Bugatti Type 35 (1924-1930)

1925 Bugatti Type 35B Grand Prix - Photo : Bonhams

 

Publié par Philippe Baron le 12 mars 2017.

 

La Type 35, qui fit d’Ettore Bugatti une légende et la réputation mondiale de sa marque, fut présentée au Grand Prix de Lyon pendant l'été 1924. Rapidement imbattable, elle devint la meilleure voiture de course de tous les temps, non seulement en remportant plus de 2 000 courses dans les cinq années qui suivirent, mais aussi par la diversité des courses auxquelles elle participa, des Grands Prix au sprint en passant par la course de côtes.



 

Fils d’un artiste au talent reconnu, Ettore Bugatti n’échappe pas à l’ambiance de son milieu naturel. Toutefois, sa passion précoce pour la mécanique le conduit à abandonner les Beaux-Arts, à dix-sept ans, pour entrer en qualité d’apprenti chez un fabricant de cycles. Dès lors, tout va très vite : après avoir conçu, en 1900, un tricycle bimoteur puis un engin à quatre roues, Ettore Bugatti entre chez Dietrich en 1902. C’est alors qu’il s’installe en Alsace, travaillant ensuite pour différents constructeurs locaux, dont Emile Mathis. La première « vraie » Bugatti est proposée à la firme Deutz de Cologne, en 1907. Son refus entraînera en 1909 la naissance de la marque et la création de l’usine de Molsheim. En 1911, la Type 13 et l’étude d’une minuscule 855 cm3, qui deviendra le « bébé » Peugeot, marquent le véritable démarrage de la firme. 

 

1926 Bugatti Type 35 "Bunny" Phillips - Photo : Gooding & Company

 

La principale responsable du succès de la marque fut la légendaire Bugatti Type 35, devenue la quintessence de la voiture de sport « Vintage ». Elle fit son apparition au Grand Prix de l'ACF à Lyon pendant l'été 1924. Tout le monde s’extasia alors sur la nouvelle Bugatti de compétition, sur l’élégance, la finesse extrême de l’auto, dont la silhouette très pure étirait sa fluidité, du ravissant radiateur en forme de fer à cheval à une sublime pointe arrière, qui sera abondamment plagiée, mais jamais égalée. Des roues remarquables, à huit larges rayons d’aluminium, renforçaient l’impression générale.

 

1927 Bugatti Type 35B Grand Prix - Photo : Gooding & Company

 

Le très moderne 8-cylindres en ligne (en fait, deux blocs de quatre cylindres placés bout à bout, coiffés par une unique distribution à simple arbre à cames en tête) est un parallélépipède de métal poli, d’une netteté admirable, qui évoque davantage la sculpture que l’assemblage mécanique. Dans sa première version, non alimentée et d’une cylindrée de 1 991 cm3, ce groupe délivre 90 chevaux vers 5 000 tr/mn. La Type 35 est équipée d’une boîte quatre vitesses. La suspension est simple, à ressorts, à l’avant et à l’arrière mais la voiture possède des caractéristiques innovantes, notamment les freins à tambour actionnés par un câble et un faux essieu à l’avant pour réduire le poids sans ressort et améliorer la maniabilité. La Type 35 est également équipée de jantes en alliage innovantes auxquelles sont fixés les freins à tambour, de sorte que lorsque la jante est retirée, les freins le sont aussi.

 

 

Cependant au Grand Prix de Lyon, les débuts du Type 35 ne sont guère annonciateurs des futurs succès du modèle. Des problèmes de pneus obligent l’équipe Bugatti à retirer la voiture. Mais au Grand Prix suivant, celui de Saint-Sébastien, des pneumatiques plus larges sont montés, ce qui permet à la voiture de prendre la deuxième place. A partir de là, la Type 35 devient imbattable. Ettore Bugatti continue à développer le modèle pour qu’il reste compétitif, mais aussi avec des variantes de la Type 35.

 

1929 Bugatti Type 35B Grand Prix - Photos : Kidston

 

La 35A, lancée en 1926, fut la première variante du Type 35. Cette « Imitation Course » n’avait pas été conçue, comme son nom l’indique, pour la course et avait le 8-cylindres 2 litres de 80 chevaux, à vilebrequin trois paliers, de la Type 38 de tourisme. Puis en 1927, fut présentée la 35C qui, dotée d’un compresseur volumétrique, développait 128 ch et permit à Bugatti de rester sur le devant de la scène. La 35T, un modèle spécial destiné à participer au Targa Florio, fut lancé la même année. Sa capacité était de 2.3 l, de sorte qu’elle ne pouvait pas participer aux Grands Prix où la capacité devait être inférieure ou égale à 2 litres. Néanmoins, lorsque le règlement changea, Bugatti introduisit la Type 35 la plus puissante de toutes, la 35B. Elle avait le même moteur 2.3 l que la 35T mais était équipée d’un compresseur volumétrique grâce auquel elle développait 138 ch.

 

 

Au total, environ 390 Type 35, tous types confondus, furent produites. Aucune voiture de compétition n’a rencontré un tel succès commercial. Jamais non plus automobile de course ne fut à ce point civilisée et nombre d’entre les 35, dûment gréées en « sport » avec phares et garde-boue, furent utilisées essentiellement comme routières. Ainsi, Ettore Bugatti pouvait insister sur le caractère polyvalent de ses voitures de course, des jouets éminemment désirables…

 

1924 Bugatti Type 35 prototype, chassis number 4323. Photo : Bonhams.