Citroën Ami 6 (1961-1969)

1961 Citroën Ami 6 - Photos : Retrolegends.nl

 

Publié par Philippe Baron le 29 septembre 2014.

 

Lors de sa commercialisation en 1961, l’Ami 6 ne laisse personne indifférent. Dans la gamme Citroën, elle vient s’interposer entre la populaire 2 CV et la bourgeoise DS. Appelée populairement la « 3 CV », l’Ami 6, malgré son stylisme tourmenté et controversé, est un best-seller des années 60, qui réussit à ravir à la Renault 4 pour une année le titre de la voiture la plus vendue en France en 1966.

 

 

Pour cette berline économique construite sur la base de la 2 CV, le patron Citroën de l'époque, Pierre Bercot, ne voulait pas d'une ligne utilitaire. Il demandait une voiture à trois volumes avec une habitabilité maximale et un grand coffre dans moins de quatre mètres. Or dans une 2 CV, la descente de toit est telle que la lunette arrière oblige les passagers à pencher la tête en avant pour prendre place. Flaminio Bertoni, créateur des Traction Avant, 2 CV et DS, trouve une solution : il propose d'inverser la pente de la lunette pour offrir aux passagers plus de confort. La lunette arrière inversée, aussi présente sur la Lincoln Continental Mark III de 1958 et la Ford Anglia anglaise de 1959, entraîne un profil en Z plutôt controversé. Cependant, elle permet l'accès facile à l'imposante malle arrière. 

 

 

Avant-gardiste, l’Ami 6 se distingue par des grands phares rectangulaires. Ces projecteurs mis au point par Cibié sont nouveaux. Ils remplacent les optiques rondes à miroir parabolique montées sur tous les modèles des autres marques. L'emboutissage d'un miroir plus profond, qui permet le renvoi d'un faisceau lumineux avec un flux réfléchi plus dense, nécessite l'augmentation du diamètre. Le phare rectangulaire étant tronqué en haut et en bas, la troncature diminue le rendement qui est compensée par un jeu de trois réflecteurs. Ainsi, avec les mêmes lampes, l'intensité lumineuse est annoncée deux fois supérieure à celle d'un projecteur classique.

 

1964 Citroen Ami - Photo : Artcurial
Photo : amiclubdefrance.net

 

En avril 1961, l'Ami 6 récupère les meilleurs atouts des deux autres véhicules proposés dans la gamme Citroën : la robustesse et la rusticité de la 2 CV (châssis et mécanique) ainsi que la finition inspirée de la DS (sièges moelleux, volant monobranche, poignées de porte et commandes). La carrosserie est entièrement assemblée par boulons. Le toit, d'abord en fibres de verre puis en matière synthétique, est riveté sur la caisse. Les vitres avant sont coulissantes, celles des portes arrière sont fixes pour le premier millésime avant correction sur le suivant. Les confortables banquettes sont fixes. 

 

 

La suspension de l'Ami 6 reprend le principe inauguré par la 2 CV, avec des ressorts horizontaux latéraux comprimés grâce à un système de liaison aux roues par tirants. L'amortissement est assuré par 4 frotteurs. Les quatre roues travaillent indépendamment. Un batteur à inertie (ou stabilisateurs à masse) est présent sur chaque roue et un système d'interaction élastique entre la suspension avant et arrière complète le système. En juin 1963, les frotteurs sont remplacés par 4 amortisseurs hydrauliques télescopiques qui ne nécessitent plus de réglages périodiques. Ce système à quadruple effet (ressorts, amortisseurs, batteurs et interaction élastique avant/arrière) atteint un niveau de suspension particulièrement performant qui sera complété sur l'Ami 8 par l'ajout d'une barre antidévers avant limitant l'effet de roulis dans les courbes.

 

 

Fabriquée dans l'usine de Rennes-la-Janais (Ille-et-Vilaine) nouvellement créée et à Forest en Belgique, l’Ami 6 ne pouvait bénéficier du moteur bicylindre 425 cm³ de la 2 CV, ce dernier n'étant pas assez puissant pour la carrosserie envisagée. La cylindrée est donc augmentée tout en conservant le bas moteur. Elle est établie à 602 cm³ pour rester dans la limite administrative des 3 CV fiscaux (ou 610 cm³). La puissance est d’abord de 22 ch SAE (en 1961), de 26 ch (modèles 1964) pour une vitesse de 110 km/h, puis de 28 ch (modèles 1968) pour une vitesse de 112 km/h. Les derniers modèles disposeront d'un moteur de 35 ch SAE (32 ch DIN), avec un taux de compression augmenté, un arbre à cames spécifique et un carburateur double-corps alimenté en air pulsé. Avec cette nouvelle configuration, l’Ami 6 atteint la vitesse de 123 km/h.

 

Ami 6 1968 - Photos : Jean-Charles Huvelle

 

Du fait de sa base 2 CV, on retrouve l'ensemble des caractéristiques de son ainée. Les freins sont à tambour sur les quatre roues (diamètre plus grand à l'avant : 220 mm) avec ailettes. La boîte de vitesses est à 4 rapports tous synchronisés. La transmission aux roues se fait par joints de cardans doubles donc homocinétiques. Les freins accolés à la boîte de vitesses présentent le défaut de ne plus assurer le freinage en cas de casse du cardan, ce qui eut lieu souvent sur les premiers exemplaires. Détail amusant : sur l'Ami 6, comme l'Ami 8 qui suivra, le frein à main manquant d'efficacité, la voiture est livrée avec une cale en bois de hêtre, pour bloquer le véhicule lors des stationnements en côte et lors d'un changement de roue.

 

 

L’Ami  6, bien que voiture familiale, est aussi présentée sur les documents publicitaires comme la deuxième voiture idéale pour Madame. Yvonne de Gaulle, alors première dame de France, avait d’ailleurs adoptée une Ami 6 pour ses déplacements personnels. Le nom Ami serait né de l'association de l'appellation AM, suite du projet M, du chiffre 6 correspondant à sa cylindrée et de la proximité avec le mot Amici (amitié en italien, langue natale de Flaminio Bertoni). En réalité, selon les archives Citroën, le I a été ajouté à l'appellation AM pour Automobile de MIlieu de gamme. 

 

 

En novembre 1964, la gamme s'étoffe d'un break qui dépasse rapidement les chiffres de production de la berline. L'explication vient autant de sa ligne plus conventionnelle que de son adaptation au milieu rural. Le break possède une aérodynamique meilleure que la berline, dont la lunette inversée crée un vortex. Grâce à la nouvelle carrosserie, l'Ami 6 break est selon le slogan de l'époque « le kilomètre confort le moins cher du monde ». Le break aidera l'Ami 6 à devenir la voiture la plus vendue en France en 1966. 

 

 

À partir de juin 1966 pour la berline et septembre 1966 pour le break, l'équipement électrique passe en 12 volts au lieu de 6 auparavant, la dynamo fait place à un alternateur. À cette occasion, le tableau de bord change de teinte, il devient partiellement noir et le voyant rouge de charge disparait. À l'extérieur, les modèles 1967 se reconnaissent par la calandre à barrettes horizontales et la grille d'aération striée de petites barrettes chromées. Début 1968, les feux arrière sont redessinés et regroupés sur un bloc de forme trapézoïdale qui sera adapté sur les 2 CV en 1970 jusqu'à la fin de production.

 

1963 Citroën Ami 6 - Photos : Artcurial

 

En mai 1968, à l'occasion d'un changement de moteur (c'est celui qui équipera la future Ami 8) un monogramme Ami 6 en laiton doré apposé sur le rebord de la malle identifie le modèle alors qu'aucun double chevron ne vient confirmer la marque. Toujours en 1968, la gamme est complétée par la version Club (d'abord sur le break puis sur la berline) qui se distingue par ses quatre phares ronds, ses baguette latérales, ses enjoliveurs « gala » et par une finition intérieure plus raffinée et élégante, en particulier dans la teinte Vert Charmille.

 

Ami 6 Club (produite entre octobre 1968 et mars 1969) - Photo : autocadre.com

 

Toutes versions confondues, 1 148 242 Ami 6 furent construites, avec un total de 483 986 berlines et 664 256 breaks. Pendant l’été 1969,  l’Ami s’efface au profit de la nouvelle Ami 8.