Brasier (1905-1931)

1904 Richard-Brasier 16 HP Side-Entrance Tonneau

 

Publié par Philippe Baron le 29 août 2016.

 

Charles–Henri Brasier, diplômé de l’Ecole des Arts et Métiers de Châlons, travaille depuis 1886 comme dessinateur pour l'entreprise Mors. Il réussit la conception du premier moteur quatre cylindres en V avec allumage par rupteur pour voiture. Lorsqu'Émile Mors décide d'engager ses automobiles en compétition, Brasier trouve enfin l'occasion d'exprimer ses qualités. En peu d'années, les automobiles Mors seront connues pour leurs innombrables succès en course automobile : Paris-Dieppe, Paris-Trouville, Paris-Amsterdam, Paris-Ostende, Paris-Berlin, ... En 1901, Brasier quitte l'entreprise, année qui marque également la fin des victoires Mors dans les compétitions d'envergure.

 

 

En 1902, Brasier rejoint Georges Richard propriétaire de la « Société de Construction de cycles et d'Automobiles Georges Richard ». De cette association naitront des automobiles innovantes, d'une puissance variant de 8 à 12 chevaux. De nombreux brevets sont déposés par Brasier et Richard, comme des bougies dites à dilatation libre, un embrayage par courroie ou encore un changement de vitesses serti dans un carter étanche. La plus grande innovation est surtout un carburateur à pulvérisation et réglage automatique, permettant de délivrer un débit constant de carburant. D'une petite entreprise artisanale, Richard et Brasier sont désormais à la tête d'un complexe industriel de 300 personnes. Une automobile plus puissante est également construite pour participer à la course Paris-Madrid de 1903, une des plus célèbres courses à cette époque. Georges Richard participe en personne à la course, ce qui aura une influence inattendue sur le cours de l'entreprise. En effet, Richard percute un arbre en voulant éviter un spectateur, se blessant ainsi grièvement la jambe. 

 

 

En 1904 et en 1905, les voitures Richard-Brasier sont vainqueurs de la Coupe Gordon-Bennett, le championnat le plus prestigieux : en effet, la plupart des marques automobiles de l'époque non seulement françaises mais également internationales y sont représentées. Léon Théry termine en tête en 1904 sur une quatre cylindres de 80 HP baptisée Brasier-Richard. Théry et Brasier sont accueillis en héros en France et reçus à l’Elysée par le président de la République, Emile Loubet. Nouvelle victoire en 1905 sur une autre de 96 HP. La popularité suscitée par la victoire de Léon Théry profite énormément à la marque et surtout à Brasier, recevant la rosette de la Légion d’honneur, et alors seul dans l'entreprise étant donné la convalescence de Richard. Ses absences répétées permettent à Brasier de se faire nommer dirigeant et administrateur de la marque en 1904. Il décide alors de mettre un terme à son contrat avec Richard, tout en conservant les usines d'Ivry-Port mais également l'emblème du trèfle à quatre feuilles, brevet déposé pourtant par Georges Richard.

 

1907 Brasier Type Racing Course

 

Brasier conserve le nom de Richard-Brasier pour ses futures automobiles et intente un procès à Richard pour l'empêcher d'utiliser son nom s'il entend poursuivre ultérieurement la fabrication d'automobiles. Néanmoins, Richard gagne le procès mais n'utilisera pas son nom dans le futur. En effet, il fondera la société Unic soutenu par le baron Henri de Rothschild aujourd'hui connue sous le nom d'Iveco. Brasier renomme donc l'entreprise en « Société des Automobiles Brasier ». Bien que la qualité et la robustesse ne leur fassent pas défaut, les automobiles produites par Brasier depuis 1905 demeurent très conventionnelles. De plus, à la suite de leurs victoires en compétition automobile, Brasier double les prix de ses voitures. Mais à partir de 1906, les victoires se font plus rares. 

 

 

En 1909, Charles-Henri Brasier conçoit une quatre cylindres de 11 HP, animée par un moteur monobloc, qui s'illustre en compétition avec une victoire dans sa catégorie dans la course de côte du Mont Ventoux. En pleine gloire retrouvée, la marque se diversifie en s'intéressant aux moteurs pour groupes électrogènes, bateaux, avions ou encore dirigeables. Sur l'eau, Brasier remporte un record du monde de vitesse en 1910 (73 km/h) lors de la Coupe du Prince de Monaco avec un bateau Brasier-Despujols et en 1911 le record du monde de distance et de durée en vol avec un dirigeable équipé par l'un de ses moteurs. Mais le premier conflit mondial change la donne, et Brasier se concentre sur la fabrication d'utilitaires, d'obus et de moteurs d'avions Hispano-Suiza demandés par le Ministère de la Guerre. 

 

1908 Brasier Grand Prix Special

 

Au sortir de la Guerre, Charles-Henri Brasier est une nouvelle fois victime de son ambition, proposant des modèles luxueux et hors de prix, dépassés techniquement. Peu d'acheteurs, et des caisses qui se vident rapidement avec un ruineux retour à la compétition, lors de la première édition des 24 Heures du Mans 1923. Un an plus tard, l'entreprise est mise en liquidation judiciaire et une dernière alliance avec l'industriel Chaigneau en 1926, créant la société Chaigneau-Brasier, ne change pas le destin de la marque au trèfle. Brasier ne réussit pas à s'adapter à la nouvelle conjoncture économique, les ventes d'automobiles de luxe étant en plein déclin. Les nouveaux modèles sont trop chers pour un monde subissant la crise économique de 1929. L’entreprise fait faillite et disparait, absorbée par Delahaye en 1931.

 

1911 Brasier 11/15 HP Runabout

En 1950, l'auteur et musicien Boris Vian a contribué à la renommée posthume de la marque Brasier tombée alors dans l’oubli en vantant et en se montrant à bord de sa nouvelle acquisition, une Brasier Torpédo 1911. L’auteur de l’’Ecume des jours’ aimait conduire sa Brasier, malgré sa faible vitesse de pointe de 80 km/h, pour se rendre par exemple à Saint-Tropez à 45 km/h de moyenne avec une consommation horrifiante de 40 litres au 100. On découvre sa vieille Brasier sur la pochette de « Chansons possibles ou impossibles ». Malheureusement, cette voiture lui fut volée aux alentours de 1954. Seule sa plaque d’immatriculation est encore visible à la Fondation Boris Vian, Cité Véron dans le XVIIIe arrondissement de Paris.