Chrysler Airflow (1934-1937)

1934 Chrysler Imperial Airflow Coupe - Photos : Scott Farence, RM Auctions

 

Publié par Philippe Baron le 4 novembre 2015.

 

Dès ses débuts, Chrysler connaît beaucoup de succès. Mais comme les autres fabricants d’automobiles, il est frappé par la crise économique en octobre 1929. Toutefois, tout au long de cette crise, le seul département qui ne subit pas de restriction budgétaire est le centre de recherches et de développement dirigé par les trois Mousquetaires : Fred Zeder, Owen Skelton et Carl Breer, ceux-là mêmes qui ont dessiné la première voiture à porter le nom de Chrysler. 

 

Carl Breer, un jour remarqua que tout ce qui vole, oiseaux, insectes, avions avaient un point commun, un devant arrondi et un arrière profilé. Il songea donc à appliquer ce principe à l’automobile pour qu’elle fende mieux l’air. En diminuant la résistance de l’air, il conclut, avec raison, qu’il en découlerait une économie d’essence. Carl Breer présenta la maquette d’un modèle tout en rondeurs, qui ressemblait davantage aux locomotives ‘dernier cri’ qu’aux voitures de l’époque. Tout le monde était emballé chez Chrysler, incluant Walter P. lui-même.  Dans l’ambiance morose de la Grande Dépression, l’industriel donne son aval à ce projet complètement décalé. C’est sûr, ce modèle va démoder tous les autres, et le patron l’annonce : «Il y aura un avant et un après l’Airflow.» 


L'Airflow près d'une locomotive profilée dans le même esprit

 

Ainsi naît l’Airflow, développée en soufflerie, construite en châssis-coque soudé. Elle est lancée en 1934 et présentée comme la voiture la plus avancée de son temps. Mais le design révolutionnaire de cette dernière création est trop radical, trop en rupture avec l’existant. Les clients ne sont pas prêts et refusent de suivre.

 

1934 Chrysler Imperial Airflow Coupe

 

Pourtant, l’Airflow était de loin la voiture la plus innovante depuis les Cadillac des années 20. Son échec commercial rappelle que l’esthétique automobile a jusque-là évolué à tout petits pas, restant cantonnée dans des formes proches de celles des fiacres : un avant composé d’un énorme radiateur rectangulaire et de gros phares fixés sur une barre transversale à hauteur des ailes. L’Airflow était étonnamment confortable, grâce à son empattement atteignant presque trois mètres. A l’arrière, en particulier, la place de sa banquette (en amont de l’essieu, et non plus à hauteur de ce dernier) évitait aux passagers de subir directement les à-coups de la suspension. Quant à son moteur, un V8 de 4 524 cm3, développant 160 ch, il était installé derrière le train avant, ce qui améliorait la répartition des masses, et donc la tenue de route.

 

1934 Chrysler Airflow Sedan

 

Les phares, intégrés dans la calandre et positionnés plus bas que sur les autres voitures, éclairaient beaucoup mieux. Le compartiment à bagages était accessible de l’intérieur et elle disposait de petites vitres arrière pivotantes et même du premier pare-brise panoramique fabriqué d’une seule pièce sur sa version haut de gamme, baptisée Imperial.

 

1935 Chrysler Airflow

 

Le styliste Norman Bel Geddes et Raymond Dietrich, fondateur de la Carrosserie LeBaron, travaillèrent pour pouvoir offrir une solution de rechange aux concessionnaires. Cette solution fut l’Airstream avec des lignes plus contemporaines et classiques. En la concevant, les styliciens avaient pris la précaution de rendre sa plate-forme polyvalente. La même plate-forme était utilisée pour construire les Chrysler, DeSoto, Dodge et Plymouth. Cette décision fut prise dans le but évident de réduire les coûts de production au minimum, en ce temps de crise économique. Chacune des marques avait une finition différente pour que chacune puisse garder son identité. Les Chrysler, DeSoto, Dodge et Plymouth Airstream 1935 sauvèrent la compagnie du désastre.

 

1936 Chrysler C-11 Custom Imperial Airflow Limousine Le Baron - Photo : Gooding & Company

 

Dès la fin de la première année de commercialisation, en 1934, 25 000 exemplaires seulement avaient trouvé preneur, alors que l’ensemble du groupe Chrysler avait écoulé 450 000 voitures dans l’année. La déclinaison de l’Airflow sous d’autres labels se limita à De Soto. Dodge et Plymouth, les deux marques-vedettes du groupe, renoncèrent à en présenter leur version. A quoi bon ? En 1937, le bilan est si catastrophique (48 000 ventes au total) que la carrière de la voiture s’arrête. Son design révolutionnaire était trop radical, trop en rupture avec l’existant.   Décédé en 1940, Walter Chrysler ne verra donc pas sa prédiction se réaliser. Oui, l’Airflow a bien initié une nouvelle tendance, même si elle n’en a pas bénéficié.

 

1937 Chrysler Airflow Touring Sedan

 

Malgré son flop retentissant, l’Airflow marqua les esprits dans l’industrie. L'histoire lui rend hommage en lui accordant le statut de précurseur des carrosseries aérodynamiques. La belle américaine, en osant une nouvelle vision du design automobile, avait ouvert la voie à d'autres créations plus. Les Peugeot 402, Volvo  PV 36 Carioca et Toyota AA pour ne citer que les plus connues s'en inspirèrent largement. Chrysler tira les leçons de cet échec, et demeura dans un certain conservatisme esthétique jusqu'au milieu des années 50.