Amphicar 770 (1961-1968)

 

Publié par Philippe Baron le 26 avril 2015.

 

Dans la créativité et l’originalité jubilatoires des années cinquante et soixante naquirent des automobiles extraordinaires. Parmi ces rares véhicules insolites qui furent fabriquées en série : l’Amphicar 770, un cabriolet amphibie à quatre places créé en Allemagne par l'ingénieur Hans Trippel. Pur produit germanique, à l'exception de son moteur anglais Triumph, l’Amphicar permettait de rouler sur route et de voguer sur les flots de lacs ou de rivières.

 

 

Né le 19 juillet 1908 près de Darmstadt, en Allemagne, Hans Trippel construit sa première voiture en 1932, sur la base d'une vieille DKW F2, mais son objectif premier est de concevoir un véhicule capable de rouler sur route et de voguer sur l'eau. Le concept n'est pas nouveau. En 1905, l'Amphibious petrol-powered carriage de T. Richmond, aux USA, entrait dans l'histoire comme le premier engin motorisé capable de se mouvoir sur terre comme sur eau. Doté de trois roues, la roue avant servait à diriger l'engin et les roues arrière étaient équipées d'aubes. Il ne sera pas produit en série tout comme les divers projets qui naissent par la suite dans le monde entier. Au départ, Hans Trippel reprend en 1933 la base de son prototype de course pour l'étancher et protéger les trains roulants, et ajoute une hélice à l'arrière pour la propulsion dans l'eau. La combinaison traction avant-hélice de propulsion s'avère un choix judicieux pour favoriser la sortie de l'eau. Ses travaux parviennent à intéresser le ministère des Armées qui lui propose une mission de recherche pour la construction en série d'un véhicule amphibie destiné à la Wehrmacht. En 1936, un prototype animé par le six-cylindres de 55 ch de l'Opel Kapitän est présenté aux officiels allemands et au Reich führer dans la cour de la Reichskanzlei à Berlin. La production en série démarre la même année. Environ mille unités seront assemblées en 1937, mais le projet SG-6 d’Hans Trippel souffrira de la concurrence de la Schwimmwagen de VW, beaucoup moins chère. 

 

1963 Amphicar 770 - Photo : Gooding & Company

 

Après la guerre, Hans Trippel relança l'idée d’une voiture amphibie de loisirs mais ce n’est qu’au début des années 1960 que son projet se concrétise avec l’Amphicar. Le système fonctionne et pour le prouver, le 10 août 1962, les français Jean Bruel et Tony Andal traversent la Manche en Amphicar. Partant de Calais, il débarque à Douvres cinq heures et 50 minutes plus tard. De type monocoque, l'Amphicar de type décapotable est propulsée le moteur quatre cylindres de la Triumph Herald de 1147 cm3, d'une puissance de 38 ch, monté à l'arrière et entraînant les roues arrière. Une transmission spéciale entraîne les deux hélices qui assurent une vitesse dans l'eau de 6 nœuds (10 km/h) et de 110 km/h sur route. 

 

 

Sur terre, la conduite est en tout point semblable à celle des petites voitures contemporaines, avec l'agrément de rouler à quatre dans une décapotable. La suspension est ferme, la direction précise et les freins convenables. A l’approche d'une rampe de mise à l'eau, après avoir verrouillé les deux poignées supplémentaires sur chacune des portes, le conducteur au pied marin enclenche les hélices et passe au point mort. Aucun gouvernail spécial n'est nécessaire car la direction est assurée normalement par les roues avant. Pour le retour sur terre, toujours sans s'arrêter, il suffit d’enclencher le premier rapport en s'alignant sur la rampe et désengager les hélices pour continuer son petit bonhomme de chemin.

 

1964 Amphicar DWM - Photos : Artcurial

 

Après une excursion sur l’eau en Amphicar, il ne faut surtout pas oublier de remettre le bouchon qui permet d'évacuer l'eau embarquée lors du trajet. Situé au point le plus bas de la caisse, à l'arrière, il doit être impérativement sécurisé avec sa goupille pour éviter la catastrophe lors de la prochaine utilisation du véhicule en milieu aquatique. Pendant les présentations publicitaires de l’Amphicar, les Américains avaient oublié ce "minuscule" détail et les premiers exemplaires avaient ainsi coulé en moins de trois minutes devant la presse !

 

 

En raison de son coût de production trop élevé, chacune de ces voitures étant réalisée à la main, mais aussi des nombreux problèmes posés par son adaptation aux normes antipollution et sécuritaires, l'Amphicar fut un échec commercial aux Etats-Unis qui devaient être son plus grand marché. La demande n'atteignit jamais les 20,000 exemplaires annuels espérés et 3 878 voitures seulement furent construites jusqu'à la fin de la production en 1968. 

 

Photo : Roberto Braam
Photos : pverdonk
Photo : Gozilah52