Alpine A110 (1962-1977)

A gauche, Jean Rédélé avec à ses côtés, Amédée Gordini

Publié par Philippe Baron le 26 juin 2013.

 

L’Alpine A110, plus connue sous le nom de berlinette, est, en rallye ou sur circuit, la voiture qui symbolise le mieux le renouveau du sport automobile français dans le milieu des années 60. Non seulement son palmarès est impressionnant mais elle a servi de tremplin à toute une génération de talentueux pilotes et fait rêver des milliers de passionnés.

 

L’homme qui est à l’origine de la magnifique aventure se nomme Jean Rédélé. Né en Normandie en 1922, il réside à Dieppe où son père Emile gère une compagnie de taxis et un service de cars. Elève brillant, Jean Rédélé obtient à 24 ans le diplôme de l’Ecole des hautes études commerciales et deviendra quelques mois plus tard, le plus jeune concessionnaire Renault de l’Hexagone. L’ambition de devenir constructeur se fait de plus en forte après avoir rendu une 4CV plus compétitive en conservant sa base mais en l’habillant d’une carrosserie plus légère et plus profilée avec un nouveau matériau alors en vogue aux Etats-Unis, le polyester. Au volant de ce coach, il participe avec succès aux Mille Miglia et à la coupe des Alpes. C’est en 1955 qu’il crée la société des automobiles Alpine pour commercialiser les premières Alpine A106.

 

 

La grande réussite de Jean Rédélé est incontestablement l’Alpine A110. Présentée en 1960, la toute première berlinette, l’A 108, disposait du moteur de la Dauphine Gordini placé en porte-à-faux arrière. L’évolution de ce modèle sera présentée au salon de Paris 1962 sous l’appellation A 110 avec l’adoption du bloc de la Renault 8. Déjà très lié à Renault, Jean Rédélé réussit à convaincre les responsables de la Régie à fabriquer ses voitures, en plus de celles qui étaient construites à Dieppe, en dehors de la France. Renault donnera son accord et c’est ainsi que des Alpines seront produites au Brésil, en Espagne, au Mexique ou encore en Bulgarie.

 


Rallye Monte-Carlo 1972
Giovanni Michelotti

 

L’A 110 fut dessinée par Philippe Charles à partir de la berlinette A 108 qui était elle-même une évolution du cabriolet A 108 de 1957 dont le dessin était signé Giovanni Michelotti, le prolifique designer turinois devenu le styliste officiel de Triumph et BMW depuis 1957. Le dessin de l’Alpine ne fit l’objet d’aucune recherche particulière. La carrosserie en fibre de verre était collée au châssis-poutre et pour limiter les coûts, l’Alpine utilisait, outre son moteur, de nombreux accessoires montés sur différents modèles Renault, tels que les feux arrière et les pare-chocs. A l’inverse des automobiles construites en très grande quantité, l’A 110 était fabriquée par des groupes spécialisés et non à la chaîne.  La carrosserie en fibre de verre autorisait de nombreuses modifications rapides et peu coûteuses, que ne permettent pas des pièces embouties en acier. Ainsi, il fut facile de monter des phares additionnels en creusant un logement dans le capot avant, d’aménager des prises d’air et d’élargir les ailes en fonction de la largeur des pneus. La poupe arrière a été avantageusement remaniée par le styliste Serge Zuliani pour le moteur 4-cylindres à cinq paliers. Les premières Alpine A 110 pesaient 565 kg tandis que les 1600 SX de 1976 atteignaient 790 kg, un poids qui reste relativement faible.

 


Renault Alpine A110 1600SC 1971 - Photos : Michael Schiebler

 

Très rapidement, l'A110 profite des moteurs améliorés de la R8 Major et de la R8 Gordini. Ce dernier délivre 95 ch SAE. L'Alpine commence alors à acquérir un palmarès sportif extraordinaire, en 1000cc ,1100cc puis surtout en 1300 et 1600cc. Après avoir gagné beaucoup de rallyes en France et à l'étranger avec le moteur de la R8 Gordini 1108 et 1265cc elle sera équipée à partir de 1969 du bloc en aluminium de la Renault 16 TS. Avec deux carburateurs double corps Weber 45, le moteur délivre jusqu'à 125 ch DIN permettant à l'A110 1600 S d'atteindre une vitesse de 205 km/h.

 

 

La voiture a construit sa renommée internationale grâce à la compétition au début des années 1970 dans le nouveau championnat international de constructeurs en rallye. Gagnant la majorité des épreuves en Europe, elle est la voiture de rallye la plus performante en 1971. Parmi ses victoires notables, on note le rallye de Monte Carlo avec le pilote suédois Ove Andersson. Avec des pilotes "acrobates" comme Therier, Andruet, et bien d'autres elle devient la voiture à battre en rallyes internationaux et gagne face aux Porsche 911, Lancia Fulvia HF, etc. Se forgeant un historique unique dans le sport automobile Français, les A110 de course, d'usine ou privées auront le meilleur préparateur du moment, le célèbre Marc Mignotet dont les moteurs étaient les plus performants. Ceux-ci sont maintenant très recherchés. En 1296cc (125ch) ,1596cc (155ch), et 1790 (175ch) puis 1860cc (190ch), la cote de ces autos de compétition groupe 4 est plus élevée que celle des autos de série.

 


 

En 1973, après le rachat complet d'Alpine par Renault, le championnat international est remplacé par un nouveau championnat du monde des rallyes pour constructeurs. Renault décide d'y participer avec l'A110 et avec une équipe comprenant les pilotes Jean-Claude Andruet, Bernard Darniche, Jean-Pierre Nicolas et Jean-Luc Thérier. L'A110 1800 Groupe IV gagne la plupart des courses faisant d'Alpine le premier champion du monde des rallyes.

 


 

En 1974, face surtout à la Lancia Stratos, première voiture conçue dès le départ spécifiquement pour le rallye, il est évident que l'A110, qui a atteint la fin de son développement, est dépassée. Les tentatives d'utilisation d'injecteur de carburant n'apportent aucune augmentation de performance. Sur quelques voitures, une culasse à quatre soupapes par cylindre est adaptée au moteur. La modification du châssis, avec l'utilisation de la suspension arrière à double triangulation de l'A310 SC n'augmente pas les performances et est boudée par les pilotes, car modifiant trop le caractère de la voiture. La  nouvelle 1600 SX de 1976, soit un an avant l’arrêt de la production, ne changera pas la situation. Une situation qui s’est empirée au sein de l’entreprise. Renault Sport reprend Alpine ainsi que Gordini et s’occupe de leur engagement sportif. En 1978, Jean Rédélé cède ses dernières parts à Renault et redevient concessionnaire, jusqu’à sa retraite. 7 176 exemplaires auront été construits de 1962 à 1977.

 


 

L’Alpine est une vraie voiture de sport. S’y loger est déjà une entrée en matière car la voiture est petite et basse. Partir en vacances avec une Alpine n’est pas très raisonnable car le maigre volume du coffre avant est occupé par le réservoir d’essence de 38 litres, la roue de secours et le radiateur d’eau. Des sacs souples peuvent se loger à l’arrière des sièges. Toutefois, une fois installé, toutes ces contraintes sont vite oubliées tant on fait corps avec la berlinette. Quelque soit la puissance, l’Alpine est très plaisante à conduire, les 1600 étant vraiment les plus excitantes. Elle n’est pas faite pour les autoroutes où sa stabilité n’est pas un modèle du genre. En revanche, sur petite route sinueuse, l’Alpine affirme son tempérament ‘rallye’. L’Alpine est une vraie voiture de sport.

 

Sebastian Vettel, champion du monde de Formule 1, pilote Red Bull avec un moteur Renault, s'est autorisé un shooting photo pour l'édition allemande du magazine GQ, où il pose avec une Alpine A110. Sebastian Vettel, champion du monde de Formule 1, pilote Red Bull avec un moteur Renault, s'est autorisé un shooting photo pour l'édition allemande du magazine GQ, où il pose avec une Alpine A110.
Photos : Tom Wood, RM Auctions