Alpine A 106 (1955-1961)

Photo : Fido Le Muet

 

Publié par Philippe Baron le 2 mai 2015.

 

En 1955, la société Alpine, nommée d’après le succès de son fondateur Jean Rédélé à la Coupe des Alpes, s’associe officiellement à Renault pour la production d’une petite sportive utilisant des éléments de voitures de série de la Régie. Présenté au Salon de l’Automobile de Paris en octobre 1955, sous les voûtes du Grand Palais, le coach A106 étonne le public non habitué à admirer une carrosserie réalisée en « matières plastiques armées de tissus de verre ».

 

L’Alpine A106 naît du rêve d’un passionné, Jean Rédélé, jeune coureur automobile et repreneur de la concession Renault de son père à Dieppe. Au début des années 1950, il dispute ses premiers rallyes au volant d’une Renault 4CV, dans sa version “course” qu'est la fameuse 1063, revue et corrigée dans ses ateliers dieppois. Il obtient des résultats notoires dont le rallye de Dieppe (1950, 1953), la première place en catégorie Sport 750 cm3 dans les Mille Miles (1952, 1953, 1954), victoire de classe dans le Tour de France (1952), victoire dans Liège-Rome-Liège (1952, 1954), ainsi qu’une éclatante démonstration à l'indice de performance aux 24 Heures du Mans (abandon malheureux à la 20e heure).

 

 

Mais Jean Rédélé rêve de gratifier la France d’une petite sportive utilisant des éléments de série. La 4 CV est une bonne voiture, mais trop lourde et peu aérodynamique. De plus, les carrossiers français refusent de se lancer dans l’aventure. Jean Rédélé se tourne alors vers l’Italie. Là, le jeune stylise Giovanni Michelotti lui dessine un coupé profilé et léger qui sert à la réalisation de trois prototypes dont les carrosseries en aluminium sont élaborées par Allemano. Séduit par le projet, l’industriel américain Zark Reed propose de commercialiser le coupé sportif sous le nom de The Marquis. L’exemplaire n°2 est alors exposé en janvier 1954 au Salon de l'Auto de New York. Mais, le projet tombera à l'eau sans aucune suite industrielle sérieuse.

 

 

Non découragé, Jean Rédélé se rapproche des frères Chappe de Saint-Maur (par la suite associés à Gessalin et déménageant à Brie-Comte-Robert, en Seine-et-Marne), l’un des rares établissements en France spécialisés dans les carrosseries en polyester stratifié conjugué à la fibre de verre et la résine. Jean Gessalin modifie sensiblement la ligne du prototype de Michelotti qu’il réalise sur la base de Renault 4 CV. Ce projet sera retenu pour la production en 1955 de la future A106 pourvue de sa jolie carrosserie en Vibrine (dit-on à l’époque) et qui sera la première voiture de la marque Alpine, nouvellement créée et dont le nom rappelle le succès de Jean Rédélé dans la mythique Coupe des Alpes. En juillet 1955, les trois premiers modèles, bleu, blanc et rouge, construits par Chappe et Gessalin (à la demande de Charles Escoffier, grand concessionnaire Renault parisien et beau-père de Jean Rédélé) sont présentés à la presse et au PDG Pierre Dreyfus devant les bâtiments administratifs de la Régie Renault à Boulogne-Billancourt.

 

 

Séduit par le sérieux du concept, la Régie décide de soutenir sa diffusion. Pour réduire les coûts de revient de ce petit véhicule d’une longueur de 3,70 m et d’une largeur de 1, 45 m, l’A 106 utilise le châssis de la 4 CV ainsi que son moteur, sa boîte de vitesses, ses freins à tambour, ses roues en étoile et ses suspensions, plus d’autres éléments provenant d’autres véhicules de la Régie comme le pare-brise emprunté à la Renault Frégate. Chappe et Gessalin fournissent les carrosseries en polyester stratifié et fibre de verre tandis que les artisans d’Alpine se chargent de l’assemblage.

 

Photos : Aftermarket Models - Ottomobile - 1/18ème - édition limitée à 1500 exemplaires - réf. OT014

 

Techniquement, l'A106 est très proche de la 4 CV. D'ailleurs le nom d'A106 provient des types Mines de la 4 CV, plus précisément du type 1063 qui était le modèle compétition développé par Renault. Le moteur 4 cylindres en ligne à trois paliers de 747 cm3 est placé en porte-à-faux arrière. Il est installé tout d’abord dans les ateliers de la société Alpine, au 13 rue Forest, dans le 18ème arrondissement de Paris avant que la nouvelle firme prenne son indépendance à Dieppe. Il est décliné en 3 versions de 21 à 48 chevaux qui permettent une allure de 130 à 155 km/h. Le choix est également donné entre 2 boîtes de vitesses : une boîte 3 vitesses d’origine ainsi qu’une nouvelle boîte à 5 rapports qui vaut à elle seule le prix d’une 4 CV ! Dès la sortie de la Dauphine, le modèle intègre sa mécanique et prend le nom d’A108 en référence au nom du moteur et non à celui du type de carrosserie.

 

Photos - Bryan Miranda Motorcar Miniatures

Au final, 251 exemplaires de l’A106 sont sortis des chaînes de montage entre 1955 et 1961. Au moment où disparaît l’A106, les frères Chappe propose un coupé 2+2 A108 qui en raison de son insuccès ne sera produit qu’à moins d’une centaine d’exemplaires. L’A106, modèle fondateur, est l’Alpine qui a ouvert une longue et belle route à cette jeune marque qui écumera les rallyes dans le monde entier.

Photos : 45 tours de 1963 d'Aimable jouant de l'accordéon assis sur son cabriolet Alpine A 108. (alpinea106.skyrock.com)

 

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1960 Alpine A108 2+2