Audi Quattro (1980-1991)

Audi Quattro (Typ 85) 1980–83

 

Publié par Philippe Baron le 21 juin 2015.

 

En 1980, un nouveau règlement international en matière de rallyes autorise pour la première fois le recours à quatre roues motrices. Audi décide de ne pas laisser passer cette chance et charge le petit-neveu de Ferdinand Porsche, un certain Ferdinand Piëch, de développer un nouveau modèle équipé de quatre roues motrices. L'Audi Quattro obtiendra son statut légendaire en produisant sur route des performances dignes de rallye.

 

 

Ferdinand Piëch, ayant précédemment travaillé au développement de la Porsche 917, brille autant en technique qu’en finance. Ce jeune ingénieur est parvenu à concevoir un véhicule capable de remporter les plus grandes courses mondiales tout en maintenant des coûts de conception et de production à un niveau raisonnable, grâce à l'utilisation de pièces déjà existantes dans les gammes d'Audi et de Volkswagen. Ainsi, c'est l'Audi 80 coupé qui servira de base technique, tandis que la mécanique est extraite de l'Audi 200 5T et de son excellent cinq cylindres en ligne turbocompressé qui développe 200 ch à 5.500 tr/min. Piëch rassemble le tout et créée un coupé qui fait sensation dès sa présentation au salon de Genève en 1980. Le responsable de ce succès est bien entendu ce système de transmission intégrale, provenant d'un modèle Volkswagen (l'Iltis) et qui était initialement destiné à l'armée allemande. Ce système de transmission intégrale permanente, autorisait un changement de rapport avant/arrière en fonction des conditions routières. 


1983 Audi Quattro

 

La Quattro, "quatre" en italien, est le premier coupé sportif de grande série à transmission intégrale permanente de la marque (les premières voitures de grande série commercialisée avec ce système étant de la marque Subaru à partir de 1972). La première génération reçoit un 5 cylindres 2,1 L 10 soupapes (type WR), muni d'un turbocompresseur et d'un échangeur d'air qui augmente la puissance à 200 ch (au lieu de 170 ch sur la version sans échangeur qui équipait la 200 Turbo). L'Audi Quattro se reconnait facilement à ses ailes élargies et ses pare-chocs spécifiques qui la différencient de l'Audi coupé GT dont elle dérive. Le 0 à 100 km/h se fait en 7,1 secondes pour une vitesse de pointe de 222 km/h. Pour le millésime 1983, de nouveaux phares monobloc remplacent les doubles éléments et l'ABS est désormais de série puis, pour 1985, la calandre s'incline, les jantes deviennent plus larges et les feux arrière deviennent noirs. 

 

1986 Audi Quattro - Photos : Mattijs Diepraam, Luuk van Kaathoven

 

Le système de transmission intégrale de la Quattro est original pour l'époque car, à la différence de la plupart des autres véhicules de l'époque équipés de la transmission intégrale, il est non seulement équipé d'un différentiel central permettant d'avoir une transmission intégrale permanente (les roues avant ou arrière ne sont pas déconnectables à la différence des Audi A3, Audi TT ou autre Audi R8 qui ont un coupleur permettant d'entraîner plus ou moins les roues arrière ou les roues avant pour la dernière) mais en plus, ce dernier est intégré dans un carter fixé derrière la boîte de vitesses qui dérive étroitement de celle de l'Audi Coupé GT. Ceci est possible grâce à l'arbre secondaire de la boîte de vitesses qui est creux et à l'intérieur duquel passe l'arbre de transmission vers le différentiel avant. Ceci permet une compacité, une légèreté et une intégration simple. Ce système sera reconduit jusqu'à l'Audi A4 B7 et sera remplacé pour la génération suivante (y compris Audi A5 et Audi Q5) par un nouveau système permettant de reculer le moteur et nécessitant de désaxer l'arbre de transmission avant pour avancer le différentiel avant.


Audi Quattro (Type 85) 1985- 1991

 

Dès 1980, l'Audi Quattro remporte plusieurs victoires lors de sa première saison. Légèrement modifié, le modèle fait encore mieux entre 1982 et 1984, gagnant une pléiade de titres, dont celui de Champion du Monde de rallyes avec au volant Hannu Mikkola et Stig Blomqvist. Outre la compétition, la Quattro fit également sensation auprès des particuliers. La qualité de sa traction intégrale lui permettait d'être prise en main par le conducteur lambda, et ce, en toute sécurité, peu importe qu'il vente ou qu'il pleuve. Le coupé Audi réalisait le 0 à 100 km/h en 7,1 secondes pour une vitesse de pointe de 220 km/h. 


Photos : David Gwagenrally

 

La cylindrée de l’Audi Quattro en 1987 passe à 2,2 L (Type MB) mais la puissance reste inchangée (200 ch). Par contre, le moteur est plus souple, a moins de temps de réponse et bénéficie des dernières évolutions comme les poussoirs hydrauliques et la transmission bénéficie d'un différentiel central Torsen qui améliore la motricité en utilisation courante et qui remplace l'ancien différentiel classique à blocage manuel (le différentiel arrière gardant, lui, son blocage manuel). Les freins sont également revus et reçoivent des étriers doubles pistons à l'avant. Le capot de malle arrière est en fibres. Le 0 à 100 km/h s'effectue désormais en 6,7 s.


 

En 1989, les évolutions mécaniques sont plus importantes puisque le 2,2 L reçoit une culasse à 20 soupapes dérivée de celle de la Quattro Sport (type RR), moteur équivalent à celui de l'Audi 200 20V et à celui de l'Audi S2 220ch. Le moteur dispose aussi de 2 catalyseurs qui ont nécessité la modification du plancher du côté gauche devant le siège avant. La puissance ressort ainsi à 220 ch, ce qui permet au coupé de passer de 0 à 100 km/h en 5,9 s et de filer à 232 km/h. Cette version est la plus recherchée de l'Audi Quattro empattement long la plus rare (environ 800 exemplaires), la plus puissante et l'ultime version.


 

La Quattro Sport (1983-1986) est basée sur la Quattro mais est raccourcie d'une trentaine de centimètres (pour plus de maniabilité et un gain de poids) et dispose d'un moteur plus puissant, elle est la version d'homologation de l'Audi Quattro Sport de rallye (et de son évolution S1) en groupe B. En effet, ce dernier nécessitant 200 exemplaires d'un modèle route pour homologuer une voiture de course, la Quattro Sport fut produite à 217 exemplaires dont 17 de course. Comme la plupart des versions de série des voitures du groupe B, elle dérive de la version de course et non l'inverse. Ainsi, la plupart des éléments techniques spécifiques ont initialement été développés pour la course. Mais à l'inverse de la plupart, elle reste très confortable avec un moteur relativement souple et un intérieur cossu tendu de cuir et d'alcantara.


Photo : M25 Audi.co.uk

 

Techniquement, elle fut amputée d'environ 30 cm juste après le montant arrière de porte, adopte le pare-brise plus vertical de l'Audi 80, bénéficie d'éléments de carrosserie (ailes, capots et toit) en fibre renforcée au kevlar, reçoit des renforts de caisse (barres anti-rapprochements notamment) en aluminium, des trains modifiés avec de nouveaux triangles de suspension secondés par une biellette, des freins renforcés équipés d'étriers à 4 pistons et surtout, un nouveau moteur de 2,1 L entièrement en aluminium et équipé d'une inédite culasse à 20 soupapes (type KW) qui développe 306 ch à 6 700 tr/min et 35,65 mkg à 3 700tr/min. Cette voiture accélère de 0 à 100 km/h en 4,9 s et pointe à 249 km/h malgré son aérodynamique très défavorable.En 1991, Audi interrompt la distribution du modèle, après 11.452 exemplaires produits.


 

En 2010, pour les 30 ans de la transmission Quattro, Audi présentait au Mondial de L’Auto à Paris son concept Audi Quattro un nouveau coupé aux épaules carrés dont le moteur est un 5 cylindres en ligne suralimenté envoyant sa généreuse puissance aux quatre roues. Pesant moins de 1 350 kg (sa carrosserie ne pèse que 159 kg) sa motorisation développe 408 ch et la répartition de cette puissance se fait à 60% à l'arrière et 40% à l'avant. Avec son moteur 5 cylindres de 408 ch, la Quattro affiche un rapport poids/puissance comparable à celui de la R8 de 505 ch.