Chevrolet Corvair (1960-1969)

1964 Chevrolet Corvair Convertible Monza - Photos : Philippe Baron

 

Publié par Philippe Baron le 27 juin 2016.

 

La Chevrolet Corvair, bien que « hors de l’ordinaire » par son allure et sa conception, est l’une des représentantes les plus significatives des compactes que les constructeurs américains se sont empressés de produire au début des années soixante pour réagir contre l’invasion dangereuse des petites voitures européennes. Ces véhicules à dimensions réduites, selon le standard américain, s’offraient à des prix compétitifs et les slogans publicitaires vantaient avant tout leur économie d’exploitation. Grâce à des modèles comme la Corvair, la bataille sera vite gagnée et les importations ramenées à un pourcentage de la production qui laissera les constructeurs sans inquiétude.



 

Durant toute la seconde moitié des années cinquante, l’évolution du nombre de voitures européennes importées commencent à alerter les constructeurs américains qui ne proposent que des modèles démesurés, gourmands et peu pratiques au quotidien. Cette nouvelle niche commerciale attire une clientèle jeune, des ménages à revenus moyens et ceux susceptibles de se laisser convaincre d’une deuxième voiture au foyer. Pour preuve, la VW Coccinelle : 270 voitures importées en 1950 et plus de 120 000 en 1959. Volkswagen n’est pas le seul constructeur européen à s’infiltrer dans le marché intérieur des States, suivent aussi Renault, Fiat, Austin, Volvo…



 

AMC et Studebaker, tous deux constructeurs indépendants, seront les premiers à réagir en proposant des véhicules de tailles similaires aux exotiques voitures venues du vieux continent. Mais chez les grands constructeurs, c’est Chevrolet, le numéro 1 du marché du moment, qui va surprendre tout le monde en proposant une voiture totalement originale et en prenant le contre-pied des normes techniques alors en vigueur à Detroit.

 

 

Dévoilée le 2 octobre 1959, la Corvair se démarque tout de suite par une ligne nouvelle qui allait par la suite inspirer de nombreux constructeurs en Europe dont NSU, Fiat, Panhard, Sunbeam et Simca. Son style est du à Ed Cole du bureau de style de la General Motors dirigé par Bill Mitchell, le successeur de Harley J.Earl. La Corvair crée une petite révolution dans son pays en choisissant le « tout-à-l’arrière » et un système de refroidissement par air.  L’ « air », élément important de la conception de la voiture, se retrouve dans le nom de la voiture. Quant à « Corv » pour « Corvette », il évoque le passé sportif récent de Chevrolet, bien que « Corvair » fût également le nom d’un show-car, un fastback dérivé de la Corvette, qui fut présenté au Motorama de 1954.



1960 Chevrolet Corvair Deluxe 700 Sedan

 

Techniquement, l’étude de la Corvair fut confiée à l’ingénieur en chef Edward N. Cole, directeur général de Chevrolet depuis 1956, et futur président de la General Motors. En août 1957, Ned Nikles et Carl Renner sont chargés des lignes de la voiture, tandis que les ingénieurs A.E Kolbe et Robert P. Benzinger testent le fameux 6 cylindres à plat. La Corvair est dotée d’une suspension indépendante à chacune des roues. La carrosserie Unistrut tout acier, à châssis intégré, est signée Fisher. L’option prise du moteur arrière évite la présence de l’arbre de transmission et de son logement dans le plancher, laissant ainsi un habitacle spacieux. Deux versions sont proposées : la 500, modèle de base, avec un équipement très sommaire, et la 700 avec son intérieur coquet, plus confortable et mieux équipé.



1960 Chevrolet Corvair Deluxe 700
1963 Chevrolet Corvair Monza 900 Club Coupe

 

Le Turbo-Air 6 cylindres permet de réduire au minimum les dimensions de la Corvair. Sa longueur est de 4.57 m et sa largeur d’1.70 m. Construit en aluminium, le Turbo-Air 6 est conçu en vue d’une efficience maximum, grâce à ses cylindres opposés horizontalement, à ses soupapes en tête, à sa courte course. Refroidi à air par ventilateur centrifuge, le moteur n’utilise ni eau, ni antigel, ce qui élimine des frais d’entretien et le danger des radiateurs qui gèlent ou qui surchauffent. En équipement standard, le 2.3 l est de 81 ch et 95 ch en version supérieure qui redescendra lui-même en exécution de base dès le millésime 1963.



 

Fin 1960, le Coupé vient compléter la gamme et assurera la majorité des ventes. Il est rejoint au printemps 1962 par le cabriolet disponible uniquement en version Monza aux finitions supérieures. Très vite, il est surclassé par le package « Monza Spyder » au tableau de bord à cadrans ronds mais surtout motorisé par un turbo-compresseur entrainé par la pression des gaz d’échappement. Ainsi dopé, la puissance passe à 103 ch à 4 400 tr/mn.



1960 Chevrolet Corvair Deluxe 700 Club Coupe
1962 Chevrolet Corvair 700 Club Coupe
1963 Chevrolet Corvair Monza 900 Club Coupe
1964 Chevrolet Corvair Monza 900 Club Coupe
1964 Chevrolet Corvair Monza Spyder 600 Convertible

 

En septembre 1964, La Corvair connaît une évolution stylistique marquante avec sa carrosserie entièrement redessinée par le bureau de style de Bill Mitchell avec des vitres latérales courbes, un pavillon sans montant, des ailes arrière galbées et une poupe finement tronquée. La 500 reste le bas de gamme, la Monza en assure le milieu et le haut de gamme est représenté par la Corsa qui remplace la Spyder pour les coupés et cabriolets. La Corvair Corsa est proposée avec un moteur atmosphérique de 140 ch ou un moteur turbo désormais à 180 ch. Pour recevoir ce surcroit de puissance, l’essieu moteur de la première génération à bras oscillants est remplacé par des bras tirés et des ressorts hélicoïdaux.



1965 Chevrolet Corvair Monza Convertible - Photo : Teddy Pieper, Auctions America

 

Dès l’arrivée de la deuxième génération, les ventes sont relancées mais cela ne sera que de courte durée. La Corvair qui affiche un look sportif sans en avoir un moteur pour, ne peut rivaliser avec la nouvelle venue, la Ford Mustang aux plus fortes motorisations, que s’arrachent les baby-boomers désormais en âge de consommer. L’émergence du marché des pony-cars n’est cependant pas la seule raison du déclin des ventes de la Corvair.



1965 Chevrolet Corvair Corsa

 

En septembre 1965, est publié un véritable pamphlet sur le laxisme délibéré des constructeurs américains en matière de sécurité au profit d’un restylage périodique des carrosseries pour relancer les ventes. Dans cet ouvrage « Unsafe at any speed », la cible est la Chevrolet Corvair qui, d’après l’auteur, Ralph Nader qui n'a jamais passé son permis de conduire, se place au sommet des charts de « la voiture la plus dangereuse du pays ». En accusation étaient mis les trains roulants de la première génération dont le comportement selon le profil de la route pouvait s’avérer incertain. Bien que le problème fût corrigé par les ingénieurs pour le millésime 1965, la réputation de la Corvair était trop entachée pour rassurer et reconquérir la clientèle. Ainsi la production de 235 000 exemplaires en 1965 chuta à 103 700 en 1966.



1967 Chevrolet Corvair Monza Hardtop Coupe
1969 Chevrolet Corvair 500

 

Si la Corvair dans son pays était destinée à concurrencer la VW Beetle, en France, elle réussira à convaincre quelques milliers d’amateurs malgré son prix élevé sur le marché en raison des taxes d’importation. En 1962, le prix d’une Peugeot 404 était de 9 550 F, la Citroën DS : 13 365 F, la VW Karmann-Ghia cabriolet  14 000 F et la Corvair Monza à 21 955 F soit le même prix qu’une Mercedes 220 et un peu moins chère qu’une Porsche 1600 Coupé à 23 550 F ou une Jaguar MKII à 25 400 F ! En 1961, Chevrolet proposa une version utilitaire de la Corvair, bien sympathique et de conception ingénieuse, la fourgonnette Greenbrier, qui n’était pas sans rappeler le VW Combi. La gamme se complétait aussi d’un pick-up Rampside et d’un utilitaire tôlé Corvair 95.

 

1964 Chevrolet Corvair Greenbriar Van - Photos : Auctions America
1961–64 Chevrolet Corvair 95 Rampside

 

Le 14 mai 1969, l’ultime Corvair quitte discrètement l’usine de Willow Run, Michigan. Le « moteur arrière » ne reviendra plus jamais chez GM. Malgré une fin de carrière mouvementée, la Chevrolet Corvair est l’une des réalisations américaines les plus marquantes du début des années 60. Elle s’est vendue tout de même à 1 650 000 exemplaires. 

 

Photo : Charlotte Motor Speedway
1962 Chevrolet Corvair Monza 900 Club Coupe
1962 Chevrolet Corvair Monza 900 Spyder

1963 Prototype Chevrolet Corvair par Bertone