Crosley (1949-1952)

1949 Crosley Hot Shot - Photos : Bonhams

 

Publié par Philippe Baron le 4 mars 2014.

 

Powel Crosley Junior, entrepreneur dynamique originaire de Cincinnati, fit rapidement fortune au début du siècle dernier avec ses inventions, l’autoradio et les réfrigérateurs avec étagères intégrées, mais aussi son activité industrielle d’appareillage électroménager et accessoires de cuisine. Pourtant, une idée lui trottait dans la tête depuis des lustres : une microvoiture. Un pari pas évident dans un pays apôtre de l’automobile flamboyante.


1947 Crosley

Powel Crosley Junior tente sa première aventure en 1907, sans grand succès. Il renouvelle l’expérience en 1911 avec une sorte de cyclecar, mais encore sans résultats probants. Heureusement, il a plus de chance dans ses activités d’entrepreneur et de vendeur. Il ne renonce pas pour autant à ses ambitions de construire une microvoiture accessible au plus grand nombre. En 1939, il commercialise donc une petite auto découverte, bâtie sur un empattement de 2.03 m, animée d’une mécanique refroidie par air développant 12 ch et capable d’atteindre 80 km/h. 4 757 exemplaires seront livrés avant l’entrée en guerre des Etats-Unis en 1942. Les commandes militaires du moteur stationnaire Cobra permettent à la Crosley Motors de sortir de la période du conflit en excellente santé financière. L’administration américaine, qui contingente à cette époque la production automobile, autorise la marque à construire 16 000 voitures entre juillet 1945 et mars 1946. Il faudra attendre août 1947 avant d’écouler ce stock important pour une si modeste entreprise. Si la nouvelle Crosley de 1947 conserve un empattement de 2.03 m, elle est désormais dotée d’un quatre-cylindres en ligne dit Cobra Four de 721 cm3 donnant 26.5 ch. Présentées au mois de novembre 1948, les Crosley millésime 1949 abandonnent le stylisme rondouillard et maladroit des années 1947-1948 en faveur de lignes davantage maitrisées. 


 

En juillet 1949, Crosley présente le type Hot Shot, une sympathique petite « deux places » aux tendances sportives assemblée sur un empattement de 2.16 m. Les optiques sont placées d’une façon proéminente de chaque côté du capot et préfigure celles de la sportive anglaise Austin Healey Sprite, commercialisée en 1958. Un large pare-brise d’une seule pièce protège le conducteur. Accentuant le côté ludique de la machine, la roue de secours est désormais couchée sur la partie arrière, la ceinture de caisse marque un mouvement en arrondi et il n’y a pas de portières (sauf sur la Super dès 1950), à la manière des roadsters britanniques. Comme l’alliage d’acier et de cuivre du bloc du 4-cylindres Cobra devient rapidement poreux, Powel Crosley propose un nouveau 4-cylindres de la même cylindrée (721 cm3), mais avec un bloc désormais en fonte. Baptisé Ciba, ce moteur commence à équiper les Crosley dès le mois de février 1949, et nombre de clients échangent l’ancien et fragile groupe Cobra Four en faveur de cette récente mécanique.


1948 Crosley Woody

 

Des versions Crosley Hot Shot Super Sport ont été préparées pour la compétition, pour les 6 et 12 Heures de Sebring (classée première à l'indice de performance des 12H de Sebring), pour les 24 Heures du Mans 1951. L’une d’elles gagne en 1951 le Grand Prix de Suisse et fait seconde au Grand Prix de Tokyo. Les Hot Shot Super Sport bénéficiaient d’une mécanique développant entre 60 et 70 ch à un régime étourdissant de 10 000 tr/mn, de quoi pouvoir dépasser le 160 km/h ! De 1949 à 1952, 1 746 exemplaires de la Hot Shot ont été produits et 750 de la Super Sport.


 

Après un ultime remaniement de carrosserie, les Crosley millésime 1952 sont annoncées. 2 075 bons de commandes seulement sont signés dans l’année. L’ultime Crosley passe les grilles de l’usine de Marion, dans l’Indiana, le 3 juillet 1952. Après cette date, la Crosley Motors fusionne avec la société californienne Aerojet Engineering Company, les deux entreprises étant des filiales du groupe General Tyre and Rubber Company.


1947 Crosley pickup - Photos : Matthew Litwin