Citroën Méhari (1968-1987)

Photo : azu250

 

Publié par Philippe Baron le 7 août 2016.

 

Le projet de la Méhari en 1966 revient à l’industriel français en plasturgie, le comte Roland de la Poype, certainement influencé par le phénomène créé par la Dune Buggy en Californie. Sa société SEAB (Société d’Exploitation et d’Application des Brevets) spécialisée dans le thermoformage des plastiques travaillait déjà à l’époque pour Citroën en tant que sous-traitant. SEAB réalisait les tableaux de bord des DS et les ailes arrière des Ami 6 Break Service.

 

 

En 1967, Roland Paulze d'Ivoy de la Poype, l’un des plus fameux et héroïques pilotes de chasse français de la Seconde Guerre mondiale, se rapproche du jeune styliste Jean-Louis Barrault pour réaliser le design d’un véhicule polyvalent, tous chemins, accessible au plus grand nombre. Il doit s’adapter sur une base existante sur laquelle sera installée une carrosserie d’un seul bloc, utilisant un matériau de type nouveau l’ABS (Acrylonitrile Butadiène Styrène), fixée sur une structure tubulaire interne. Jean Darpin doit en assurer le montage.

 

 

Une carrosserie en plastique ABS (Acrylonitrile Butadiène Styrène) nécessite quelques conseils d’entretien. Ainsi, toutes les Méhari sont livrées avec un autocollant, signé SEAB, collé sur le tableau de bord. La notice indique ce qu'il faut faire ou ne pas faire car ce plastique utilisé également pour les jouets Lego est complètement révolutionnaire à l'époque. Encore de nos jours, le plastique ABS est utilisé pour les carrosseries de voitures sans permis.

 

Photo : Robert Ogilvie

 

Le châssis plate-forme de la Citroën Dyane, raccourci de 22 cm, est finalement retenu après un premier prototype non concluant réalisé sur une base de Renault 4. La Méhari, voiture pour les loisirs et le plein air, est équipée du moteur bicylindre refroidi par air de 602 cm3 et 28.5 ch SAE de la Citroën Ami 6. Les pièces mécaniques proviennent pour l'essentiel d'autres modèles de la marque au double chevron : plate- forme de Dyane avec suspension à ressorts latéral, bras et batteurs à inertie puis avec amortisseurs latéral, moteur d'Ami 6, volant de 2 CV, roues, phares, essuie-glaces, frein à main de Dyane, feux arrière de fourgon cube HY. 

 

 

A l’automne 1967, le premier prototype est montré aux techniciens de Citroën dans les locaux de la S.E.A.B., avant son envoi au Quai de Javel pour y être présenté à la Direction Générale de Citroën. Après avoir fait très bonne impression, le projet final est validé par Pierre Bercot, alors Président de Citroën sous le nom de Dyane 6 Méhari. Roland de la Poype avait imaginé le nom de donkey (âne) mais le nom de "Méhari", qui est celui d’une race de dromadaires domestiques dressés pour les courses par les Touaregs, est finalement choisi car il symbolise tout à la fois l’aspect utilitaire et ludique de la voiture, sa sobriété et son endurance.

 

 

La présentation officielle de la Méhari à la presse automobile a lieu en grande pompe le 16 mai 1968 au golf de Deauville mais les événements qui occupent la France en ce mois de mai 68 perturbent le calendrier prévu. Les voitures de présérie sont acheminées vers Deauville à la dernière minute, avec leur peinture à peine sèche. Jacques Wolgensinger, directeur des relations publiques et de la communication de Citroën, organise cette journée comme un grand show médiatique avec une vingtaine de mannequins de l’agence Catherine Harlé qui défilent sur la pelouse du terrain de golf, à bord de voitures aux teintes différentes, présentant une utilisation originale de la Méhari. 

 

1981 Citroën Méhari : Photo : Fred Bigio
Photo : James Walshe
Photo : Marc Caraveo
En 1970, la Méhari vendue aux Etats-Unis voit sa face avant modifiée pour recevoir des projecteurs de grandes dimensions selon la réglementation américaine.

 

Lors de la commercialisation, au 55ème Salon de Paris en octobre 1968, la puissance du moteur est portée à 33 chevaux, tant pour la Dyane que pour la Méhari. Trois couleurs sont proposées : le rouge Hopi, le beige Kalahari et le vert Montana. Une seule version de carrosserie est disponible : la 4 places, dont la banquette arrière possède un dossier amovible pouvant se rabattre pour former un plancher de chargement bien plat d’une superficie de 1,6 m2 permettant une charge utile de 400 kg, pour un poids à vide de 525 kg.

 

 

Dès 1970, une version strictement deux places est inscrite au catalogue pour permettre aux acheteurs de bénéficier du régime fiscal propre aux utilitaires. L’orange Kirghiz est proposé en complément des 3 teintes disponibles au catalogue. Le poids à vide passe à 555 kg. Le modèle ‘Armée’ apparaît en 1972 et représentera environ 8 % de la production totale.

 

 

Viennent ensuite des améliorations régulières pour adapter le modèle aux nouveautés automobiles. Au mois de juillet 1977, la Méhari, qui jusqu’alors était considérée comme véhicule utilitaire et avait à ce titre échappé aux ceintures de sécurité, se voit rattrapée par la réglementation et dotée de ceintures ventrales aux places avant. En 1978, l’esthétique de la face avant est revue avec une grille de calandre démontable, découpée dans la face avant pour un accès plus aisé au boîtier d’allumage. Le capot prend de l’embonpoint pour laisser de la place au nouveau filtre à air d’origine LN qui coiffe le carburateur double corps de même provenance, ce qui fait passer la puissance de 28 à 33 chevaux. Du coup, les chevrons du capot passent de la position horizontale à la position verticale.

 

Méhari 4x4

 

Au mois de mai 1979, Citroën présente la Méhari en version 4x4. Il s’agit, cette fois, d’une vraie traction intégrale, contrairement à la 2 CV Sahara qui est équipée de deux moteurs indépendants. Avec une capacité de franchissement des pentes de 75%, ce véhicule fait les preuves de son efficacité. Il ne sera fabriquée qu’à 1213 exemplaires jusqu’en juin 1983. 

 

 

1987 marque l’ultime millésime de la Méhari. L’usine portugaise de Mangualde, dernier site de production, arrête définitivement les chaînes au mois de juillet 1987, après 143 740 exemplaires en 4x2 et 1 213 exemplaires en 4x4. La simplicité de la mécanique, la robustesse des matériaux, l’absence de corrosion sur les parties plastiques ainsi que la facilité d’approvisionnement en pièces détachées font qu’elle est toujours très recherchée des amateurs.

 

Méhari 4x4
Photo : Jeito Innovations
Photos : azu250
Photo : Lucas Janin