jusqu'en 1983. La DMC-12 aura été produite finalement à 8 583 exemplaires. En 1985, la DeLorean DMC-12 est popularisée dans la trilogie Retour vers le futur, où elle sert à voyager dans le temps. Dans le premier film, le Dr Emmett Brown (interprété par Christopher Lloyd), inventeur de la machine, indique avoir choisi la DeLorean pour sa carrosserie en acier inoxydable, mais également pour sa beauté. Selon ses dires : « Quitte à voyager dans le temps au volant d'une voiture, autant en prendre une qui ait de la gueule ! »

 

Les héros de Back to the Future : Christopher Lloyd et Michael J. Fox