AC Cobra (1962-1969)

 

Publié par Philippe Baron le 17 mars 2014.

 

Au début des années 50, les frères Hurlock, à la tête d’AC Cars depuis 1929, sont à l’affût d’une petite sportive pour relancer la marque sur le terrain sportif. Ils s’intéressent à un roadster fabriqué par un artisan local, John Tojeiro, un ingénieur britannique d'origine portugaise, ex-mécanicien de la Royal Navy. Son roadster s’était illustré en remportant sa première victoire à Goodwood, piloté par Cliff Davis. Après avoir racheté habilement les droits de fabrication à son concepteur, les frères Hurlock présente le prototype de l'AC Ace au salon de Londres en octobre 1953. Le moteur est l’éprouvé "6 Ditton" conçu par John Weller avant la guerre. 

 

Une création sur blouson en cuir signée Dominique Gabillé pour l’heureux propriétaire d’une AC Cobra. Ce passionné d’aviation est également un artiste de talent  qui peint sur le cuir de vos blousons de vol. Découvrez quelques unes de ses réalisations sur son blog à l’adresse suivante : http://flyingtagger.blogspot.fr/ ainsi que sur le site : http://www.noseart.fr/

 

Mais dès mars 1956, la petite firme britannique s'approvisionne en moteurs chez Bristol. Le châssis AC fort bien conçu encaisse sans aucun problème le surplus de puissance. Ce moteur type 85 est issu d'une des plus vieilles gloires du sport automobile : le moteur M328, qui animait la légendaire BMW 328 de 1937. Le moteur Bristol bénéficie à l'époque d'une excellente réputation. Il est usiné avec un soin extrême selon des normes identiques à celles de l'aéronautique, en utilisant les meilleurs matériaux du marché. Plus puissant que le moteur AC, il se révèle aussi plus adapté à la compétition automobile. Sa puissance évoluera dans le temps jusqu'à atteindre 137 ch.

 

 

Alors que les ventes atteignent leur plus haut niveau, Bristol est contraint de suspendre la fourniture de mécanique à AC à partir de 1961. En effet, c'est à cette époque que Bristol passe au tout V8. AC Cobra 1962 - Photo : Gooding & Company

 

Alors que les ventes atteignent leur plus haut niveau, Bristol est contraint de suspendre la fourniture de mécanique à AC. En 1961. Bristol passe au tout V8. AC tente alors sans grand succès de remplacer la mécanique Bristol par un moteur Ford Zephyr, qui hélas ne donnera jamais satisfaction tant et si bien que les ventes de l'Ace tomberont à leur plus bas niveau. C’est alors qu’arrive un certain texan du nom de Carroll Shelby avec une commande d’une centaine de châssis, de quoi renflouer les caisses des frères Hurlock et se concentrer sur un programme qui allait donner à tout jamais à la firme ses lettres de noblesse.


AC Cobra MkII 1963-1965 - Crédit Photo : Bonhams

 

Au cours des années cinquante, Carroll Shelby avait rencontré de nombreux succès sur les principaux circuits américains mais c’est au volant d’une Aston Martin DBR1 qu’il connut son heure de gloire en remportant les 24 Heures du Mans avec son fidèle coéquipier, Roy Salvadori en 1959. Malheureusement, le pilote doit abandonner la compétition en 1960 suite à une maladie cardiaque héréditaire. Cependant, l’idée de construite sa propre voiture de course lui trotte toujours dans la tête. Quittant Dallas pour la Californie du Sud, Shelby devient distributeur de pneus Goodyear, fonde une école de pilotage sur le circuit de Riverside. 

Au cours des années cinquante, Carroll Shelby rencontre de nombreux succès sur les principaux circuits américains mais c’est au volant d’une Aston Martin DBR1 qu’il connait son heure de gloire en remp AC Cobra 1963

 

En 1960, Carroll Shelby, obstiné par sa GT à moteur de grande série, contacte tour à tour les grands constructeurs, de la General Motors à Aston Martin, mais sans grand succès. Et puis, au hasard d’une conversation, il est informé que la petite firme anglaise AC Cars aimerait relancer ses ventes alors en chute libre. Un accord est rapidement conclu entre Shelby et AC Cars. Presqu’en même temps, Shelby réussit à convaincre Dave Evans, le responsable du développement des moteurs de compétition chez Ford, de lui fournir deux V8 pour son prototype en cours.

 

Le premier prototype de la Cobra, Carroll Shelby tenait absolument à ce nom, est assemblé durant l’hiver 1960-1961 à l’usine AC de Thames Ditton près de Londres et les premiers essais se font en février sur le circuit de Silverstone en janvier 1961. La première Cobra, destinée à la production, la 260, est présentée au Salon de New York 1962 dans une couleur jaune vif équipée d’un V8 Ford 4.2 l. développant 260 ch. L’évolution de la Cobra va suivre celle des moteurs Ford. Ainsi en janvier 1963, le « 260 » est remplacé par le 289 (4.7 l) et en octobre, la Cobra reçoit le monstrueux V8 427 Ford de 7 litres de cylindrée utilisé dans les courses sur circuits ovales de la série NASCAR. Le châssis AC est profondément remanié pour la mise en production en janvier 1965. Les performances sont époustouflantes pour l’époque avec un 0 à 100 km/h en 4.6 secondes. 


AC Cobra Mk IV

 

En 1964, développée à partir de la Cobra 289 et pour participer à diverses compétitions et plus particulièrement aux 24 heures du Mans, la Cobra se transforme en Daytona Coupé avec un châssis tubulaire renforcé pour améliorer la rigidité de l’ensemble. En 1965, la Daytona remporte six victoires et surtout, le championnat du monde face à Ferrari. Une revanche pour le pilote américain qui avait été contacté quelques années plus tôt par le ‘Commendatore’ pour un éventuel contrat. L’italien n’avait pas apprécié les termes du contrat que le texan voulait lui imposer et avait rétorqué : On ne discute pas de problèmes aussi matériels quand on a l’honneur d’être approché par Ferrari’. L’américain avait promis à Enzo Ferrari qu’il le retrouverait tôt ou tard sur son chemin et la Cobra lui donnera raison.


AC Cobra MkIII

 

En mai 1966, AC installe le moteur 289 sur un châssis modernisé. Bien équilibrée sur le plan mécanique, cette AC Cobra est conçue pour le marché européen. La dernière 427 sera fabriquée en 1968 et le 289 ‘spéciale Europe’ sera construite jusqu’en février 1969. 1000 voitures auront été ainsi produites en six ans.


 

Carroll Shelby, 1923-2012 Carroll Shelby, 1923-2012

 

La Cobra n’est pas un engin à mettre entre toutes les mains. Vigilance oblige quand sous ses pieds on dispose en permanence d’une puissance absolument diabolique prête à se déchaîner et que, le châssis, bien qu’énormément modifié, reste d’une grande simplicité. En accélérant à fond avec une Cobra, les pneus patinent dans un grand panache de fumée blanche et laissent de larges traînées noires sur le bitume. Le pilote éprouve une incroyable sensation amplifiée en roulant à découvert et il faut être expert pour exploiter pleinement le potentiel de ce monstre de 400 chevaux. Avec son moteur avant, l’AC a un tempérament sous-vireur prononcé, c’est-à-dire qu’elle ne rentre pas franchement dans les virages, mais qu’elle est prête à la moindre sollicitation trop appuyée sur l’accélérateur, à survirer et à partir en tête-à-queue. Elle nécessite donc de la part de son conducteur une prudence extrême mais elle est capable de lui procurer un plaisir inimitable, tout en restant très en-deçà de son potentiel.



AC Cobra 289 MkII

 

Avec l’arrivée de la Mustang, la Cobra prit un sacrée coup de vieux et Ford pria  Carroll Shelby d’appliquer ses ingrédients détonants à la nouvelle venue. (voir à la fin de cet article) C’est alors, qu’après l’arrêt de la production de la Cobra, une multitude de répliques s’est alors multipliée, certaines de bonne facture, d’autres moins. Excédé tout au long de ses années, Carroll Shelby, finalement, réagit en 1992 en relançant avec sensation la production des Cobra originelles. Quelque part dans un garage, il avait conservé quarante-trois voitures  dont l’assemblage n’avait pas été achevé. Equipée du même moteur Ford, elles seront produites à toute petite cadence à 2.5 millions de francs l’unité. Une fois ce stock écoulé, Shelby produit ses propres répliques avec une carrosserie en polyester nettement moins onéreuse. Entre-temps, Shelby a convaincu son ami Lee Iacocca, l’initiateur de la Mustang devenu patron de Chrysler, de remettre au goût du jour la recette miraculeuse de la Cobra avec une voiture irrationnelle mais fascinante, la Dodge Viper, dont le nom n’a pas été choisi au hasard. Mais la version originale restera toujours la référence, la Cobra est immortelle.



AC Cobra 427

La Bonne Adresse

Quand des passionnés se rencontrent...

Le Cobra Club de France est né en 2009 du regroupement spontané d’une poignée de propriétaires passionnés de la mythique AC Cobra.

Il regroupe aujourd’hui 140 membres et sympathisants à travers toute la France et dénombre pas moins d'une centaine de voitures dans ses rangs. Une performance quand on sait qu’il doit circuler entre 150 et 200 de ces véhicules sur l’ensemble du territoire national.



 

http://cobraclubfrance.com/le-cobra-club-de-france/

 

1964 AC Cobra Daytona - Photo : David Newhardt
L’AC Cobra se résume en un gros moteur V8 américain surpuissant dans un bon vieux châssis anglais des années cinquante. Tels sont les ingrédients du cocktail automobile le plus décoiffant imaginé par Une Daytona d'un modèle particulier, il s'agit d'un coupé Willment - Photo : Ultimate Carpage
AC Cobra 260 - Photo : Gooding & Company
AC Cobra 427