Delaunay-Belleville O-6 Torpédo Rothschild (1912-1916)

1913 Delaunay-Belleville O6 8 Litre Rothschild & Fils Torpédo

 

Publié par Philippe Baron le 30 avril 2016.

 

En 1904, la firme Delaunay-Belleville des deux frères, Pierre et Robert Delaunay-Belleville, jusqu’alors réputée pour ses locomotives et ses chaudières pour bateaux, se lance dans la construction automobile pour construire des véhicules très haut de gamme. La première voiture, présentée lors du Salon de Paris 1904, est réalisée par Marius Barbarou qui avait travaillé pour Benz et qui, plus tard allait devenir l'ingénieur de Lorraine-Dietrich. 

 

 

Delaunay-Belleville est considérée comme la marque automobile française la plus prestigieuse du début du siècle, capable de rivaliser avec Rolls-Royce. Les voitures au radiateur rond se démarquent par leur réalisation extrêmement soignée, l'absence de vibration du moteur et leur impressionnant silence de fonctionnement. En 1905, trois modèles 4 cylindres sont proposés, de 16, 24 et 40 CV. Ces voitures ont des cylindres coulés séparément, un moteur en T, un graissage sous pression, une boîte 4 vitesses et un entraînement par chaîne. En 1907 la gamme se complète avec deux nouveaux 6 cylindres, de 15 et 40 CV puis en 1908  évolue allant jusqu’à 70 CV.

 

L'usine de Saint-Denis

 

Le constructeur de Saint-Denis avait pour client le Tsar Nicolas II, qui possédait plusieurs Delaunay, dont le 6-cylindres de 70 HP à transmission par chaîne, connue sous le nom de modèle SMT (Sa Majesté le Tsar de Russie). Dans la rubrique fait divers, l'anarchiste Jules Bonnot réalisa en 1911, avec ses complices, la fameuse bande à Bonnot, son premier braquage de banque au volant d'une Delaunay-Belleville. Ce qui constitua à l’époque le premier acte criminel au volant d'une automobile.

 

1924 Delaunay-Belleville Torpedo

 

A partir des années 1920, la marque ne va cesser de décliner et de perdre son prestige au profit de Rolls-Royce et d'Hispano-Suiza. Dans les années 1930, la firme perd son individualité avec des voitures de série qui sont en fait des répliques de la Mercedes-Benz 13-CV 230. Cette RI-6 possédait quatre roues à suspensions indépendantes, et fut produite jusqu'en 1948, date à laquelle, ironie du sort, l'usine, d’où étaient sorties les plus monumentales automobiles de luxe de la Belle-Epoque, fut cédée à De Rovin pour la construction de ses populaires voiturettes.

 

 

La Delaunay-Belleville O-6 Torpédo qui illustre cet article est restée dans la famille Michelin depuis 1918. Ce double phaéton était destiné au Tsar Nicolas II qui l’avait commandé mais le déclenchement de la guerre en août 1914 fera qu’il ne lui sera jamais livré. La puissante torpédo restera à l’usine jusqu’à ce que Edouard Daubrée, membre de la famille des cofondateurs d'une modeste fabrique de caoutchouc de Clermont-Ferrand " Michelin et Cie ", s’en porte acquéreur. Au décès prématuré de son fils de douze ans,  Edouard Daubrée en fera cadeau à son neveu Pierre de Laurière à qui il avait reporté toute son affection. La Delaunay-Belleville, représentant l’apogée de l’automobile française de l’époque, a conservé sa carrosserie torpédo d'origine signée J. Rothschild & Fils, elle est revêtue de partinium (alliage d'aluminium et de tungstène), une spécialité de cette très ancienne entreprise de carrosserie hippomobile.

 

 

La Delaunay-Belleville O-6 est propulsée par un 6-cylindres à culasse détachable et soupapes en tête commandées par culbuteurs. Ce moteur de 7 990 cm3 à 1 500 tr/min développe environ 100 ch réels et 29 cv fiscaux. Elle peut atteindre 115 km/h. A noter que les roues arrière sont jumelées pour réduire l'usure des pneus. Cette torpédo Delaunay-Belleville est le plus puissant modèle jamais construit par la marque et constitue un sommet de la fabrication automobile d’avant la première guerre mondiale. Elle a été produite à 55 exemplaires de 1912 à 1916 grâce aux commandes de l'état-major au cours de la Première Guerre mondiale. Proposée à la vente aux enchères d’Artcurial le 3 février 2012, la Delaunay-Belleville qui constituait l’un des clous de la vente, a été vendue pour 471.760 €.