Citroën SM (1970-1975)

 

Publié par stubs-auto le 14 août 2012.

 

Véritable condensé de haute technologie au service d’une voiture de série, la Citroën SM fait la vedette au Salon de Paris d’octobre 1970. Avec sa vitesse de pointe qui dépasse les 220 km/h, elle est la voiture française la plus rapide et pour cause, elle est le fruit d’une collaboration des ingénieurs de Citroën avec ceux de Maserati, orfèvre en matière de moteur de caractère. La SM était tout de suite à goûter sans modération avant que la conjoncture économique ne lui soit moins favorable.

 

 

La SM est présentée comme une véritable GT à la française au Salon de Genève en mars 1970 puis au Salon de Paris en octobre de la même année. Elle bénéficie des récentes technologies éprouvées sur les dernières DS mais suite à la participation majoritaire de Citroën dans la firme Maserati, elle reçoit le performant V6 du constructeur italien. Ce bloc V6 2.7 a été mis au point à partir du V8 de 4.2 l qui équipait la Maserati Indy.

 

Les lignes aérodynamiques de la SM ont été dessinées au centre de style de Velizy par l’équipe dirigée par Robert Opron. Elles inspirent vitesse et puissance. Des recherches très poussées ont été entreprises pour arriver à un Cx de 0.36, soit inférieur de 25 % à celui de la DS. La caisse en acier est autoporteuse et le capot est en aluminium pour réduire le poids qui est de 1 450 kg à vide avec le réservoir plein.

 

La SM (comme projet S Maserati) offre une large surface vitrée pour le conducteur et ses passagers. Malgré sa longueur de 4.89 m, la SM est plus une 2+2 qu’une vraie 4 places bien que la banquette arrière soit confortable et facile d’accès. Le conducteur, derrière un volant monobranche, cher à Citroën, a droit à des sièges ergonomiques qu’il pourra régler aisément selon sa morphologie. L’équipement de la planche de bord est de haut niveau avec des cadrans ovoïdes très esthétiques. Le coffre à hayon de 486 dm3 est malheureusement encombré par la roue de secours placée sous une housse. Le décrochement arrière sur le hayon a été fait pour recevoir les plaques minéralogiques suisses et italiennes.

 

La fiche technique de la SM est impressionnante d’innovations et de hautes technologies embarquées. La SM est la première voiture en Europe avec réglage en hauteur et en profondeur du volant et la première voiture avec pare-brise collé. La direction assistée à rappel asservi (DIRAVI) remet automatiquement les roues vers la position de ligne droite, même à l’arrêt. Ce dispositif, imaginé par l’ingénieur Paul Magès, déjà concepteur de la suspension oléopneumatique de la DS, était révolutionnaire en 1970. La force de rappel en ligne droite est asservie à la vitesse et donne l'impression pour les petits angles de braquage que l'assistance diminue. Cette force de rappel asservie permet en outre de conserver un rappel normal, même sur sol à très faible adhérence. La direction de la SM est très directe : deux tours de volant de butée à butée. Ceci permet de la contrôler sur route avec des gestes de faible amplitude. L'assistance compense la faible démultiplication. Mais ces deux particularités (faible démultiplication, forte assistance) en feraient une voiture difficile à conduire en ligne droite à vitesse élevée. C'est pour cette raison qu'a été inventé le rappel asservi. Une autre des particularités de la Diravi est d’être irréversible : le mouvement ne peut être transmis que dans un seul sens, du volant vers les roues, ce qui apporte un gain à la fois en confort (non transmission des chocs) et en sécurité (pas de mouvement du volant dû aux déformations du sol).

 

La SM est équipée de deux rampes de trois phares sous verre sécurit. Dans les virages, les phares directionnels ont la particularité de suivre le regard du conducteur. Les optiques possèdent également un correcteur d’assiette automatique. La hauteur des projecteurs se règle en effet en continu en fonction du débattement de la suspension arrière de façon à avoir un faisceau lumineux toujours parallèle à la route (aujourd'hui cet équipement est électronique et non plus hydraulique sur les C5 II et C6).

 

Le poids des roues (poids non suspendu) est allégé grâce aux freins montés en sortie de la boîte de vitesses. Ce choix favorise la tenue de route. Les 4 freins à disques assistés ont deux circuits indépendants qui s’adaptent automatiquement à la charge de la voiture. La suspension est hydropneumatique comme sur toutes les grandes Citroën depuis 1954. Ce type de suspension fut tout d'abord inauguré sur les seules roues arrière de la Traction Avant 15H, puis fut étendu aux quatre roues avec la DS 19 dont le freinage, l'embrayage et la boîte de vitesses semi-automatique utilisent également l'hydraulique. Les chuintements caractéristiques de la suspension proviennent du conjoncteur-disjoncteur.

 

La tenue de route est assurée grâce à l'excellente répartition des masses (moteur central avant) et à une innovante géométrie exclusive des suspensions : axe de roulis au niveau du sol et déport nul des roues avant (la ligne joignant les pivots inférieurs et supérieurs de moyeux croise le milieu du centre de l'aire d'appui du pneu avec le sol). Le déport nul rend la direction quasi insensible aux inégalités de la route ou par exemple à une crevaison.

 

La SM est animée de 1970 à 1972 par un moteur V6 à 90° de 2 670 cm³ de cylindrée à trois carburateurs double corps Weber et d'une puissance de 170 ch DIN (au régime très raisonnable de 5 500 tr/min). Le couple est de 23,5 mkg à 4 000 tr/min. Cette mécanique à deux arbres à cames en tête par rangée de cylindres a été développée directement par l'ingénieur Giulio Alfieri de Maserati sous la direction du bureau d'étude de la rue du théâtre dans le quartier du Quai de Javel à Paris.Pour les modèles 1973 et jusqu'à la fin de la production, en réponse aux nouvelles normes anti-pollution, le moteur sera équipé de l'injection électronique Bosch D-Jetronic qui fera passer la puissance à 178 ch DIN à 5 500 tr/min (couple 23,7 mkg à 4 000 tr/min) tout en améliorant la souplesse mais sans abaisser la consommation.Pour 1974, une version à boîte automatique Borg Wagner à 3 rapports apparaît. La SM automatique dispose pour compenser la perte de puissance due au convertisseur d'un moteur à trois carburateurs double corps dont la cylindrée est portée à 2 965 cm³ développant 180 ch DIN à 5 720 tr/min (25 mkg de couple à 4 000 tr/min). Il est équipé d'un pot d'échappement à oxydation pour répondre aux normes anti-pollution. Quelques SM seront également exportées aux États-Unis et au Canada en version 3 litres avec une boîte de vitesses manuelle. Ce moteur 3 litres fut d’ailleurs poussé à 190 ch DIN pour équiper la Maserati Merak à partir de 1972.

 

Bien que sa consommation en carburant soit inférieure à la moyenne de la catégorie (15 l/100 à 160 km/h, 12 l/100 en moyenne sur route, mais 18 l en ville), la SM sera victime des deux chocs pétroliers de 1973 et 1975, des limitations de vitesse et surtout de l'incapacité du réseau Citroën à entretenir la mécanique délicate du moteur Maserati. Elle sera boudée des acheteurs français et étrangers, ce qui explique qu'elle ne sera produite qu'à 12 920 exemplaires entre 1970 et 1975. L'arrêt de la SM fut décidé sous la pression de la firme nouvellement propriétaire, Peugeot, qui du même coup stoppera le projet de la CX de haut de gamme à moteur Maserati.

 

Le marché d'exportation principal pour la SM était les États-Unis. Le marché pour les voitures de luxe était beaucoup plus important qu'en Europe bien que l'Allemagne ait été un gros client de la SM. La SM a été équipée pour les États-Unis de phares ronds car une loi de 1937 interdisait les phares mobiles et carénés. Très remarquée par sa conception unique, la SM gagnera le prix de la meilleure voiture de l'année 1972 délivré par le magazine Motor Trend, fait inconnu pour un véhicule étranger jusqu'alors. 

 

En dépit du succès initial, les ventes aux États-Unis cesseront soudainement car si Citroën s'attendait à une exemption pour 1974 du règlement concernant la hauteur des pare-chocs, imposée par la National Highway Traffic Safety Administration, cette exemption n'a finalement pas été accordée: la suspension variable en hauteur de la SM rendait la conformité impossible.

 

 

Au début des années 1970, Citroën construisit un prototype raccourci, élargi et rabaissé afin de tester différentes solutions techniques sur une traction avant dotée de motorisations très puissantes pouvant aller jusqu'à 380 ch avec le V6. Aujourd'hui, cet exemplaire unique fait partie des véhicules historiques appartenant au conservatoire Citroën. En 1971, l'équipage Deschazeaux/Plassard gagna le Rallye du Maroc avec une SM Groupe 4 et en 1987, une SM à turbo-compresseurs modifiée par Jerry Hathaway a atteint 325 km/h à Bonneville Salt Flats.

 

 

Quelques exemplaires furent carrossés par le célèbre carrossier Henri Chapron de Levallois-Perret (Hauts-de-Seine). Trois modèles ont existé : la SM Mylord : cabriolet sans arceau avec une capote en toile. Présentée au Salon de Paris 1971, la SM Mylord devait initialement être proposée par Citroën qui y a finalement renoncé. Il en sera produit 6 exemplaires. La SM Opéra : berline tricorps à 4 portes sur un empattement rallongé de 29 cm. Présentée au Salon de Paris 1972, la SM Opéra sera produite à 8 exemplaires. Il est à noter qu'une SM Opéra a atteint la somme de 194 500 € lors d'une vente aux enchères réalisée par Bonhams lors du salon Rétromobile en février 2009.

 

Le Président Georges Pompidou et la reine Elisabeth II d’Angleterre en 1972. La SM mesure 5.60 m et pèse 1 780 kg. Une transmission adaptée  permet de rouler au pas. Grâce à son empattement allongé et au décalage des sièges avant vers l’extérieur, un strapontin a pu être installé pour accueillir un interprète.

La SM présidentielle : découvrable basée sur la SM Opéra au porte-à-faux arrière rallongé. Les deux plus célèbres SM (immatriculées 2 PR 75 et 3 PR 75) ont été commandées en 1971 par le président Georges Pompidou pour les utiliser comme voitures officielles de l’Élysée. Elles furent livrées en 1972 et inaugurées à l'occasion d'une visite officielle de la Reine d'Angleterre. Elles ont servi la République jusqu'en 2007 mais sont toujours la propriété de l'Etat français.A noter également une SM Tissier conçue par Pierre Tissier, grand spécialiste des Citroën rallongées. Cette SM est équipée d'un plateau porte-voiture et possède cinq essieux, dont quatre à l'arrière. 

 

Le Président François Mitterand et la reine Elisabeth II d'Angleterre

Après la faillite de Citroën en 1974, Peugeot vendra Maserati à De Tomaso en mai 1975. Il n'y aura alors plus aucune possibilité de produire la SM. 12 920 voitures auront été produites de 1970 à 1975 : (1970 : 868) (1971 : 4 988) (1972 : 4 036) (1973 : 2 619)  (1974 : 294) (1975 : 115).  5509 vendues en France, 2070 en Italie, 2037 aux USA,  971 en Allemagne, 396 au Canada, 327 en Grande-Bretagne, 134 au Japon et 1476 pour les autres pays.

 

La SM et ses célèbres acquéreurs :

 

L'empereur et icône religieuse Haile Selassie Ier d'Éthiopie a eu une SM alors que l'Ougandais Idi Amin Dada en possédait sept. Le Shah d'Iran a également beaucoup roulé en SM. Les acteurs américains, Burt Reynolds, Dinah Shore, Lee Majors et Lorne Greene, le secrétaire général du Parti Communiste d'URSS Léonid Brejnev, le compositeur John Williams, le footballeur Johan Cruyff, le journaliste Bernard Pivot, le critique gastronomique Pascal Remy et les comiques américains Cheech Marin et Thomas Chong étaient propriétaires de SM. Fernand Raynaud s'est tué en Rolls deux jours après que sa SM fut volée. Le sympathique animateur vedette de NBC Jay Leno, grand collectionneur de véhicules, en possède une. François de Grossouvre, l'ami de François Mitterrand en a possédé une dans les années 70, avec laquelle il a fait de nombreux trajets avec le futur président.

 

SM Club de France

Le SM Club de France, association régie par la loi de 1901, existe depuis le 9 octobre 1983. Il rassemble plus de 700 membres actifs, possesseurs de SM et des membres 'sympathisants' non-possesseurs de SM, tous désireux de resserrer des liens entre amateurs de ce véhicule.

Site : www.smclubdefrance.org

SM Club de France : BP 19129 SOA. 95074 Cergy-Pontoise Cedex.

Tel : 01 39 82 28 83

clubsmfr@wanadoo.fr

1973 Escadron d'autoroute à Roye (80) : nouvelle voiture SM

La gendarmerie d'autoroute de Roye s'est dotée sur autoroute de brigades rapides d'intervention. Au volant de SM Maserati à plus de 200 km/h, les gendarmes font la chasse aux contrevenants. Le chef de la brigade présente son parc de véhicules Maserati, Alpine, DS électronique.Interview sur la formation des conducteurs de ces véhicules et sur l'utilité de ces véhicules.

1971 Citroën SM Espace Henri Heuliez