Austin Mini (1959-2000)

Alec Issigonis

Publié par Philippe Baron le 5 juillet 2013.

 

La révolutionnaire Mini est présentée pour la première fois au public le 18 août 1959 à Chobham. Lorsque Leonard Lord, le patron de la BMC, invite en 1955 le styliste Alec Issigonis à réintégrer le groupe après son passage chez Alvis, il lui confie une mission : la conception d’une petite voiture sophistiquée sur le plan du comportement,  économique, pouvant contenir 4 personnes et utilisant un moteur déjà existant chez BMC. La raison évoquée est la crise du canal de Suez car en 1957, douze ans après la fin de la guerre, l’Angleterre est encore soumise aux restrictions. Chaque automobiliste n’a droit qu’à un quota de 10 gallons d’essence par mois. Soit 45 litres !  Mais l’objectif du haut responsable est aussi de regagner des parts de marché sur un segment occupé par les intolérables ‘bubble cars’ à bas prix venues d’Allemagne et d’Italie.

 

Morris Mini Minor 1959

Alec Issigonis n’était pas un inconnu, il avait mis au point pendant la seconde guerre mondiale la voiture britannique la plus populaire de son époque, la Morris Minor produite à 1.7 millions d’exemplaires. Pour ce nouveau projet au nom de code ADO15 (pour Austin Drawing Office number 15), Alec Issigonis, qui est plus artiste qu’ingénieur, s’entoure de Chris Kingham et de Jack Daniels qui seront chargés de transformer ses dessins en schémas techniques de production de prototype.

 

 

Le prototype est produit seulement au bout de huit mois et présenté en octobre 1957. Le concept développé est révolutionnaire. Le moteur de 948 cm3 de 39 chevaux, qui se trouve traditionnellement dans une position longitudinale, est placé transversalement avec en-dessous la boite de vitesses, ce qui permet de gagner de précieux centimètres sur l’habitacle. Au final 80% des 3,05 m de long de la voiture sont dédiés aux passagers et à leurs bagages.

 

Alex Moulton & Alec Issigonis

 

Alex Moulton est l’auteur de l’excellente tenue de route de la Mini. L’objectif était d’obtenir une flexibilité variable. L’auto étant légère, sa charge varie selon que le conducteur roule seul ou bien accompagné de trois passagers. Elle bénéficie donc du système breveté par Alex Moulton, un système de suspensions interconnectées nommé ‘hydrolastic’ dans lequel des éléments de caoutchouc travaillent en compression. Ainsi sur la Mini, un cône de métal relié au bras supportant la roue déforme progressivement un bloc de caoutchouc. Ce dernier oppose de la résistance mais ne perd pas de son élasticité et permet à la suspension de se durcir progressivement. 

 

La première Morris Mini Minor vendue à une famille d'Arlington au Texas en 1959.

 

L’idée d’Alec Issigonis de faire reposer les 635 kg de la voiture sur des roues de 10 pouces paraissait incongrue à l’époque pour un véhicule dépassant les 120km/h et atteignant les 145 km/h. Ces tailles de pneus étaient réservées aux microvoitures moitié moins lourdes et moins rapides que la Mini. Même la Fiat 500 roulait avec des pneus de 15 pouces. Pourtant le défi fut relevé par Dunlop et son responsable d’études, Tom French en concevant un pneu de 10 pouces capable d’effectuer 935 rotations par kilomètre contre 700 pour une enveloppe de 12 pouces.
Après avoir conduit lui-même un prototype, Sir Leonard Lord donne le feu vert à Alec Issigonis pour la production de la Mini dans l’année. Cependant il faudra encore quelques corrections car lors d’une sortie d’essai en plein hiver, l’un des premiers exemplaires tombe en panne et les autres n’arrivent même pas à démarrer pour cause de carburateur givré ! Placé juste derrière la calandre, cela parait logique ! Aussi Alec Issigonis résout vite le problème en retournant le moteur de 180°. 

 

 

La Mini, commercialisée sous les marques Austin ou Morris, devient vite un best-seller sur sa terre natale mais également en Europe. De nombreuses déclinaisons sous de multiples appellations vont apparaître comme les Van, Pick-up, Estate, Clubman ou Traveller. Elle devient l’icône made in England des années 60 convoitée par des célébrités telles que les Beatles, Peter Sellers, Dudley Moore ou Steve Mc Queen et trouve sa consécration au cinéma dans le film The Italian job avec Michael Cain, sorti en 1969, mettant en scène de nombreuses courses poursuites de Mini.

 

Morris Mini Traveller Super de Luxe 1962
Austin Mini dans sa déclinaison Countryman
Alec Issigonis & Enzo Ferrari près d'une Mini modifiée en 1964
John Cooper

Alors que son design et sa bonne tenue de route en faisait une voiture toute adaptée à la compétition, une variation sportive de la Mini n’avait pas encore été envisagée par Alec Issigonis. Ceci n’échappe pas à John Cooper qui, avec le soutien enthousiaste de son ami Alec Issigonis, transforme la populaire petite Mini en une voiture de compétition de haute performance, la Mini Cooper. Bien qu’environ 4 % seulement des 5.4 millions de Mini produites aient été des Cooper, cette dernière a présidé au succès de la Mini tout au long de ses quarante ans d’existence.
John Cooper, qui fit entrer la Formule 1 dans son ère moderne en greffant la mécanique à l'arrière de ses monoplaces, allait connaître avec la Mini la gloire et la fortune. George Harriman, le grand patron de BMC, lui offre un contrat de dix ans et une royaltie de deux livres par voiture. 

 

Austin Mini Cooper S 1964

 

Lancée pendant l'été 1961, sous les deux marques Austin et Morris, la Mini Cooper se différencie essentiellement par sa mécanique: le quatre cylindres passe de 848 à 997 cm3 et est coiffé de carburateurs double corps, il délivre 56 ch au lieu de 34. Tout le reste s'aligne sur le modèle de base, à l'exception de deux freins à disque avant en remplacement des tambours. En 1963, une première version S de 1071 cm3  apparaît pour être vite remplacée en 1964 par une version de 1 275 cm3 de 75 ch qui sera accompagnée d’une S’homologation spéciale’ destinée à courir en catégorie ‘moins de 1 000 cm3’.

 

La Cooper S au Rallye Monté-Carlo 1967

 

Dès son engagement en course, la Mini Cooper va créer un choc analogue à celui des Cooper F1 à moteur arrière. James Hunt, Jackie Stewart et Niki Lauda commenceront leur carrière de course en Mini Cooper ! Sur les circuits, elle triomphe des Jaguar ou des énormes Ford Galaxie, puis en rallyes, où elle trouve la consécration internationale avec, notamment trois victoires au Monte-Carlo. L'escalade de la motorisation se poursuit avec de nouvelles versions 1000 et 1300 S encore plus musclées qui vont étoffer un palmarès sportif déjà riche et faire entrer la Mini au Panthéon des sportives. Ces succès flattent l'image de la Mini et il s'en vendra près de 150 000. George Harriman ne reviendra pas sur ce contrat scellé par une simple poignée de main mais Lord Stokes, le président de British Leyland qui a repris BMC sera moins généreux. Il ne renouvelle pas le contrat de Cooper sous le prétexte honteux que le label générait des surprimes d'assurance ...En 1970, la Mini Cooper disparaît du catalogue de British Leyland. 

 

Austin Mini Mk3 1275 GT 1969
1974 Mini 1275 GT - Photos : Csikós Zsolt / Totalcar
Austin Mini Countryman1974

 

La Mini Cooper est ressuscitée de façon inattendue en 1990 par Rover Group, émanation privatisée de British Leyland. John Cooper est chargé de préparer une série limitée qui passera par la suite en série normale. La nouvelle Cooper était une combinaison de finitions de la Mini 30 ‘série limitée’ avec la mécanique de la MG Metro. Très vite, les Cooper vont représenter un tiers des ventes des Mini jusqu’à la fin de la production de la Mini en 2000. Aujourd’hui, près de 70% des Mini de BMW sont des Cooper, ce qui en dit long sur l’importance du nom dans la tête des passionnés.

 

Austin Mini 1991

 

Après 41 ans de production, la dernière Mini « Classic » quitte l'usine de Longbridge le 4 octobre 2000 avec à son volant, Lulu, chanteuse des années soixante. La petite voiture s'est vendue à 5,3 millions d'unités, un véritable succès qui impose la Mini au Panthéon de l'automobile. BMW, propriétaire de la marque depuis 1994, avait choisi de continuer de produire la Mini dans sa version originale jusqu’en 2000 avant de lancer l’année suivante une Mini au nouveau design. Pour différencier la série de véhicules, le choix de MINI en lettres capitales a été adopté. Le succès est de nouveau au rendez-vous puisque les ventes de la Mini explosent sur le marché avec des chiffres largement supérieurs aux objectifs fixés par le groupe allemand. A l’évidence, BMW semble en très bonne voie pour honorer la mission qu’il s’est  donné, celle d’entretenir la légende.

 

1992 Austin Mini Cooper - Photo : Artcurial
Rowan Atkinson récidive en 2009 au Goodwood Revival