Chrysler C 300 - 300 B (1955-1956)

 

Publié par Philippe Baron le 1 janvier 2015.

 

Sur la voie de la renaissance commerciale, Chrysler a besoin au milieu des années 50 d’une automobile de distinction, rare, élitiste et performante, capable d’attirer l’attention de la presse spécialisée et des consommateurs. La Chrysler C 300 de 1955 sera le premier de ces modèles de référence du groupe, destinés à une clientèle choisie, appréciant le subtil mélange des performances et d’un luxe discret.

 

 

La saison 1954 s’est avérée catastrophique pour Chrysler qui, à cause du stylisme conservateur de ses modèles et malgré leur fiabilité et leur robustesse, perd sa traditionnelle troisième place au rang des constructeurs américains pour une honteuse huitième position qui correspond à seulement 13 % du marché automobile des Etats-Unis. Animé d’une vision moderne, le nouveau président Lester Lum « Tex » Colbert ne tarde pas à réagir en chargeant le talentueux styliste Virgil Exner de redessiner toute la gamme pour l’année 1955. Ce millésime apportera le souffle nouveau recherché, le succès inespéré et salvateur.

 

 

Durant la même période, Chrysler réalise que la notion de performance peut devenir également un argument de vente. C’est alors que l’idée de la Chrysler 300 germe dans la tête des décideurs de la firme. Malgré les magnifiques concept-cars signés en collaboration avec le carrossier italien Ghia, Virgil Exner, le chef designer du bureau de style de la Chrysler Corporation,  doit se contenter en raison du coût excessif d’une carrosserie exclusive de se fournir dans la gamme existante de 1955. 

 

 

La carrosserie de la C 300 est celle du Coupé New Yorker. Dépouillée et sobre, la voiture n’abuse pas de décoration de chromes excessive. Le profil présente une simple baguette latérale soulignant la ligne de ceinture et la double grille de calandre élargie est empruntée à la série Imperial. Seuls des badges spécifiques suffisent à marquer les différences. D’une longueur de 5.58 mètres et d’une largeur de 2.00 mètres, le modèle ne sera disponible qu’en noir, beige clair Platinium ou rouge Tango.

 

Photo : ConceptCarz

 

Sous le capot, l’équipe technique dirigée par Bob Rodger s’est penchée sur le V8 5 424 cm3 Firepower à culasses hémisphériques introduit en 1951 pour lui administrer une dose de vitamines par l’entremise d’un arbre à cames plus pointu, d’un taux de compression relevé à 8.5, de poussoirs mécaniques et non plus hydrauliques, de deux carburateurs double corps Carter et d’une double ligne d’échappement. Le moteur affiche désormais quelques 300 chevaux, d’où la désignation officielle du modèle, au régime assez élevé de 5 200 tr/min pour l’époque. Pour la C 300, le C signifie Cunningam en l'honneur d'un pilote Américain qui a piloté la voiture C4R en 1953 avec ce même moteur.

 

 

De ce fait, la Chrysler C 300, dotée du plus puissant moteur que l’on puisse trouver sur une voiture de série, passe en tête de toutes ces automobiles de série grâce à ses performances spectaculaires et un chrono sur l’anneau de Daytona à plus de 210 km/h. Elle impressionne la presse spécialisée par sa stabilité à haute vitesse et sa propension à enrouler les virages, sans dérive prononcée du train arrière et sans mouvements de caisse excessifs.

 

 

Le nouveau modèle haut de gamme de Chrysler est présenté le 17 janvier 1955 dans les showrooms de la marque,  tandis que la production démarre au sein de l’usine de Jefferson Avenue, à Detroit le 10 février 1955. Avec son prix élevé, elle n’est pas destinée à une large diffusion. 1 725 coupés hardtop, seule configuration de carrosserie disponible, seront produits au cours de la saison. La ‘300’ représente un vecteur d’image pour valoriser les innovations techniques et la capacité de Chrysler à concevoir des voitures à hautes performances, rapides, efficaces et raffinées : « Une voiture d’un genre rare pour un genre d’homme rare » exprimait Chrysler dans sa publicité.

 

 

Au fil des ans, la série 300 ne cessera d’évoluer en passant de 340 chevaux en 1956 à 390 chevaux en 1964 avec une cylindrée qui augmente parallèlement  pour culminer à 6.9 l jusqu’à la disparition de la série en 1965. La Chrysler 300 apparaît rétrospectivement comme l’inspiratrice des muscle-cars qui vont enflammer la passion entre 1965 et 1974.

 

Photos : Teddy Pieper, RM Auctions

 

La Chrysler 300 B, qui prenait la suite de la C 300 en 1956, restait pratiquement identique au modèle précédent si ce n’est un traitement différent au niveau des ailerons arrière. Par contre, le 354 cu (5.8 l) était disponible en deux versions, 340 ou 355 chevaux. La voiture disposait à bord d’un tourne-disque Highway Hi-Fi. Encore plus exclusive, elle n’a été produite qu’à 1 102 exemplaires.

 

1956 Chrysler 300 B